Troisième Guerre mondiale : l’historien qui ne veut pas avoir raison

Il fait partie des rares intellectuels Ă  avoir osĂ© prononcer les mots que les diplomates Ă©vitent. Depuis plusieurs annĂ©es, l’historien britannique Niall Ferguson tire la sonnette d’alarme avec une constance qui force l’attention : le monde glisse vers une Troisième Guerre mondiale, et les signaux d’alerte sont dĂ©sormais trop nombreux pour ĂŞtre ignorĂ©s. Dans le contexte de la guerre directe entre IsraĂ«l, les États-Unis et l’Iran — baptisĂ©e « guerre des 12 jours » par Donald Trump — cette mise en garde rĂ©sonne diffĂ©remment. Elle n’est plus une abstraction acadĂ©mique. Elle devient une grille de lecture pour comprendre ce qui se passe ici et maintenant, selon un rapport publiĂ© par Maariv.

Ferguson n’est pas un prophète de l’apocalypse. C’est un historien de formation rigoureuse, auteur notamment de l’ouvrage « La Guerre du Monde : l’ère de la haine dans l’histoire », dans lequel il analysait les mĂ©canismes qui ont menĂ© aux deux conflits mondiaux du XXe siècle. Son objectif dĂ©clarĂ© Ă©tait alors de comprendre ces engrenages pour les Ă©viter. Aujourd’hui, il confesse que les mĂŞmes mĂ©canismes se remettent en marche.

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Sa thèse centrale repose sur la convergence de plusieurs facteurs historiquement associĂ©s aux grandes guerres. Le premier est l’Ă©mergence d’un axe de puissances rĂ©visionnistes — la Chine, la Russie, l’Iran et la CorĂ©e du Nord — qui coopèrent ouvertement pour contester l’ordre mondial dominĂ© par l’Occident. Le second est la montĂ©e d’un discours populiste et nationaliste dans de nombreuses dĂ©mocraties, un phĂ©nomène que Ferguson dĂ©crit comme porteur d’une logique d’escalade vers la violence. Le troisième est la fragilitĂ© Ă©conomique des sociĂ©tĂ©s multiethniques sous pression, qui crĂ©e des conditions favorables aux affrontements internes et externes.

L’Iran, dans cette analyse, n’est pas un acteur isolĂ© mais une pièce d’un puzzle gĂ©opolitique beaucoup plus large. Pendant des dĂ©cennies, le rĂ©gime des mollahs a construit un rĂ©seau de milices, financĂ© des organisations terroristes, armĂ© des mandataires du Liban au YĂ©men en passant par Gaza et l’Irak, tout en poursuivant en sous-main un programme nuclĂ©aire dont les ambitions ne faisaient de doute pour personne. La confrontation militaire directe de ces dernières semaines n’est donc pas une rupture : c’est l’aboutissement logique d’une politique d’hostilitĂ© systĂ©matique que la communautĂ© internationale a trop longtemps laissĂ© prospĂ©rer.

Ce qui inquiète Ferguson — et c’est lĂ  que son analyse dĂ©passe le seul cas iranien — c’est l’effet de contagion. Une guerre entre Washington, Tel Aviv et TĂ©hĂ©ran ne reste pas confinĂ©e au Moyen-Orient. Elle active des mĂ©canismes d’alliance et de solidaritĂ© qui font entrer d’autres puissances dans l’Ă©quation. Moscou soutient TĂ©hĂ©ran. PĂ©kin observe et calcule. Pyongyang fournit des munitions. Et dans ce contexte, chaque frappe, chaque escalade, chaque ultimatum est susceptible de franchir un seuil au-delĂ  duquel le conflit rĂ©gional devient mondial.

L’historien n’hĂ©site pas Ă  Ă©voquer les « annĂ©es vingt thermo-nuclĂ©aires » — une formule qui dĂ©signe la dĂ©cennie actuelle comme potentiellement aussi destructrice que les annĂ©es 1930, mais avec des armements d’une puissance incomparablement supĂ©rieure. Ce n’est pas de la rhĂ©torique. C’est une mise en garde fondĂ©e sur la lecture des prĂ©cĂ©dents historiques : les grandes guerres n’Ă©clatent pas d’un coup. Elles se prĂ©parent dans les annĂ©es qui prĂ©cèdent, quand personne ne veut encore admettre que la logique des Ă©vĂ©nements rend l’affrontement inĂ©vitable.

Pour l’heure, les États-Unis et IsraĂ«l parviennent Ă  contenir le conflit dans les limites de la confrontation avec l’Iran. Mais les lignes de fracture sont visibles. L’OTAN est sollicitĂ©. Les alliĂ©s du Golfe sont nerveux. La Turquie manĹ“uvre pour capter Ă  son profit la recomposition rĂ©gionale. Et dans ce contexte d’instabilitĂ© structurelle, le moindre incident mal gĂ©rĂ© — un avion abattu, une frappe qui tue des ressortissants d’une tierce puissance, une erreur de calcul stratĂ©gique — peut suffire Ă  transformer une guerre rĂ©gionale en quelque chose de bien plus vaste. Niall Ferguson ne veut pas avoir raison. Mais il a la dĂ©sagrĂ©able habitude de l’ĂŞtre.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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