En pleine crise la plus grave dans les relations amĂ©ricano-britanniques depuis 70 ans, le Roi Charles III entame lundi sa première visite d’État aux États-Unis depuis son accession au trĂ´ne — une visite censĂ©e cĂ©lĂ©brer le 250e anniversaire de l’indĂ©pendance amĂ©ricaine et resserrer les liens entre les deux nations. Mais une fuite de Reuters, publiĂ©e vendredi soir et basĂ©e sur un email interne du Pentagone, est venue transformer ce voyage diplomatique dĂ©licat en mission quasi impossible.
Selon cet email rĂ©digĂ© par Elbridge Colby, le plus haut conseiller politique du Pentagone, Washington examine actuellement plusieurs moyens de « punir » les alliĂ©s de l’OTAN qui ont refusĂ© d’aider les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran — en particulier ceux qui ont interdit ou limitĂ© l’utilisation de leurs bases ou de leur espace aĂ©rien pour les frappes amĂ©ricaines en Iran. Colby aurait soulignĂ© dans ce message que l’octroi d’un tel accès constitue un « fondement » de l’activitĂ© de l’OTAN. Une source amĂ©ricaine ayant parlĂ© Ă Reuters sous couvert d’anonymat a indiquĂ© que l’email dĂ©taillait plusieurs options de sanction, visant à « envoyer un message fort aux alliĂ©s de l’OTAN et Ă rĂ©duire leur sentiment d’impunité ».
Les Falkland comme arme diplomatique
Parmi les options Ă©voquĂ©es figure un changement de position amĂ©ricaine sur la souverainetĂ© des Ă®les Falkland — ce territoire de 776 Ă®les situĂ© Ă 480 km des cĂ´tes argentines, contrĂ´lĂ© par la Grande-Bretagne depuis 1833 et revendiquĂ© par Buenos Aires depuis lors. La guerre des Falklands de 1982, dĂ©clenchĂ©e par l’invasion argentine sous la junte de Galtieri et terminĂ©e par la victoire britannique après dix semaines de combats et 904 morts, reste gravĂ©e dans la mĂ©moire collective britannique. En 2013, un rĂ©fĂ©rendum avait vu 99,8% des habitants des Ă®les voter pour rester sous souverainetĂ© britannique.
Les États-Unis maintiennent depuis des dĂ©cennies une position de neutralitĂ© formelle dans ce diffĂ©rend — reconnaissant le contrĂ´le de facto de Londres sans prendre parti sur la question de principe. Selon l’email du Pentagone, cette neutralitĂ© pourrait ĂŞtre abandonnĂ©e — dans le contexte d’une alliance personnelle forte entre Trump et le prĂ©sident argentin Javier Milei. L’Argentine a immĂ©diatement exprimĂ© son espoir de voir ce changement se concrĂ©tiser. Milei a publiĂ© sur X un extrait d’interview dans lequel il dĂ©clarait : « Nous allons faire tout ce qui est humainement possible pour que les Malouines reviennent Ă l’Argentine. »
L’indignation unanime en Grande-Bretagne
La rĂ©action en Grande-Bretagne a Ă©tĂ© immĂ©diate et unanime — tous partis confondus. Le porte-parole du Premier ministre Keir Starmer a dĂ©clarĂ© que la souverainetĂ© sur les Ă®les Ă©tait « une question qui appartient uniquement Ă la Grande-Bretagne et aux habitants des Falkland ». Nigel Farage, figure de la droite populiste britannique et ami dĂ©clarĂ© de Trump, a pourtant dit lui aussi que toute remise en cause de la souverainetĂ© Ă©tait « absolument non nĂ©gociable ». La cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, a qualifiĂ© l’hypothèse de « pure bĂŞtise » et rappelĂ© : « Les Falkland sont britanniques, peu importe ce que dit Donald Trump. » Le Pentagone n’a pas dĂ©menti le contenu de l’email et a indiquĂ© dans un communiquĂ© que Trump entendait s’assurer que ses alliĂ©s « ne soient plus un tigre de papier ».
La crise est comparĂ©e Ă celle de Suez en 1956 — la dernière fois qu’une pression amĂ©ricaine avait contraint la Grande-Bretagne Ă reculer sur une question militaire et de souverainetĂ©. Ce parallèle, Ă©voquĂ© par plusieurs commentateurs britanniques, dit l’ampleur du sentiment de trahison ressenti Ă Londres.
Le Roi comme médiateur
C’est dans ce contexte explosif que le Roi Charles III arrive Ă Washington lundi après-midi. Le programme est chargĂ© : thĂ© Ă la Maison-Blanche avec Trump et Melania, inspection de la ruche en forme de Maison-Blanche installĂ©e par la Première dame dans les jardins, dĂ®ner d’État, et surtout un discours devant le Congrès mardi — le premier d’un monarque britannique depuis celui de la reine Elizabeth II en 1991. Mercredi, Charles se rendra Ă New York pour visiter le mĂ©morial du 11 septembre.
Trump lui-mĂŞme a semblĂ© ouvrir la porte Ă un rĂ´le d’apaisement du Roi, dĂ©clarant Ă la BBC cette semaine que la visite « pourrait aider Ă amĂ©liorer les relations ». « Je le connais bien depuis de nombreuses annĂ©es », a dit Trump Ă propos de Charles. « C’est un homme courageux, un grand homme. » Le biographe de la famille royale Robert Hardman a indiquĂ© Ă Reuters que Trump avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© influencĂ© par des « messages privĂ©s » du Roi sur des sujets sensibles.
Mais la mission du monarque est claire et bornée. Buckingham Palace a précisé que le Roi ne rencontrera pas les victimes de Jeffrey Epstein, dont le nom reste lié à son frère le prince Andrew. Il ne rencontrera pas non plus le prince Harry, qui réside en Californie. Le Roi ne viendra pas négocier — il viendra incarner, selon la formule de Hardman, « la profondeur de soixante-dix ans de relation spéciale » entre deux nations qui, malgré tout, restent des alliées fondamentales.
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— NĂ©cessitĂ©, pas faiblesse : en IsraĂ«l, on estime qu’il n’existe pas de solution militaire aux tirs de roquettes au nord — le refus des alliĂ©s europĂ©ens de s’impliquer dans la guerre contre l’Iran et ses consĂ©quences.
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