L’unitĂ© de renseignement militaire de Tsahal tire les leçons des deux premières semaines de campagne contre l’Iran. Le tableau qu’elle dresse est celui d’un rĂ©gime surpris, dĂ©capitĂ©, paralysĂ© — et contraint de mendier l’aide de ses propres mandataires.
Seize jours après le dĂ©but de la campagne militaire conjointe israĂ©lo-amĂ©ricaine contre l’Iran, l’unitĂ© de renseignement militaire de Tsahal — connue sous le nom d’Aman — livre une synthèse qui va bien au-delĂ des communiquĂ©s habituels. Le rythme des frappes est qualifiĂ© de « supĂ©rieur aux prĂ©visions », les dommages infligĂ©s aux structures de commandement iranien sont dĂ©crits comme profonds, et le tableau d’ensemble qui se dĂ©gage est celui d’un rĂ©gime en Ă©tat de choc — incapable de se rĂ©organiser, contraint de tendre la main Ă ses propres alliĂ©s.
Un rythme « au-dessus des prévisions »
Le premier constat d’Aman est celui de l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle. Les frappes se dĂ©roulent selon un plan préétabli, rĂ©gulièrement mis Ă jour tous les quelques jours, avec une capacitĂ© d’adaptation en temps rĂ©el — certaines cibles sont modifiĂ©es alors que les avions sont dĂ©jĂ en vol, en fonction des renseignements les plus rĂ©cents. En parallèle des frappes contre les infrastructures militaires et gouvernementales iraniennes, un effort permanent est menĂ© pour rĂ©duire les tirs de missiles vers le territoire israĂ©lien.
La campagne n’est cependant pas terminĂ©e. Des sources au sein du renseignement militaire soulignent qu’il reste encore un nombre significatif de cibles Ă frapper en Iran avant de pouvoir proclamer l’achèvement de la phase de neutralisation des capacitĂ©s militaires.
Un vide au sommet du pouvoir
Le constat le plus frappant concerne l’Ă©tat de la direction iranienne. Selon Aman, le rĂ©gime a Ă©tĂ© surpris par l’ampleur et la rapiditĂ© de l’offensive. Il a perdu une partie importante de sa direction politique et militaire, et la majoritĂ© des hauts responsables se cachent, dans l’incapacitĂ© de prendre des dĂ©cisions. Une grande partie du processus dĂ©cisionnel iranien reposait jusqu’ici sur le Guide suprĂŞme Ali Khamenei — depuis son Ă©limination, un vide s’est installĂ©. La nomination de son fils Mojtaba au poste de Guide suprĂŞme reste floue : selon le renseignement israelien, il n’est pas Ă©tabli que ce dernier soit en mesure d’exercer rĂ©ellement l’autoritĂ© dĂ©cisionnelle, compte tenu de son Ă©tat.
Ce vide au sommet se rĂ©percute sur l’ensemble de la chaĂ®ne de commandement. Les dĂ©cisions tardent, les ordres se contredisent, et la capacitĂ© du rĂ©gime Ă coordonner une riposte cohĂ©rente est sĂ©vèrement dĂ©gradĂ©e.
L’Iran supplie ses mandataires
L’un des signaux les plus rĂ©vĂ©lateurs de la dĂ©tresse iranienne est la demande adressĂ©e par TĂ©hĂ©ran Ă ses mandataires rĂ©gionaux pour qu’ils rejoignent le combat. Selon Aman, cette dĂ©marche est interprĂ©tĂ©e comme un signe de dĂ©tresse grave — un rĂ©gime qui supplie ses propres satellites est un rĂ©gime qui a Ă©puisĂ© une partie de ses ressources propres.
Le Hezbollah a rĂ©pondu Ă l’appel et a rejoint la mĂŞlĂ©e. Les milices chiites irakiennes tirent occasionnellement des drones en direction d’IsraĂ«l. Les Houthis, eux, sont dĂ©crits comme Ă©tant encore en attente — leur entrĂ©e en jeu reste une possibilitĂ© ouverte. Mais selon le renseignement militaire israelien, mĂŞme avec le renfort de ses mandataires, l’axe chiite reste dans une position de faiblesse structurelle.
Le Hezbollah affaibli, l’arsenal rĂ©duit de 85%
Sur le front libanais, Aman souligne que le Hezbollah n’est plus une menace stratĂ©gique ou existentielle pour IsraĂ«l. L’organisation a Ă©tĂ© significativement affaiblie après l’opĂ©ration « Flèches du Nord ». Depuis le cessez-le-feu au Liban jusqu’au dĂ©but de l’opĂ©ration « Rugissement du Lion », environ 450 combattants du Hezbollah ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s, dont le chef d’Ă©tat-major de l’organisation, Tawbataba’i. Plus significatif encore : l’arsenal de l’organisation a Ă©tĂ© rĂ©duit d’environ 85%. Depuis le dĂ©but de la campagne contre l’Iran, 350 combattants supplĂ©mentaires du Hezbollah ont Ă©tĂ© tuĂ©s, et des centaines de bâtiments dĂ©truits Ă travers le Liban.
Le renseignement militaire insiste sur l’interdĂ©pendance des deux fronts : toute munition frappant TĂ©hĂ©ran se fait sentir Ă Beyrouth. « Tout armement qui touche TĂ©hĂ©ran se ressent Ă Beyrouth », rĂ©sume une source militaire israelienne.
La stratégie énergétique comme arme de dernier recours
Face Ă la pression militaire, l’Iran a fait un choix stratĂ©gique : utiliser le secteur Ă©nergĂ©tique comme levier de rĂ©torsion. TĂ©hĂ©ran a dĂ©cidĂ© de menacer les voies maritimes dans le dĂ©troit d’Ormuz et de cibler les installations pĂ©trolières des pays du Golfe, dans l’espoir de contraindre Washington Ă modĂ©rer son offensive. Cette dĂ©cision a conduit les États-Unis Ă frapper l’Ă®le pĂ©trolière iranienne de Kharg — une rĂ©ponse directe Ă la stratĂ©gie de pression sur les marchĂ©s Ă©nergĂ©tiques mondiaux.
Le tableau dressĂ© par Aman après seize jours de guerre est donc celui d’un rĂ©gime en difficultĂ© profonde — pas encore vaincu, mais contraint de jouer ses dernières cartes dans un contexte de paralysie partielle, de dĂ©litement de la chaĂ®ne de commandement et d’Ă©puisement progressif de ses capacitĂ©s militaires.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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