Le Grand Beach Hotel n’est pas diffĂ©rent des centaines d’hĂ´tels comme celui-ci sur la longue bande de Miami Beach, mais vendredi, tout a changĂ©, les gens ne viennent plus boire de la margarita et regarder le coucher du soleil Ă un endroit oĂą maintenant ils s’assoient et prient pour de bonnes nouvelles, tout en s’attendant au pire.
Jusqu’Ă prĂ©sent, environ neuf corps ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans les dĂ©combres du bâtiment de 12 Ă©tages qui s’est effondrĂ© Ă Miami. Une dĂ©lĂ©gation du Home Front Command qui avec 11 membres d’Ă©quipage, dont des experts, a dĂ©collĂ© pour la Floride vers minuit. La dĂ©lĂ©gation fournira une assistance aux sauveteurs amĂ©ricains.
C’est une grande inquiĂ©tude au sein de la communautĂ© juive locale, dont les membres font partie des 159 disparus.
Des dizaines de familles juives qui ne savent pas ce qu’il est advenu de leurs proches qui dormaient dans leur lit lorsque la moitiĂ© de l’immeuble de 12 Ă©tages s’est effondrĂ©e avec un bruit Ă©norme, ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es dans un hĂ´tel très proche des vestiges de l’immeuble pour y faire Shabbat. Au deuxième Ă©tage de l’hĂ´tel, une pièce est devenue un centre de soutien psychologique. Les cris des personnes Ă l’intĂ©rieur de la pièce peuvent ĂŞtre entendus. Dans la pièce voisine, des Ă©chantillons d’ADN sont prĂ©levĂ©s pour aider Ă identifier les corps. Il y a ceux qui ne sont pas encore prĂŞts Ă y entrer, attendant toujours un miracle. Dans le coin du sol est assis un jeune homme, tenant une kippa Ă la main. Il attend de savoir ce qui est arrivĂ© Ă son frère. « Toute ma vie, j’ai tout fait correctement », marmonne-t-il.     » Que vaut tout cette kipa  » ?
La zone Surfside est un melting-pot amĂ©ricain. Une combinaison d’immigrants de la JamaĂŻque et de Cuba, des Portoricains qui ont fui les tremblements de terre et de nombreux Juifs, religieux et laĂŻcs. Ada et Joanna ont vĂ©cu ici toute leur vie. Vendredi, ils ont quittĂ© la synagogue locale les larmes aux yeux. « C’est ce que nous avons ressenti lorsque nous avons entendu parler de la catastrophe qui s’est produite sur le mont Meron », a dĂ©clarĂ© Ada. « Mais maintenant c’est ici, sous notre maison. » Ada dit qu’elle a entendu un boum cette nuit-lĂ , mais pas un son inhabituel. « Tous ceux qui vivent sur Collins Avenue y sont habituĂ©s. Nous sommes Ă Miami Beach, il n’y a ni jour ni nuit ici », dit-elle. « Mais ensuite, de plus en plus de sirènes de police ont commencĂ© Ă arriver, et il Ă©tait clair que quelque chose de très grave s’Ă©tait produit. »
Joanna dit qu’elle connaĂ®t certains des occupants de l’immeuble qui s’est effondrĂ©. « Nous allons tous dans la mĂŞme synagogue. Dans la communautĂ© ici, mĂŞme si vous ne savez pas vraiment, vous savez toujours. Vous savez de quoi je parle, c’est comme en IsraĂ«l. »
Il est facile d’identifier de loin oĂą se trouve l’immeuble qui s’est effondrĂ© jeudi matin. Tout ce que vous avez Ă faire est de suivre la poussière. Ă€ des centaines de mètres du bâtiment sud appelĂ©s « tours Champlain », il est dĂ©jĂ difficile de respirer. Des dizaines d’appartements ont disparu. De cĂ´tĂ©, vous pouvez voir des parties du contenu de l’appartement intĂ©rieur. Voici un canapĂ© dans le salon, il y a une tĂ©lĂ©vision, des unitĂ©s de climatisation qui pendent. « J’ai vĂ©cu Ă New York et ça me rappelle le 11 septembre », raconte Joey Santos, un retraitĂ© bronzĂ© qui vit maintenant de l’autre cĂ´tĂ© de la rue. « La terrible poussière et surtout le silence qui a suivi, c’est exactement la mĂŞme chose. » Alors qu’un rappel du 11 septembre, sur des dĂ©cors autour accrochent des photos de personnes disparues, et ils donnent face aux grands nombres. Des personnes de tous âges, y compris des enfants, et de presque toutes les ethnies possibles.
Depuis que le bâtiment s’est effondrĂ© jeudi matin, les vies des Juifs a changĂ© sur ces deux kilomètres de dĂ©solation : le bâtiment en ruine, le centre communautaire, l’hĂ´tel et la synagogue. Des dizaines de familles sont assises dans le centre communautaire en attendant des rĂ©ponses. Les organisations juives locales se sont mobilisĂ©es très rapidement pour fournir beaucoup de nourriture, de boissons, des chargeurs de tĂ©lĂ©phone et une assistance mĂ©dicale. « Nous travaillons sur un automate », explique Iris, une IsraĂ©lo-amĂ©ricaine venue de New York pour l’aider. « C’est très difficile de voir ce qui se passe avec les gens ici. Vous essayez de leur donner de l’espoir, mais je ne pense pas que cela fonctionne pas vraiment. Au fil du temps, il devient de plus en plus clair que c’est une très terrible catastrophe. «Â
Ce soir, un autre corps a Ă©tĂ© arrachĂ© des dĂ©combres du surfside. Le bilan de l’effondrement du bâtiment s’Ă©lève Ă cinq morts, tandis que 156 personnes sont dĂ©finies comme disparues. Le chef du comtĂ© de Miami-Dade, Daniela Levin Cava, a dĂ©clarĂ© que trois des cinq corps sauvĂ©s de la scène jusqu’Ă prĂ©sent ont Ă©tĂ© identifiĂ©s, faisant passer le nombre de disparus de 159 Ă 156. Les Ă©quipes de secours ont Ă©galement trouvĂ© des restes de corps au cours de la nuit, qui ont Ă©tĂ© envoyĂ©s pour examen. Dans le mĂŞme temps, des Ă©chantillons d’ADN ont Ă©tĂ© collectĂ©s auprès des membres de la famille.
Prières du matin et messes du dimanche
La meilleure façon de comprendre Ă quel point le quartier de Surfside est  « juif » est de simplement marcher le long de l’interminable Collins Avenue et de compter les synagogues. Plus important encore, la « shul » situĂ©e Ă quelques centaines de mètres de l’immeuble qui s’est effondrĂ©, Ă©tait si prĂ©sente hier matin que deux agents de sĂ©curitĂ© Ă©taient postĂ©s Ă l’entrĂ©e et ont refoulĂ© les gens. Heureusement, il y a dĂ©jĂ une autre synagogue dans la rue voisine.
A l’intĂ©rieur de la Grande Synagogue elle-mĂŞme, c’Ă©tait très calme. Mandy Heruti, Ă©missaire Habad Ă Miami, dit qu’il ne se souvient pas d’un Chabbat aussi triste. « La communautĂ© juive ici est Ă©norme », a dĂ©clarĂ© le jeune rabbin. « Nous faisons tout ensemble. C’est terrible. Ce n’est pas un hasard s’il y avait beaucoup de Juifs dans ce bâtiment, les gens vivent cĂ´te Ă cĂ´te.»
Jacob Solomon, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration juive de Miami, a dĂ©clarĂ© qu’ « un pourcentage important et disproportionnĂ© des personnes touchĂ©es par cette tragĂ©die sont probablement des Juifs. Il existe ici un sentiment de communautĂ© qui est liĂ© par le sang juif ».
Le Grand Beach Hotel, qui abrite des dizaines de familles, juives et non juives, est devenu hier presque une forteresse protĂ©gĂ©e avec du personnel de sĂ©curitĂ© qui empĂŞchait quiconque ne sĂ©journant pas Ă l’hĂ´tel d’entrer dans le hall, bondĂ© de personnes attendant en vain. Hier, il y avait des prières du matin des Juifs, et aujourd’hui, il y aura des messes chrĂ©tiennes du dimanche. Des personnes aux yeux rouges peuvent ĂŞtre vues dans tous les coins du hall.
Jenny, une infirmière de Miami, est arrivĂ©e vendredi matin pour faire du bĂ©nĂ©volat. Le fait qu’une très grande partie des personnes en attente soient des personnes âgĂ©es ne fait qu’ajouter aux difficultĂ©s. « Je vois des gens ici qui ont tout vĂ©cu dans la vie, et tout Ă coup quelque chose comme ça leur arrive », dit-elle. « En tant qu’infirmière, vous apprenez Ă ĂŞtre une professionnelle, vous voyez des tragĂ©dies tout le temps, mais c’est tout simplement insupportable. Que dites-vous aux grands-parents que leurs enfants ont disparu ? Les gens des annĂ©es 80 ne devraient pas enterrer leurs enfants. Je ne crois pas aux malĂ©dictions, mais nous venons de terminer avec le corona et maintenant c’est encore la mort, et je ne sais plus quoi penser. D’un autre cĂ´tĂ©, mon frère habite dans la tour nord, et il a vu par la fenĂŞtre le bâtiment jumeau s’effondrer… Je dois dire merci, mais c’est un peu difficile en ce moment. »
A la torture de l’attente angoissante s’ajoute Ă©galement ce que la communautĂ© juive appelle « la conduite scandaleuse des autoritĂ©s ». Le gouverneur de Floride Ron de Santis a attendu près d’une journĂ©e avant de demander l’aide fĂ©dĂ©rale de l’administration Biden. Un haut responsable de la communautĂ© a dĂ©clarĂ© hier, avant de trouver le cinquième corps : « Nous avons 72 heures de retard et n’avons retirĂ© que quatre corps. Toute la rĂ©ponse a Ă©tĂ© si lente. 16 heures après l’effondrement, il n’y avait pas de sauveteurs, il n’y avait que des secours locaux et des services de sĂ©curitĂ©. « Ils travaillent très lentement, en partie Ă cause des limitations objectives, de la mĂ©tĂ©o et de la peur de nuire aux survivants qui sont peut-ĂŞtre encore en vie, mais les familles elles-mĂŞmes ne reçoivent pas de nouvelles. Elles demandent constamment des informations et ne les reçoivent pas. »
Merci Biden…








