Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblĂ©es vendredi soir dernier (Parashat Pekudei) pour un rassemblement de masse Ă JĂ©rusalem contre le dĂ©cret de conscription, menĂ© par le chef de la yeshiva, le Gaon Hakham Tzedaka, qui a menĂ© la lutte acharnĂ©e contre la conscription des juifs ultra-orthodoxes dans l’armĂ©e aux cĂ´tĂ©s des grands Ă©rudits sĂ©farades de la Torah ces dernières annĂ©es.
L’un des discours centraux de l’Ă©vĂ©nement a Ă©tĂ© prononcĂ© par le juge respectĂ©, le rabbin Zion Buaron, qui a expliquĂ© la perspective sĂ©farade sur la raison pour laquelle un jeune homme qui n’Ă©tudie pas dans une yeshiva est Ă©galement interdit de s’enrĂ´ler.
Au dĂ©but de son discours, le rabbin a dĂ©clarĂ© : « J’ai pensĂ© autrefois qu’un jeune homme qui n’Ă©tudie pas dans une yĂ©chiva devrait aller Ă l’armĂ©e. En quoi est-il diffĂ©rent des autres ? Mais j’ai ensuite compris, comme on peut le constater aujourd’hui, qu’il n’y a pas de règles lĂ -bas, que tout est abandonnĂ©, et qu’un jeune homme qui y va apprendra certainement Ă transgresser le Chabbat et Ă devenir permissif dans toutes les transgressions graves. »
« J’ai entendu il y a quelque temps », a confiĂ© le rabbin Buaron aux dizaines de milliers de participants au rassemblement : « Un officier a dĂ©pĂŞchĂ© le bataillon Netzach Yehuda le jour du Chabbat, leur annonçant une opĂ©ration potentiellement mortelle. Ils les ont emmenĂ©s dans la rĂ©gion d’HĂ©bron, et qu’ont-ils dĂ©couvert ? Des jeunes des collines provoquaient des troubles et devaient ĂŞtre Ă©vacuĂ©s ; c’est ce qu’ils ont appelĂ© une situation potentiellement mortelle. C’est un exemple du respect du Chabbat au sein des Forces de dĂ©fense israĂ©liennes . »
Il a ajoutĂ© : « Autrefois, on disait qu’il y avait une diffĂ©rence entre la gauche et la droite, et que la droite respectait davantage la religion. C’Ă©tait Ă l’Ă©poque de Begin. Mais de nos jours, c’est exactement le contraire. Qui a dĂ©truit le Shabbat ? La droite. Ceux qui se souviennent, au dĂ©but de la guerre, ont donnĂ© des instructions Ă El Al pour qu’elle opère le Shabbat, puis au chemin de fer, et tout cela sous un gouvernement de droite. Or, ce gouvernement est dirigĂ© par les ultra-orthodoxes et les sionistes religieux – il n’y a aucun respect pour le Shabbat, tout est abandonnĂ©. »
Le rabbin Buaron a ensuite criĂ© : « Et personne au gouvernement ne proteste contre la profanation du Chabbat. Ils libèrent des otages spĂ©cialement le jour du Chabbat. Profanation publique du Chabbat par le gouvernement, et personne ne dit mot. OĂą est le Shas ? OĂą est le sionisme religieux ? OĂą est Smotrich ? OĂą est Goldknopf ? Autrefois, ils appelaient le parti auquel il appartient « JudaĂŻsme de la Torah et du Chabbat », qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Ni le judaĂŻsme ni le Chabbat. C’est ainsi que nous allons de mal en pis. Ils dĂ©truisent tout. »
Selon lui : « Nous discutons avec les dĂ©putĂ©s de la Knesset, et ils nous demandent : « Que pouvons-nous faire ? »… Comment ça, on ne peut rien faire ? Quand MoĂŻse a vu la situation du peuple d’IsraĂ«l, il a brisĂ© les Tables de la Loi. Si la religion, le Shabbat et les Ă©tudiants de yeshiva vous tiennent vraiment Ă cĹ“ur, quittez le gouvernement, dĂ©mantelez-le. Avec le dĂ©cret contre les Ă©tudiants de yeshiva, malheureusement, si la loi actuellement Ă l’ordre du jour, fixant un quota annuel de cinquante pour cent ou plus d’Ă©tudiants, est adoptĂ©e, elle portera d’abord et avant tout prĂ©judice aux yeshivot sĂ©farades. Sans aucun doute ! »
Concernant la diffĂ©rence entre AshkĂ©nazes et SĂ©farades, le rabbin a dĂ©clarĂ© : « Nos frères ashkĂ©nazes sont forts, aucun d’entre eux ne se prĂ©sentera, et seuls nos frères sĂ©farades, faibles de caractère et de force, sans soutien familial, devront respecter les quotas. VoilĂ ce qui pourrait arriver. Toutes les yeshivot sĂ©farades seront dĂ©truites, pas seulement 50 %, mais la plupart. VoilĂ ce qui arrivera, et personne ne s’en souciera. »
Il a ajouté à ce sujet : « Degel HaTorah soutient la loi. Pourquoi ? Parce qu’ils savent que les Ashkénazes en seront moins affectés, mais nous n’avons malheureusement plus le Hazon Ich d’autrefois. Le Hazon Ich, en son temps, a sauvé le judaïsme séfarade et a établi des yeshivot dans tout le pays pour les nouveaux immigrants – pour les Yéménites, les Marocains, à Hadera, Afula, Jérusalem, Netanya. Aujourd’hui, nous n’avons plus cela. »
Selon le rabbin : « Aujourd’hui, nous sommes devenus comme deux nations, malheureusement : les SĂ©farades et les AshkĂ©nazes. C’est honteux d’en parler, mais c’est la rĂ©alitĂ©. Un AshkĂ©naze aujourd’hui se fiche de la destruction des yeshivot sĂ©farades. Et je le dis en toute responsabilitĂ©. Ă€ l’exception peut-ĂŞtre de quelques individus qui s’en soucient. Nous n’avons plus le Hazon Ish ni le Rabbin Shach qui se sont battus pour cela. Aujourd’hui, chacun ne pense qu’Ă soi. Et si nous ne nous dĂ©fendons pas, qui sait ce qui pourrait arriver ? Sans Torah, Dieu nous en prĂ©serve, la destruction, les flĂ©aux, des choses terribles se produisent. L’Holocauste en Europe est survenu après la destruction de la religion. En Russie, c’Ă©tait pareil. »
Le rabbin continuait de crier de douleur : « Ici, en IsraĂ«l, en Terre Sainte, un jeune homme ne peut pas s’asseoir et Ă©tudier la Torah ?! Et nous n’avons personne sur qui compter… Au Shas, ils menacent les responsables des yeshivot en disant : « Quiconque participe Ă ce rassemblement, nous lui couperons le financement. » VoilĂ la situation aujourd’hui. OĂą est la vĂ©ritĂ© ?! Nous nous soucions de nos enfants et de nos petits-enfants. Alors que nous avons enfin de magnifiques yeshivot du judaĂŻsme sĂ©farade, tout pourrait s’effondrer, Dieu nous en prĂ©serve, et tout cela Ă cause de politiciens qui ne sont pas affectĂ©s et qui ne ressentent pas la douleur. »
« Mon fils », dit le rabbin, « Ă©tudie aujourd’hui dans une yĂ©chiva de Bnei Brak, et tous les Ă©tudiants de yĂ©chiva recevront un ordre de conscription. J’ai contactĂ© le dĂ©putĂ© Yinon Azulai du Shas pour lui demander pourquoi il ne vĂ©rifiait pas pourquoi ils n’envoyaient des ordres qu’aux SĂ©farades. Il m’a rĂ©pondu qu’il vĂ©rifierait, puis qu’ils envoyaient aussi Ă des Hassidim. Je lui ai dit qu’il savait que c’Ă©tait juste pour la forme. Leur seul objectif, ce sont les SĂ©farades. L’armĂ©e ne veut pas que Gur ou Vizhnitz soient installĂ©s dans leurs camps, installant des shtieblah et des mikvĂ©s. Ce n’est pas leur truc. Ils recherchent nos SĂ©farades, plus faibles, et c’est ainsi qu’ils veulent dĂ©truire toutes les yĂ©chivot. »
Le rabbin a ensuite déclaré aux milliers de personnes présentes : « Il y a deux mois, j’ai parlé avec le Gaon Rabbi Shraga Steinman (membre du conseil de Degel HaTorah). Il m’a dit : “Sachez qu’en Russie, il y avait ce qu’on appelait le décret cantoniste, selon lequel ils enlevaient des enfants juifs et les emmenaient à l’armée du tsar. Qui prenaient-ils ? Des orphelins ou des enfants de pauvres qui n’avaient personne pour se battre pour eux. Et voilà ce qui pourrait arriver ici en Israël : les cantonistes de notre génération seront les Séfarades.” C’est un homme sincère, le rabbin Steinman ; il a dit ce qui le blesse. »
Le rabbin s’Ă©cria et ajouta : « Nous ne devons pas rester indiffĂ©rents et dire : « Paix Ă mon âme, cela ne m’arrivera pas ». Nous devons mener une guerre d’extermination contre cette loi. Nous ne comptons pas sur Degel HaTorah pour lĂ©gifĂ©rer Ă notre place ; nous devons prendre soin de nous-mĂŞmes. La vĂ©ritĂ© crie, elle fait mal, et personne n’y prĂŞte attention. Tout le monde dit que ce sera bon. Ă€ quoi bon ? Quel bien peut rĂ©sulter d’une loi qui est sur le point de faire s’effondrer notre monde de yĂ©chiva ? »
En conclusion, le rabbin a dĂ©clarĂ© : « Nous ne sommes pas contre les AshkĂ©nazes, Dieu nous en prĂ©serve, nous sommes un seul peuple. Mais Ă leurs yeux, nous sommes un autre peuple – pas un seul peuple ! Ce n’est pas moi qui dis cela. Le Rabbi de Klausenberg a dit Ă son fils : “Nous sommes devenus comme deux nations, nous ne nous marions pas, nous n’acceptons pas d’Ă©tudiants dans les yeshivot ni d’Ă©tudiantes dans les sĂ©minaires. Nous sommes devenus comme deux nations, malheureusement. Et si je ne suis pas pour moi-mĂŞme, qui le sera pour moi ?” Nous devons implorer Dieu de toutes nos forces et mener une guerre d’extermination contre ce terrible dĂ©cret. »





