Dans la nuit de mardi à mercredi cette semaine, l’Iran a attaqué les bases américaines en Jordanie, après cinq jours d’accalmie dans les tirs vers ce pays. Après l’interception, le commandement central américain a qualifié l’événement de tentative de mener une « attaque surprise ». Cet épisode s’inscrit dans la continuité d’une série de frappes iraniennes qui ont ciblé la Jordanie ces dernières semaines, dont l’une a coûté la vie à trois soldats américains.
En regardant en arrière sur les événements de la guerre, et en particulier sur les affrontements directs entre l’Iran et Israël, juillet 2026 est le mois le plus difficile pour la sécurité et la stabilité du royaume voisin à l’est. Vers la mi-juillet, la Jordanie a connu une escalade sans précédent dans la continuité des frappes iraniennes, visant directement des installations militaires et des infrastructures stratégiques sur le territoire du royaume hachémite, principalement des bases utilisées par les forces américaines opérant dans la région. Au plus fort de l’escalade, les Iraniens ont tiré des missiles vers la ville portuaire d’Aqaba, dont les échos des explosions se sont fait entendre jusqu’en Israël.
Dans la configuration actuelle des échanges de coups entre l’Iran et les États-Unis, sans implication d’Israël et en dessous du seuil d’une guerre à grande échelle, l’Iran a opéré un changement dans ses priorités : passer de tirs vers Israël transitant par l’espace aérien jordanien, à une frappe directe de cibles à l’intérieur même de la Jordanie. Cette approche repose sur la mise à jour de la stratégie d’attaque iranienne, selon laquelle tout pays hébergeant des forces attaquantes devient une cible légitime, en particulier les forces américaines qui y stationnent.
Parallèlement, au sein du royaume, le débat fait rage entre partisans et opposants au maintien de la présence américaine : au Parlement s’est tenue une discussion sur la question de savoir s’il fallait exprimer des condoléances pour la mort de soldats américains, ou s’il s’agissait au contraire de « tueurs d’enfants » dont il serait interdit de regretter la mort.
Exploiter la vulnérabilité de la Jordanie
Au sein du royaume, cette situation illustre le risque lourd qu’il assume par sa volonté de s’assurer l’aide sécuritaire et économique essentielle des États-Unis sur le long terme. Le fait que la Jordanie puisse subir de graves dommages à ses actifs nationaux en raison de la poursuite de l’aide apportée aux Américains souligne l’ampleur du tournant stratégique dans la région. Sur cette toile de fond, l’importance de faire face à la menace iranienne devient plus aiguë que toute autre considération, interne ou internationale — c’est ce que soulignent les médias institutionnels du royaume dans leurs messages au public ces derniers jours.
Pour l’État d’Israël, il s’agit d’un défi en train de se former, avec, en perspective, un possible affrontement cinétique avec l’Iran. Les frappes iraniennes visent, entre autres, les systèmes de défense aérienne et les radars — dans une tentative de nuire à la capacité de détection et de réduire les moyens d’interception disponibles dans cette zone tampon. Ces frappes exploitent également la vulnérabilité de la Jordanie pour faire pression sur elle afin qu’elle réduise la présence militaire américaine, et ainsi affaiblir la couche des systèmes de défense américains.
Jusqu’à présent, le royaume signale que la coopération avec les États-Unis est un intérêt vital auquel il n’entend pas renoncer, bien que des voix critiques se fassent entendre ces derniers jours, y compris des appels de sources non officielles sur les réseaux sociaux à faire sortir les forces étrangères en raison de la dégradation rapide de la situation.
La nouvelle réalité sécuritaire en Jordanie et les menaces croissantes dans la région soulignent la nécessité d’une coopération militaire étroite, continue et plus approfondie que jamais contre la menace cinétique iranienne sous toutes ses formes — des missiles balistiques jusqu’aux essaims de drones. L’affrontement direct entre la République islamique et le royaume hachémite remet à l’ordre du jour l’importance de la stabilité le long de la frontière orientale d’Israël. L’Iran a déjà menacé ces dernières années de porter atteinte à cette frontière, y compris dans l’idée d’ouvrir un front supplémentaire contre Israël — le long de sa frontière la plus longue.
Une année de basculement
Il est d’ores et déjà clair que 2026 restera dans les mémoires comme l’année du tournant dramatique dans l’implication d’Amman face à Téhéran. Dans les colonnes d’opinion de la presse jordanienne, trois messages centraux se dégagent, reflétant les lourdes conséquences de la situation. D’abord, le constat que « la neutralité ne suffit plus » : la politique traditionnelle consistant à éviter tout enlisement ne protège plus la Jordanie, dès lors que la présence des bases américaines, la coopération sécuritaire avec l’Occident et sa position géographique la placent au cœur du cercle des menaces. Ensuite, le sentiment que « l’Iran change les règles du jeu », après avoir évité par le passé de frapper directement la Jordanie. Enfin, la compréhension que « le véritable défi s’inscrit dans la durée » : le danger ne tient pas à un seul tir isolé, mais à l’installation d’une réalité où les sirènes deviennent la norme, où le tourisme et les investissements en pâtissent, et où Téhéran exerce une pression psychologique continue sur le public jordanien.
Une escalade graduelle, des menaces aux missiles
La chronique des frappes iraniennes révèle une escalade progressive et multi-étapes. Dès avril 2024, l’Iran avait déjà menacé la Jordanie, en raison de l’interception de missiles iraniens qui survolaient le royaume en direction de cibles en Israël. À la veille de l’opération « Rugissement du lion » en février 2026, l’Iran a de nouveau menacé la Jordanie et l’ensemble des pays de la région ayant coopéré avec le déploiement militaire américain.
La première vague de tirs iraniens vers la Jordanie s’est ouverte par des salves massives fin février et en mars, incluant essaims de drones et missiles, principalement dirigés vers les forces américaines stationnées dans les bases du royaume. Après une accalmie relative en avril et mai, le mois de juillet a marqué un bond spectaculaire, avec des frappes quasi quotidiennes — au total plus de 50 tirs de missiles et plus de 20 drones dirigés vers la Jordanie durant la période d’escalade autour du détroit d’Ormuz.
L’armée américaine a subi des pertes réelles : trois soldats américains ont été tués dans une frappe directe sur des bâtiments résidentiels d’une base, et 29 ont été blessés. De lourds dégâts ont également été causés aux infrastructures, notamment la destruction d’un radar de batterie THAAD d’une valeur d’environ 300 millions de dollars, ainsi que des dommages à des appareils avancés sur les bases. En réponse, un dispositif de défense multinational a été activé, incluant une assistance britannique et allemande, ainsi qu’une interception combinée entre le système américain Aegis et le Dôme de fer israélien lors de tirs sur Aqaba, qui auraient pu entraîner des retombées de débris jusqu’à Eilat.
L’impact possible sur Israël
Ces derniers jours, une nouvelle tendance se dégage dans la presse jordanienne et parmi les responsables du pays : le débat ne porte plus sur les tirs iraniens en eux-mêmes, mais sur la question de savoir si la Jordanie est officiellement devenue partie intégrante de la zone d’affrontement régionale. Ces développements, conjugués à la crise économique régionale et aux craintes pour les infrastructures et les voies maritimes, pourraient également influencer les relations entre la Jordanie et Israël, qui partagent la même coopération sécuritaire avec les États-Unis face à la menace commune.
Liens internes
Sur les tensions régionales avec l’Iran, retrouvez notre article sur les avertissements du ministre iranien de la Défense sur toute ouverture d’espace aérien contre l’Iran, ainsi que notre article sur la manière dont les bombardiers américains ont détruit le programme balistique iranien en 48 heures.






