Au début, raconte-t-on, on les prenait pour des fous : comment un petit groupe de chercheurs du renseignement pourrait-il réussir à obtenir la supériorité aérienne sur l’Iran, un pays 75 fois plus grand qu’Israël ? Comment surprendre et démanteler le réseau défensif tissé par le régime des ayatollahs ? Les craintes étaient immenses : on ne savait pas exactement combien de batteries antiaériennes possédait l’Iran ni où elles se trouvaient — une inconnue capable de faire échouer n’importe quel plan de frappe et d’action. Une chose était claire : gagner cette partie d’échecs pouvait changer toute la donne.
Après les premières craintes, le plan élaboré au sein de la division renseignement de l’armée de l’air, avec les chercheurs de la direction du renseignement militaire, s’est mis en marche. L’objectif : savoir où se trouvait chaque batterie antiaérienne iranienne et les traquer une à une, ouvrant ainsi la voie aux avions de l’armée de l’air vers n’importe quel point de l’Iran — y compris les bunkers où se cachaient les dirigeants du régime, les sites nucléaires et les symboles du pouvoir. Cette information a rendu possibles les vols d’attaque qui ont ébranlé le régime iranien à plusieurs reprises, décapité la direction du régime qui se croyait protégée, et ouvert un corridor libre vers n’importe quel point du ciel de la République islamique.
Le plan n’a été développé qu’en 2023. Lorsque les membres de la division renseignement de l’armée de l’air ont présenté leur idée, certains pensaient qu’il s’agissait d’une folie. Mais rapidement, des sources de renseignement ont été construites et une recherche approfondie a été menée sur les informations collectées — des informations qui ont fourni une connaissance intime de l’adversaire iranien : ses systèmes, ses capacités, et surtout ses hommes. La coopération étroite avec les membres de la division du renseignement militaire a construit une infrastructure qui a permis les frappes de grande ampleur contre le régime iranien et les Gardiens de la révolution, et a tracé un corridor qui s’est progressivement élargi dans le ciel iranien, d’Ispahan jusqu’à Téhéran.
Que signifie concrètement ce « combat d’échecs » ? Il s’agit d’analyser et de tenter de prévoir le prochain mouvement de l’adversaire : comment le surprendre, où tentera-t-il de cacher ses batteries antiaériennes, quelle capacité technologique possède chacun de ses systèmes, et comment découvrir les points faibles de chacun d’eux. Le défi est d’autant plus grand qu’une batterie antiaérienne moderne est mobile et que son emplacement peut changer en quelques minutes. Le renseignement approfondi a permis de connaître les commandants comme les systèmes — une connaissance qui n’était pas seulement technologique, mais aussi humaine, et qui s’est révélée, avec le recul, extrêmement précise.
Avec les hommes de la direction du renseignement militaire, une méthode a été développée pour localiser les batteries antiaériennes. Il ne s’agissait pas d’une mission simple : l’Iran a joué à ce même jeu du « chat et de la souris » pour compliquer leur détection — de nombreuses batteries mobiles, dispersées et disséminées, tentant de se dissimuler. Le résultat de cet effort de renseignement a donné la capacité de savoir où se trouvait chaque missile sol-air et de le traquer, ainsi que de frapper le reste des systèmes de défense aérienne, du réseau de missiles sol-sol et des drones iraniens.
Au cours de ce combat de renseignement, un apprentissage mutuel s’est déroulé en permanence. Le principe directeur était clair : il faut sans cesse surprendre, afin que l’autre camp n’ait pas le temps de corriger. D’abord, ce sont les systèmes classiques qui ont été touchés, comme le S-300 russe et son équivalent iranien. À un certain stade, les Iraniens ont cessé de les déplacer et ont tenté de les dissimuler dans des tunnels, mais c’était déjà trop tard : ils ont été localisés et détruits, et la voie vers un « ciel ouvert » est devenue plus facile que jamais.
L’évaluation de ce petit groupe de chercheurs était qu’à la lumière des dégâts étendus infligés au réseau de défense aérienne iranien, l’ennemi réduirait ses batteries pour ne protéger que des zones stratégiques. Et de fait, lorsque les Iraniens ont tenté de déplacer des batteries d’un endroit à un autre, les pilotes les ont traquées sur les routes, sous les ponts et dans les cachettes ciblées. Même lorsque les pilotes de l’armée de l’air sont sortis frapper ces systèmes, ils l’ont fait à un risque immense, les Iraniens tirant des dizaines de missiles sur les avions attaquants.
Après les premiers coups, les Iraniens ont appris et changé leurs méthodes : ils ont commencé à dissimuler les batteries dans des fosses spéciales collées à des bâtiments et dans des conteneurs. Ils se sont concentrés sur un système qu’ils ont développé, le « 358 » — un système antiaérien basé sur des caméras électro-optiques sans radar, pouvant être activé relativement facilement et déployé rapidement, avec une « signature » faible pour la détection. Mais la capacité développée en Israël a permis de les détecter elles aussi, à un niveau de précision élevé, et un grand nombre de batteries dissimulées ont été localisées et attaquées.
Les Iraniens ont très vite compris que tout ce qui émet un signal est attaqué, rendant chaque système reposant sur un radar extrêmement vulnérable. Ils ont donc changé leur méthode de fonctionnement pour suivre les avions de l’armée de l’air. Néanmoins, par une action créative, les hommes de la division renseignement et du renseignement militaire ont réussi à traquer les opérateurs — à les identifier, à alerter les avions et à leur permettre d’attaquer les batteries antiaériennes. Si nécessaire, ils sont même parvenus, à la dernière minute, à avertir un pilote d’une embuscade antiaérienne ou à modifier les trajectoires d’entrée des avions pour s’éloigner d’une batterie rapidement déplacée vers tel ou tel site. Mais même après tout cela, il faut le dire : les Iraniens n’ont pas levé le drapeau blanc, ils ont continué à combattre et à chercher des solutions créatives.
Un volet important de cette histoire de renseignement est la connaissance approfondie des industries de défense iraniennes. Pour l’Iran, qui construit et développe elle-même une grande partie de ses moyens de combat, ces industries de défense sont considérées comme une puissance à part entière — une partie de sa fierté nationale — et toute atteinte à celles-ci représente un coup dévastateur pour les plans du régime.
Le réseau de défense aérienne iranien repose sur une conception de défense multicouche et s’appuie sur une combinaison de systèmes russes, chinois, et de développement propre. Affronter un réseau de défense aérienne dense, décentralisé et à couches multiples comme celui de l’Iran exige de combiner suppression physique, brouillage électronique et leurres.
À la suite des succès des opérations « Am Kelavi » et « Rugissement du lion », l’armée de l’air israélienne a consolidé sa position de leader mondial dans le domaine de la suppression et de la destruction des défenses aériennes. Cette réussite ne repose pas sur un seul élément, mais sur une conception opérationnelle combinant plusieurs dimensions : un renseignement profond, un renseignement visuel en temps réel via satellites, drones et moyens d’observation, ainsi qu’un puissant arsenal de guerre électronique. L’intégration des avions F-35 a changé la donne, leur permettant de s’approcher à des distances bien plus courtes des batteries antiaériennes sans être détectés.
Dans la perspective de la prochaine campagne, l’armée de l’air sait qu’il faut agir vite pour continuer à comprendre ce que l’adversaire a appris d’elle et comment il tente de s’améliorer. Ces succès sont le fruit d’un renseignement de très grande qualité et d’une coopération étroite avec les États-Unis.
Tous les détails de cet article ont été validés pour publication par la censure militaire.
Liens internes
Sur le volet plus large de la campagne contre l’Iran, retrouvez notre article sur la manière dont les bombardiers B-2 et B-1B américains ont détruit le programme balistique iranien en 48 heures, ainsi que notre article sur le démenti du CENTCOM face aux annonces iraniennes de frappes et de morts.






