Les manifestations d’ultra-orthodoxes extrémistes qui ont paralysé pendant plusieurs heures des routes et des voies ferrées à travers le pays jeudi n’ont pas seulement provoqué la colère des automobilistes et des voyageurs bloqués. Elles ont aussi déclenché, sur les réseaux sociaux, une polémique politique qui a rapidement dépassé le seul sujet des manifestants.
Shikma Bressler, l’une des principales figures de la contestation anti-gouvernementale et de la mobilisation contre la réforme judiciaire, a publié un tweet incendiaire dans lequel elle a fustigé les blocages harédim. Elle y écrivait que « il n’y a aucune différence entre les phalanges harédimes du pouvoir qui bloquent les routes en se croyant au-dessus de la loi et les phalanges du pouvoir en Judée-Samarie qui estiment de même ne pas être soumises à la loi ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas se mettre en colère. Il faut comprendre qui ils sont, ce qu’ils veulent — un État religieux obscurantiste — et alors comprendre que nous menons un combat pour l’âme même de ce pays. »
Mais ce tweet a immédiatement déclenché une avalanche de réponses dont le ton était unanime : rappels au passé. Nombre d’internautes ont tenu à rappeler à Bressler qu’elle-même avait organisé et dirigé, lors de la vague de protestations contre la réforme judiciaire, des manifestations incluant des blocages de grands axes routiers, des perturbations de la circulation et des interruptions du trafic sur des artères centrales du pays. « Ils font juste ce que vous avez fait », a ironisé un internaute. La critique s’est concentrée sur ce qui était perçu comme une posture à double standard : condamner chez d’autres des méthodes qu’on a soi-même employées et valorisées.
Les manifestations harédimes qui ont servi de décor à cette controverse avaient pour toile de fond la question du service militaire des ultra-orthodoxes. Les manifestants, issus de la frange extrémiste du monde harédim, ont bloqué des routes et des passages à niveau à plusieurs endroits du pays, provoquant des perturbations majeures dans la circulation des véhicules et des trains pendant environ deux heures, avant qu’une annonce mette fin au rassemblement.
La scène politique israélienne rejoue ainsi, sous un nouveau prisme, un débat récurrent : qui détient le monopole légitime de la désobéissance civile ? La réponse, visiblement, dépend souvent de quel côté de l’échiquier on se trouve.
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