C’est prĂ©cisĂ©ment le week-end oĂą l’on croyait revoir la guerre Ă©clater dans toute sa violence, alors qu’en IsraĂ«l certains se prĂ©cipitaient dĂ©jĂ pour ouvrir des abris publics, qu’un silence total s’est soudain installĂ©. Le prĂ©sident Trump a stoppĂ© les bombardements, la tension est retombĂ©e — mais personne ne sait s’il s’agit du dĂ©but d’un arrangement ou seulement de la trĂŞve avant le prochain round.
Pendant de longs jours, le Moyen-Orient semblait marcher les yeux ouverts vers une guerre rĂ©gionale de grande ampleur. Des avions de combat amĂ©ricains avaient frappĂ© des cibles en Iran, TĂ©hĂ©ran avait menacĂ© d’une riposte sĂ©vère, les Houthis avaient Ă©largi leurs attaques en mer Rouge, les compagnies maritimes modifiaient leurs itinĂ©raires, les prix de l’Ă©nergie s’envolaient, et le monde entier se prĂ©parait Ă un affrontement susceptible de neutraliser l’un des goulots d’Ă©tranglement les plus critiques de l’Ă©conomie mondiale.
Mais au cours des dernières vingt-quatre heures, un revirement surprenant s’est produit. La vague de frappes amĂ©ricaines s’est arrĂŞtĂ©e. La Maison-Blanche n’annonce plus de nouvelles opĂ©rations de bombardement, l’Iran a de son cĂ´tĂ© nettement rĂ©duit l’intensitĂ© de sa rhĂ©torique, et mĂŞme sur les marchĂ©s financiers, une certaine baisse du niveau d’anxiĂ©tĂ© se fait sentir. Personne ne dĂ©clare que la crise est terminĂ©e, mais l’impression dominante est que les deux camps sont passĂ©s, au moins temporairement, d’une trajectoire d’escalade Ă une attente prudente.
Bien qu’aucune confirmation officielle n’existe du cĂ´tĂ© de Washington ou de TĂ©hĂ©ran, l’Ă©valuation qui prĂ©vaut parmi les sources diplomatiques est que des contacts indirects se dĂ©roulent en coulisses, par l’intermĂ©diaire de pays mĂ©diateurs. Il ne s’agit pas nĂ©cessairement d’une nĂ©gociation portant sur un accord global, mais d’une tentative d’Ă©viter une dĂ©tĂ©rioration qui Ă©chapperait Ă tout contrĂ´le. L’histoire enseigne que dans presque chaque crise majeure entre les États-Unis et l’Iran, des canaux de communication secrets ont existĂ© mĂŞme lorsque des menaces sĂ©vères Ă©taient Ă©changĂ©es publiquement.
Le dĂ©troit d’Ormuz, goulot d’Ă©tranglement du monde
C’est prĂ©cisĂ©ment le problème : pour l’instant, personne ne sait quelle sera la prochaine Ă©tape. Washington a-t-elle arrĂŞtĂ© les bombardements parce qu’elle a atteint ses objectifs ? L’Iran s’est-il engagĂ© discrètement Ă rĂ©duire l’activitĂ© de ses relais rĂ©gionaux ? S’agit-il seulement d’une pause tactique destinĂ©e Ă permettre aux deux camps de se rĂ©organiser ? Ou suffirait-il d’un seul incident — un missile, un drone ou une attaque contre un pĂ©trolier — pour ramener toute la rĂ©gion au point d’Ă©bullition ? Les rĂ©ponses restent inconnues, et l’incertitude demeure donc très Ă©levĂ©e.
MĂŞme si les tirs ont diminuĂ©, la crise Ă©conomique est loin d’ĂŞtre terminĂ©e. Le dĂ©troit d’Ormuz reste le point de vulnĂ©rabilitĂ© central de l’Ă©conomie mondiale : c’est l’une des voies maritimes les plus importantes au monde, par laquelle transite une part considĂ©rable des exportations de pĂ©trole et de gaz des pays du Golfe. La simple possibilitĂ© que l’Iran tente de perturber la circulation — mĂŞme brièvement — suffit Ă mettre les marchĂ©s de l’Ă©nergie en Ă©tat d’alerte. Il n’est pas nĂ©cessaire que la voie soit totalement fermĂ©e : la seule crainte d’attaques, de mines marines, de missiles ou de drones suffit Ă pousser les compagnies d’assurance Ă augmenter leurs primes, les armateurs Ă dĂ©router leurs navires et les nĂ©gociants en pĂ©trole Ă faire grimper les prix. Le dommage Ă©conomique commence bien avant que la voie ne soit rĂ©ellement bloquĂ©e.
Et si ce n’est pas Ormuz, il reste un autre point d’Ă©tranglement : le dĂ©troit de Bab-el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden, demeure l’une des zones les plus sensibles au monde. Les Houthis au YĂ©men ont dĂ©jĂ prouvĂ© ces dernières annĂ©es qu’ils Ă©taient capables de perturber le trafic maritime au moyen de missiles, de drones et de bateaux piĂ©gĂ©s. Une atteinte prolongĂ©e Ă cette voie ne menace pas seulement les pĂ©troliers : elle affecte aussi les porte-conteneurs qui transportent des biens de consommation, des composants Ă©lectroniques, des matières premières et des denrĂ©es alimentaires entre l’Asie et l’Europe. Lorsque les navires sont contraints de contourner l’Afrique plutĂ´t que d’emprunter le canal de Suez, c’est toute la chaĂ®ne d’approvisionnement mondiale qui renchĂ©rit : la traversĂ©e s’allonge de plusieurs semaines, la consommation de carburant augmente, les primes d’assurance s’envolent, et les coĂ»ts se rĂ©percutent sur les importateurs, les producteurs et finalement les consommateurs.
Un calme qui pourrait tromper
Le pĂ©trole n’est qu’une partie de l’histoire. Les prix du gaz naturel, des carburants raffinĂ©s, les tarifs du transport maritime, les assurances de fret et les coĂ»ts du crĂ©dit sont tous affectĂ©s par la tension sĂ©curitaire. Parallèlement, les banques centrales du monde entier peinent Ă arbitrer leurs dĂ©cisions de taux d’intĂ©rĂŞt : toute hausse des prix de l’Ă©nergie risque de raviver l’inflation, prĂ©cisĂ©ment après des mois de ralentissement. Cela pourrait retarder les baisses de taux, renchĂ©rir le financement pour les entreprises et les mĂ©nages, et freiner davantage la croissance. Les marchĂ©s boursiers rĂ©agissent Ă©galement en consĂ©quence : en pĂ©riode d’incertitude accrue, les investisseurs ont tendance Ă se rĂ©fugier vers des actifs jugĂ©s plus sĂ»rs, tandis que les actions des compagnies aĂ©riennes, de l’industrie et du transport restent particulièrement exposĂ©es Ă la hausse des coĂ»ts Ă©nergĂ©tiques.
IsraĂ«l a lui aussi un intĂ©rĂŞt manifeste au maintien de la libertĂ© de navigation, tant dans le golfe Persique qu’en mer Rouge. Une atteinte prolongĂ©e aux routes commerciales renchĂ©rit les importations, augmente le coĂ»t de la vie et pèse sur une Ă©conomie israĂ©lienne dĂ©jĂ confrontĂ©e Ă des coĂ»ts sĂ©curitaires Ă©levĂ©s. Chaque retard de cargaison, chaque hausse d’assurance et chaque augmentation des prix de l’Ă©nergie finissent par se rĂ©percuter jusqu’au supermarchĂ©, Ă la station-service et Ă la facture d’Ă©lectricitĂ©.
PrĂ©cisĂ©ment parce que les tirs ont diminuĂ©, il est tentant de croire que la crise est terminĂ©e. Ce pourrait ĂŞtre une erreur. Les grandes crises au Moyen-Orient ne s’achèvent gĂ©nĂ©ralement pas par une dĂ©claration solennelle de paix. Dans la plupart des cas, elles passent Ă un stade de tension persistante, oĂą chaque camp teste les limites de l’autre, cherche des gains politiques et prĂ©pare le terrain pour une possible reprise de l’affrontement. En attendant, le monde respire un peu mieux. Mais personne ne sait s’il s’agit du dĂ©but d’un nouvel ordre — ou seulement du bref silence avant la prochaine explosion.
Sur ce sujet, retrouvez nos articles sur les tensions internationales croissantes autour de la fermeture du dĂ©troit d’Ormuz et sur les menaces directes de l’Iran de reprĂ©sailles.






