« Trop dangereux » : les autorités américaines ordonnent la suspension des nouveaux modèles d’IA d’Anthropic

La tempête a éclaté vendredi soir. À 17h21, heure de la côte Est, la société Anthropic recevait un courrier du secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, adressé directement au PDG Dario Amodei. L’objet : une directive de contrôle des exportations ordonnant la suspension immédiate de l’accès à deux de ses modèles d’intelligence artificielle les plus récents — Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 — pour l’ensemble des ressortissants étrangers, « qu’ils se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis, y compris les employés étrangers d’Anthropic eux-mêmes ».

La conséquence logistique de cette formulation était imparable : dans l’impossibilité de filtrer en temps réel les utilisateurs en fonction de leur nationalité, Anthropic n’avait d’autre choix que de couper l’accès à ces deux modèles pour la totalité de ses clients dans le monde. Ce qu’elle a fait dans les heures suivant la réception de l’ordre. Tous les autres modèles de la gamme Claude — dont Claude Opus 4.8 — restent accessibles et ne sont pas concernés par la mesure.

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Trois jours d’existence, une suspension mondiale

Fable 5 et Mythos 5 avaient été lancés seulement trois jours plus tôt, le 9 juin, présentés par Anthropic comme ses modèles les plus avancés à ce jour, surpassant tous les benchmarks de l’industrie. Mythos 5, version encore plus puissante, avait dès le départ été réservée à un nombre limité d’entreprises spécialisées en cybersécurité et de structures de défense, en raison de ses capacités jugées hors du commun.

La directive gouvernementale citait des préoccupations de sécurité nationale sans en préciser la nature exacte. D’après ce qu’Anthropic a pu reconstituer, le gouvernement américain aurait eu connaissance d’une méthode permettant de contourner les mécanismes de protection de Fable 5 — ce que le secteur technologique appelle un « jailbreak » : une technique visant à faire dire ou faire à un modèle d’IA ce que ses garde-fous sont censés interdire.

Anthropic conteste, mais se soumet

Dans un communiqué public publié dans la foulée, Anthropic a affiché une position pour le moins inhabituellement ferme vis-à-vis des autorités. La société a indiqué avoir examiné la technique de contournement en question : selon ses propres tests, elle n’aurait permis d’exploiter qu’un nombre très limité de vulnérabilités mineures — des failles par ailleurs déjà connues, et que d’autres modèles d’IA disponibles sur le marché permettent également d’atteindre sans difficulté particulière.

Anthropic a rappelé que Fable 5 avait fait l’objet de milliers d’heures de tests de sécurité avant son lancement — en coopération avec le gouvernement américain lui-même, avec l’AI Safety Institute britannique, ainsi qu’avec plusieurs organismes tiers indépendants. La société a publiquement critiqué la méthode employée par Washington, estimant que « cette action n’adhère pas » aux principes d’un processus réglementaire transparent, équitable et techniquement fondé. Elle a tout de même pleinement obtempéré à l’ordre reçu, tout en annonçant travailler au rétablissement de l’accès.

Un contexte de tensions croissantes avec Washington

Cet épisode ne surgit pas de nulle part. Depuis le début de l’année 2026, les relations entre Anthropic et certaines branches de l’appareil sécuritaire américain se sont considérablement détériorées. En mars dernier, le Département de la Défense avait classifié Anthropic comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement » — une désignation aux implications potentiellement graves pour les contrats fédéraux. Dario Amodei avait alors publiquement contesté cette classification, jugeant son application illégale au regard du statut juridique exact de l’entreprise, et annoncé son intention de la contester en justice.

La suspension de Fable 5 et Mythos 5 s’inscrit donc dans une confrontation plus large entre une administration Trump méfiante vis-à-vis de l’industrie de l’IA frontier, et une entreprise dont l’approche de la sécurité — longtemps perçue comme un atout — semble s’être retournée contre elle.

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