Une dĂ©lĂ©gation de sĂ©curitĂ© israĂ©lienne dirigĂ©e par le chef du Mossad, David Barnea, est parti pour Doha, la capitale du Qatar, afin de renouer les contacts en vue d’un accord d’otages avec le Hamas.
IsraĂ«l considère l’Ă©limination du leader du Hamas, Yahya Sinwar, comme une opportunitĂ© de reprendre les nĂ©gociations sur l’accord sur les otages, au point mort depuis aoĂ»t dernier.
Selon l’Ă©valuation des services de sĂ©curitĂ©, plusieurs entitĂ©s dĂ©tiennent des otages israĂ©liens dans la bande de Gaza. La plupart d’entre eux sont dĂ©tenus par l’organisation Hamas, certains par l’organisation du Jihad islamique et d’autres par de petites organisations ou clans terroristes et familles criminelles de la bande de Gaza.
La famille Bibas a été kidnappée à son domicile du kibboutz Nir Oz par deux organisations terroristes. Le père Jordan a été kidnappé par des terroristes du Hamas tandis que la mère Shiri et ses enfants Ariel et Kfir ont été kidnappés par le mouvement palestinien « Al-Mujahideen ».
Le secrĂ©taire amĂ©ricain Ă la DĂ©fense, Lloyd Austin, a dĂ©clarĂ© le 20 octobre qu’il Ă©tait actuellement difficile de dĂ©terminer qui dĂ©tenait le reste des personnes enlevĂ©es dans la bande de Gaza.
Des sources dans la bande de Gaza proches du Hamas affirment que pendant une partie de la guerre, Sinwar et plusieurs autres hauts responsables de la branche militaire du Hamas se sont entourĂ©s d’un petit groupe d’otages israĂ©liens comme bouclier humain pour finalement garantir l’accord d’Ă©change de prisonniers avec IsraĂ«l.
Cependant, après qu’IsraĂ«l ait tuĂ© dans les tunnels Ahmed Ahandour, le commandant de la division nord du Hamas, et Iman Nofel, le commandant de la division centrale, avec lesquels les otages israĂ©liens avaient Ă©tĂ© tuĂ©s, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que les otages israĂ©liens seraient dispersĂ©s et proches des commandants de terrain Ă un niveau infĂ©rieur Ă celui des commandants de bataillon. La plupart d’entre eux Ă©taient en fait des commandants de compagnies ou de divisions de la branche militaire du Hamas.
La personne qui dĂ©tient les otages israĂ©liens, considĂ©rĂ©s pour lui comme les plus « importants » par le Hamas, est Muhammad Sinwar, le frère de Yahya Sinwar, qui a probablement hĂ©ritĂ© de la position de son frère Ă la tĂŞte de la bande de Gaza. Personne dans le système de sĂ©curitĂ© ne sait actuellement s’il est prĂŞt Ă conclure un accord d’otages ou s’il attend, comme son frère Yahya, qu’une guerre rĂ©gionale Ă©clate au Moyen-Orient.
Les relations de Mohammed Sinwar avec les dirigeants du Hamas Ă l’Ă©tranger ne sont pas non plus claires. S’il s’y rĂ©signe et est-il prĂŞt Ă conclure un accord avec IsraĂ«l, ou veut-il se venger d’IsraĂ«l pour l’Ă©limination de Yahya Sinwar et continuer la guerre pendant longtemps ?
Qui est Muhammad Sinwar ?
Jusqu’Ă l’Ă©limination de Yahya Sinwar, Muhammad Sinwar Ă©tait Ă la tĂŞte de la branche militaire du Hamas qui a remplacĂ© Muhammad Def après son Ă©limination par IsraĂ«l le 13 juillet 2024.
Avant cela, il Ă©tait responsable de la sĂ©curitĂ© personnelle de son frère Yahya Sinwar, chef du Hamas, et concepteur de l’immense système de tunnels dans la bande de Gaza de plusieurs centaines de kilomètres que Muhammad Daf a conçu et construit.
Muhammad Sinwar est né dans le camp de réfugiés de Khan Yunis en 1975. Il est membre du conseil militaire de la branche militaire « Az ad-Din Al-Kasam » et était auparavant commandant de la brigade de Khan Yunis.
Il est responsable de l’enlèvement du soldat de Tsahal, Gilad Shalit le 25 juin 2006 depuis un poste de Tsahal dans la rĂ©gion de Rafah. Il est Ă©galement considĂ©rĂ© comme l’un des organisateurs du massacre du 7 octobre dans les localitĂ©s entourant Gaza, aux cĂ´tĂ©s de son frère Yahya Sinwar et Muhammad Daf.
Il a vĂ©cu dans la clandestinitĂ© pendant de nombreuses annĂ©es et a Ă©tĂ© surnommĂ© « le mort-vivant », après que le Hamas a annoncĂ© sa mort fictive en 2014 pour tromper les renseignements israĂ©liens. Beaucoup dans la bande de Gaza affirment qu’il Ă©tait beaucoup plus important dans le secteur militaire que son frère Yahya Sinwar et que c’est lui qui a menĂ© les nĂ©gociations indirectes avec IsraĂ«l sur « l’accord Shalit » en 2011, dans le cadre desquelles son frère Yahya Sinwar a Ă©galement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©.
Selon des sources du Hamas, Muhammad Sinwar a survĂ©cu Ă 6 tentatives d’Ă©limination. En avril 2003, il a Ă©tĂ© sauvĂ© de l’explosion d’un engin explosif placĂ© dans la clĂ´ture de sa maison Ă Khan Yunis, et la dernière tentative infructueuse pour l’Ă©liminer a eu lieu lors de l’opĂ©ration « Gardien des murs » en mai 2021.
En novembre 2023, les forces de Tsahal ont attaqué le bureau de Mohammed Sinwar dans la ville de Gaza et y ont confisqué des documents de renseignement.
Les responsables du Hamas affirment que lorsque Haya Sinwar a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© de la prison israĂ©lienne en 2011, dans le cadre de l’« accord Shalit », de hauts responsables de la branche militaire et des dirigeants des prisonniers de sĂ©curitĂ© dans les prisons israĂ©liennes se sont plaints auprès de lui du fait que son jeune frère Mohammed Ă©tait impliquĂ© dans une sĂ©rie d’actes de pĂ©dophilie et de harcèlement sexuel contre des terroristes du Hamas et des garçons de Gaza.
Des sources de sĂ©curitĂ© en IsraĂ«l affirment que Yahya Sinwar a utilisĂ© sa haute position au sein de la branche militaire du Hamas pour dissimuler l’enquĂŞte sur les exploits de son frère Muhammad et a empĂŞchĂ© une enquĂŞte interne sur cette affaire.
Des membres du Hamas affirment Ă©galement que leurs noms n’ont pas Ă©tĂ© inclus dans la liste des personnes libĂ©rĂ©es lors de « l’accord Shalit », uniquement parce que son frère Muhammad ne voulait pas qu’ils soient hors des murs de la prison sur fond d’affaires sexuelles, de peur que les affaires seraient rendues publiques dans la bande de Gaza.
Selon des sources sĂ©curitaires israĂ©liennes, le Shin Bet a eu connaissance de certaines de ces affaires, attribuĂ©es Ă Muhammad Sinwar, par la bouche du terroriste du Hezbollah, Samir Kuntar, qui a dĂ©clarĂ© Ă ses enquĂŞteurs que Yahya Sinwar avait interdit l’enquĂŞte sur les cas d’abus sexuels Ă l’intĂ©rieur des murs de la prison et craignait que l’implication de son frère Muhammad ne soit rĂ©vĂ©lĂ©e.
Samir Kuntar, qui a participĂ© Ă l’assassinat des membres de la famille Haran et du dĂ©funt policier Eliyahu Shahar Ă Nahariya en 1979, a Ă©tĂ© Ă©liminĂ© par IsraĂ«l en 2015 en Syrie Ă l’aide d’avions de l’armĂ©e de l’air.
OĂą vont les choses ? Quelle est l’adresse des nĂ©gociations ?
Après l’Ă©limination de Sinwar, diverses idĂ©es ont Ă©tĂ© avancĂ©es au sein de l’establishment de la sĂ©curitĂ© pour tenter de promouvoir un accord pour les otages basĂ© sur l’hypothèse que Yahia Sinwar Ă©tait la principale pierre d’achoppement qui a empĂŞchĂ© l’accord d’enlèvement.
Parmi les nouvelles idĂ©es Ă©voquĂ©es de la part d’Israel : accorder l’amnistie et l’immunitĂ© Ă tout terroriste qui rĂ©vĂ©lerait le sort des personnes enlevĂ©es, mais aussi la possibilitĂ© de quitter la bande de Gaza en paix Ă l’Ă©tranger avec une grosse somme d’argent.
Les services de sĂ©curitĂ© Ă©tudient Ă©galement la possibilitĂ© de tenter de mener des nĂ©gociations sĂ©parĂ©es avec certains des groupes dĂ©tenant les otages : l’organisation du Jihad islamique, le mouvement Al Moudjahidine ou les clans de la bande de Gaza.
La position dĂ©clarĂ©e des dirigeants du Hamas Ă l’Ă©tranger après l’annonce de la mort de Yahya Sinwar est qu’ils s’opposent Ă un « petit accord » et qu’ils adhèrent aux principes que Yahya Sinwar a Ă©tablis pour l’accord avant sa mort, Ă savoir une cessation complète. de la guerre, un retrait complet des forces de Tsahal de toute la bande de Gaza et la libĂ©ration de centaines de terroristes palestiniens des prisons israĂ©liennes.
La première question Ă se poser avant de reprendre les nĂ©gociations est de savoir qui est l’interlocuteur des nĂ©gociations et s’il contrĂ´le rĂ©ellement les otages et peut les libĂ©rer si un accord est conclu.
Le chef du Mossad, David Barnea, a recu une rĂ©ponse Ă cette question Ă Doha : le Hamas a rejetĂ© l’offre de cessez-le-feu d’IsraĂ«l, qui prĂ©voyait un passage sĂ»r pour les hommes du Hamas en Ă©change d’otages. Le Hamas refuse tout accord depuis des mois ; il ne veut pas que cette guerre se termine.






