Qu’est-ce qui pousse ces Juifs en Allemagne Ă  rejoindre l’extrĂŞme droite ?

Un événement politique inhabituel aura lieu à Francfort la semaine prochaine : un groupe de Juifs de diverses régions d’Allemagne lancera le groupe «Les Juifs avec Alternative pour l’Allemagne», le parti nationaliste de droite du pays.

Il est de coutume d’identifier les juifs allemands comme appartenant Ă  la partie la plus au centre-gauche de la carte politique. Mais ces dernières annĂ©es, en particulier avec la crise de l’immigration de 2015 et le nombre croissant d’incidents antisĂ©mites impliquant des immigrants originaires de pays arabes et musulmans, davantage de Juifs ont exprimĂ© leur soutien Ă  une politique de droite appelant Ă  limiter l’immigration en Allemagne.

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L’AfD est un parti relativement nouveau (fondĂ© en 2013), qui a connu une croissance importante lors des dernières Ă©lections lĂ©gislatives et est devenu le troisième parti du Bundestag. Le parti adhère Ă  une politique conservatrice en matière d’immigration et de contrĂ´le des frontières, ainsi qu’Ă  une limitation du pouvoir de l’UE. En mĂŞme temps, il reçoit des accusations rĂ©pĂ©tĂ©es et des accusations d’ĂŞtre extrĂ©miste et liĂ© Ă  des Ă©lĂ©ments nĂ©onazis et antisĂ©mites. Comment, alors, des Ă©lĂ©ments de la communautĂ© juive insistent-ils pour le rejoindre et crĂ©er des centres d’influence dans ses rangs ?

Lors d’une conversation avec Channel 20, deux des fondateurs du nouveau groupe ont expliquĂ© les raisons pour lesquelles ils avaient créé un organe important dans l’organisation. « Il y a des antisĂ©mites dans le parti, mais c’est une minorité », explique Michael Avraham, 46 ans, du sud-ouest de l’Allemagne. Abraham insiste sur le fait que « les chrĂ©tiens dans « l’Alternative pour l’Allemagne » sont principalement des Ă©vangĂ©liques, qui considèrent les Juifs comme leurs frères aĂ®nĂ©s.

Abraham est particulièrement prĂ©occupĂ© par l’antisĂ©mitisme provenant d’Ă©lĂ©ments musulmans. « Une alternative Ă  l’Allemagne est le seul parti qui appelle la haine islamique des Juifs – la haine et ignore le politiquement correct », explique-t-il. Avant de rejoindre l’Allemagne, il Ă©tait membre du parti de la chancelière Angela Merkel pendant 14 ans. « Depuis 2013, Merkel a transformĂ© le parti en partie de gauche. C’est pourquoi j’ai adhĂ©rĂ© à » l’alternative Ă  l’Allemagne « , a-t-il expliquĂ©.

Arthur Abramowitz, un Ă©tudiant en littĂ©rature de Fribourg qui a immigrĂ© Ă  l’âge de deux ans en Allemagne et qui a Ă©migrĂ© en Ukraine, raconte qu’il compte aujourd’hui une trentaine de membres juifs, dont une vingtaine participera à la nouvelle cellule. Il est important de mentionner que la communautĂ© juive en Allemagne est très petite et compte environ 100 000 membres.

Abramovich pense que les allĂ©gations contre le parti sont fausses et affirme qu’elles dĂ©coulent d’un parti pris de gauche des mĂ©dias. Dans son cas aussi, la politique d’immigration de Merkel est la raison principale pour laquelle il a rejoint le parti. Abramovich qualifie de « suicidaire » la politique de Merkel et affirme que la structure « Alternative pour l’Allemagne » est « plus dĂ©mocratique » que le reste des partis, permettant ainsi un contact plus direct avec les membres de la direction du parti.

Comme beaucoup de Juifs en Allemagne et en Europe, Abramovitch a senti la montĂ©e de l’antisĂ©mitisme dans la sphère publique. Il affirme Ă©galement que ce sont principalement des immigrants musulmans qui en sont Ă  l’origine et qu’une minoritĂ© nĂ©gligeable est causĂ©e par les nĂ©o nazis. Selon lui, quiconque porte une calotte dans la sphère publique est exposĂ© Ă  des insultes et Ă  des crachats. « Notre rabbin de Fribourg est insultĂ© dans la rue », dit-il. « C’est la situation normale en Allemagne en ce moment ». « Beaucoup de Juifs orthodoxes n’essaient mĂŞme pas de s’approcher de la police car ils savent qu’ils ne feront rien. »

Michael Abraham a soulignĂ© :  » Pour moi, les membres du nouveau groupe sont importants pour l’attitude positive du parti envers IsraĂ«l. « Beaucoup d’entre nous se dĂ©finissent comme des sionistes. Il y a aussi ceux qui sont nĂ©s en IsraĂ«l. » Abramovich s’inquiète de l’approche de la gauche allemande envers IsraĂ«l : « La gauche ici devient de plus en plus anti-israĂ©lienne ». Il explique qu’il Ă©tait intĂ©ressĂ© de voir l’Allemagne boycotter les rĂ©solutions de l’ONU contre IsraĂ«l.

Sans surprise, la crĂ©ation de la nouvelle cellule est vivement critiquĂ©e par la communautĂ© juive allemande. Le renouveau de la droite nationaliste en Allemagne et en Europe suscite naturellement des craintes. NĂ©anmoins, certains Juifs pensent que le moment est venu de se tenir avec la droite. Ă€ long terme, il est très difficile de prĂ©dire s’il s’agit bien du bon processus et, en mĂŞme temps, il est difficile d’ignorer les allĂ©gations d’antisĂ©mitisme et la difficultĂ© de porter des traits juifs dans la sphère publique. « Je pourrai immigrer en IsraĂ«l », dit Abramowitz, « mais mes amis allemands ne le pourront pas, je m’inquiète pour l’Allemagne ».