« Quelque chose de très bizarre se passe » : Trump et Netanyahu tendent-ils un piège à l’Iran ?

Le mémorandum d’accord dramatique conclu entre les États-Unis et l’Iran suscite des interrogations profondes au sommet de l’establishment sécuritaire à Jérusalem. Ce lundi matin, le lieutenant-colonel (res.) Amit Yagur, ancien haut responsable du renseignement de la marine israélienne et expert du Moyen-Orient, a livré sur le plateau d’« Israël HaBoker » sur la chaîne 14 une analyse qui tranche avec la lecture dominante : et si ce qui se passe actuellement n’était pas une capitulation de Trump, mais quelque chose de bien plus complexe ?

L’anomalie qui interpelle le renseignement

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Yagur pose d’emblée une question que les médias n’ont guère creusée : le comportement diplomatique actuel de Trump est-il cohérent avec ce que l’on sait de lui ? La réponse qu’il donne est non — et cette contradiction le frappe comme un signal d’alerte.

« Quand on regarde toutes les humiliations personnelles que Trump a subies de la part des Iraniens, y compris les tentatives d’assassinat contre lui et contre sa famille — et Rubio lui-même a déclaré la semaine dernière lors d’une audition au Sénat que l’Iran est responsable de ces tentatives, y compris une qui visait sa fille Ivanka récemment — ce qu’on voit en ce moment est radicalement contraire à son caractère. Il ne peut pas supporter une atteinte personnelle de cette nature. Quelque chose de très bizarre se passe ici. »

Yagur insiste : il ne se prononce pas sur ce que cache cette anomalie. Il pose l’anomalie elle-même comme un fait. Et il appelle les décideurs à ne pas l’ignorer.

Le silence suspect des alliés pro-israéliens

Ce qui renforce ses interrogations, c’est le silence. Les voix habituellement les plus fortes en faveur d’Israël à Washington — Rubio, Hegseth, les sénateurs comme Lindsey Graham, la base évangélique, une partie de la base MAGA — brillent par leur discrétion dans ce processus. Même la voix d’Israël, qui sait se faire entendre quand elle le veut, est quasi absente.

« On n’entend presque pas leur voix dans ce mouvement. Ils sont assez silencieux. Et Israël aussi, sa voix dans ce processus est presque inaudible. On n’entend que des coups de téléphone et des trucs comme ça. Or, quand on voulait faire tomber un mauvais accord par le passé — comme le JCPOA — ou se dresser contre Obama, on savait le faire de manière très très forte. On savait parler, y compris au Congrès, y compris travailler à l’intérieur des États-Unis. Là, rien de tel. Ça me paraît très très bizarre. »

L’accord cadre, pas l’accord final

Yagur rappelle également une nuance sémantique que les médias tendent à effacer : il ne s’agit pas d’un accord définitif, mais d’un « accord-cadre ». Dans la région, prévient-il, tout peut encore basculer. La distinction n’est pas anodine : un accord-cadre ouvre une période de négociation — et dans cette période, beaucoup de choses peuvent encore se passer.

Il identifie deux points de friction qui restent ouverts et constituent, selon lui, des graines de conflit future : la question du détroit d’Ormuz — où Washington et Téhéran ont des versions contradictoires de ce qui a été convenu — et la question du Liban, que l’Iran présente comme impliquant une cessation totale des opérations israéliennes, voire un retrait, tandis qu’Israël a clairement dit ne pas s’y sentir lié.

Le levier Obama

Yagur révèle également ce qu’il considère comme le levier psychologique le plus efficace disponible pour Israël dans la période qui vient : la comparaison avec Obama. « Chaque fois qu’on dit « Obama 2 » ou « très similaire à Obama », Trump panique et se met à tweeter. Je pense que c’est un levier énorme pour influencer l’accord en cours de construction. Obama est son ennemi personnel, il veut laisser un héritage, et la comparaison avec Obama est un outil qui peut clairement jouer un rôle ici. »

Il conclut sur un appel direct à l’accélération militaire : Israël doit cesser d’attendre le feu vert américain et accélérer le rythme à Gaza pour clore définitivement cette campagne, continuer au Liban comme si l’accord n’existait pas, et démanteler ce qu’il reste de l’axe de la résistance qui se trouve à ses frontières.

Pour approfondir ces sujets connexes sur infos-israel.news :

Banniere Israel Hai