Les missiles sur Tel Aviv ne sont qu’une diversion : la vĂ©ritable « arme du jugement dernier » des Houthis

Ils s’Ă©taient tenus relativement en retrait ces derniers mois. Ils avaient observĂ©, calculĂ©, attendu leur heure. Le retour sur scène de Yahya Sari’e — le porte-parole militaire des Houthis en uniforme camouflage, visage familier des communiquĂ©s de guerre depuis le dĂ©but du conflit Ă  Gaza — n’a donc rien d’anodin. Sa rĂ©apparition signe le retour d’une menace que certains avaient peut-ĂŞtre trop vite relĂ©guĂ©e au second plan.comme on l’a baptisĂ©e avec un cynisme certain, s’Ă©tait achevĂ©e avant mĂŞme que l’escalade promise ne se matĂ©rialise. Les Houthis n’avaient pas rejoint les combats ces derniers mois, prĂ©servant leurs forces, se tenant en embuscade stratĂ©gique. Ce n’Ă©tait pas de la peur qui les retenait. C’Ă©tait du calcul. Et maintenant que Sari’e et ses hommes refont surface, il faut prendre la mesure exacte de ce que cela signifie.

Le détroit qui fait trembler les marchés mondiaux

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La menace houthie est bien plus grande qu’on ne l’imagine. Quelques frappes ciblĂ©es sur des navires traversant le dĂ©troit de Bab el-Mandeb suffiraient Ă  provoquer une onde de choc planĂ©taire. Ce passage — Ă©troit, stratĂ©gique, presque discret sur une carte — est en rĂ©alitĂ© l’un des goulets d’Ă©tranglement les plus critiques de l’Ă©conomie mondiale. C’est par lĂ  que transitent les navires qui relient les ports europĂ©ens aux marchĂ©s d’Asie orientale : ils empruntent la MĂ©diterranĂ©e, franchissent le canal de Suez, longent la mer Rouge et, au bout du chemin, passent par Bab el-Mandeb avant de piquer vers l’est.

Bab el-Mandeb — « la porte des larmes » en arabe — est le jumeau stratĂ©gique du dĂ©troit d’Ormuz. Ces deux passages contrĂ´lent ensemble deux des axes maritimes les plus vitaux de la planète. Ce que les Iraniens ont fait Ă  Ormuz en menaçant d’en bloquer le transit et en faisant grimper les prix des assurances et du pĂ©trole, les Houthis pourraient le reproduire Ă  Bab el-Mandeb — Ă  leur guise, au moment de leur choix.

Yahya Sari’e n’a pas mentionnĂ© ce scĂ©nario explicitement dans son communiquĂ©. Il n’avait pas besoin de le faire. Quand il a dĂ©clarĂ© que toute escalade serait suivie d’une rĂ©ponse Ă  la mesure, personne n’a eu de mal Ă  comprendre ce qu’il sous-entendait. L’Iran, malgrĂ© les coups reçus et la faiblesse relative dans laquelle il se trouve, conserve encore en main des cartes de confrontation sĂ©rieuses. Les Houthis, leur bras armĂ© au fond de la pĂ©ninsule arabique, constituent l’une des plus redoutables d’entre elles.

Un héros sans gloire, un livre qui dérange

Parallèlement Ă  la menace houthie, une autre affaire occupe les esprits en IsraĂ«l — celle du livre de Yahya Sinwar et du tĂ©moignage qu’il contient. L’auteur, Ashraf al-Balouji, y raconte en dĂ©tail son parcours, la trajectoire familiale qui l’a amenĂ© Ă  nourrir une haine mortelle contre des IsraĂ©liens, et comment cette haine l’a conduit Ă  tuer des collègues dans l’usine oĂą il travaillait depuis des annĂ©es. Il Ă©voque ses origines, l’exil de Beer Sheva en 1948, la construction lente de sa rancĹ“ur. Sinwar avait fait passer les pages hors de prison en contrebande ; elles ont ensuite Ă©tĂ© imprimĂ©es et publiĂ©es sous forme de livre. En 2011, les deux hommes ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s dans le cadre de l’accord Shalit.

Mais dans ce rĂ©cit glaçant, il y a une figure que l’on risque d’oublier si l’on n’y prend garde : Yehoshua Hakmaz. Cet homme, en entendant des cris d’appel au secours, a quittĂ© l’usine voisine pour aller voir ce qui se passait. Il n’a pas pu sauver les deux victimes. Il a lui-mĂŞme payĂ© de sa vie. Mais il a stoppĂ© le massacre, empĂŞchant d’autres morts. Sa veuve, Simona, Ă  qui ce dĂ©tail a Ă©tĂ© rappelĂ©, a confiĂ© qu’elle n’Ă©tait pas surprise. C’est ainsi qu’il Ă©tait, a-t-elle dit, dans la vie aussi.

Au Liban, quelque chose se passe

Le troisième fil de cette semaine vient du nord. Les contacts entre IsraĂ«l et le Liban font leur chemin, discrètement mais sĂ»rement. Un accord de paix formel prendra encore du temps — le cessez-le-feu lui-mĂŞme avance lentement. Mais le simple fait que des reprĂ©sentants du gouvernement libanais maintiennent des contacts directs et publics avec IsraĂ«l ouvre des portes que l’on croyait murĂ©es pour longtemps.

Younes et Johnny Khoury sont les fils d’anciens soldats de l’ArmĂ©e du Liban Sud (ALS). Johnny est arrivĂ© en IsraĂ«l Ă  l’âge de 9 ans lors de la grande fuite des familles de l’ALS. Cette semaine, il a accordĂ© une interview Ă  Galei Tsahal dans laquelle il a racontĂ© comment, après le retrait israĂ©lien, des Ă©lĂ©ments du Hezbollah avaient investi les villages et commencĂ© Ă  frapper les habitants, Ă  exercer des vengeances. Lors d’un passage en studio avec un invitĂ© libanais, celui-ci a lancĂ© Ă  voix haute : « N’ayez pas honte de ce qu’ont fait vos parents. Ils protĂ©geaient leur maison et leur famille. Soyez-en fiers. »

Ă€ la question de savoir si ce rapprochement se limitait aux milieux chrĂ©tiens, Johnny Khoury a rĂ©pondu que des sunnites et mĂŞme des chiites manifestent aujourd’hui un intĂ©rĂŞt pour un contact avec IsraĂ«l. Il n’avait pas tort. Il a toujours existĂ©, au sein de la communautĂ© chiite libanaise, des gens qui rejetaient le Hezbollah. Aujourd’hui, avec l’affaiblissement du parti de Dieu, ces voix commencent Ă  s’exprimer un peu plus librement.

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