Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a reconnu publiquement que la crise sécuritaire en mer Rouge frappe de plein fouet l’économie nationale — et en premier lieu les revenus du canal de Suez, l’une des principales sources de devises étrangères du pays. Cette admission, rare dans sa franchise, traduit l’ampleur des dommages causés par les attaques répétées des Houthis yéménites dans la région.
La mécanique est simple et brutale. Les compagnies maritimes internationales, confrontées au risque d’attaques de missiles et de drones dans le couloir de la mer Rouge, ont massivement choisi de détourner leurs navires via le cap de Bonne-Espérance, en contournant l’ensemble du continent africain. Ce détournement allonge considérablement les trajets — de plusieurs semaines pour certaines routes — mais permet d’éviter la zone de danger. Résultat direct : le trafic à travers le canal de Suez s’est effondré, privant l’Égypte de milliards de dollars de droits de transit.
Une blessure au cœur de l’économie égyptienne
Le canal de Suez représente en temps normal l’une des trois ou quatre principales sources de revenus en devises de l’Égypte, aux côtés du tourisme, des transferts de la diaspora et du pétrole. En 2023, les revenus du canal avaient atteint un record historique de près de 10 milliards de dollars — une manne considérable pour un pays dont la monnaie a subi une dévaluation brutale et dont la dette extérieure ne cesse de croître.
La chute du trafic liée aux Houthis intervient à un moment particulièrement mal choisi pour Le Caire. L’Égypte traverse depuis plusieurs années une crise économique structurelle marquée par une inflation galopante, une hausse des prix de l’énergie et des importations, et un accès difficile aux devises. Le gouvernement est actuellement en négociation avec le Fonds monétaire international pour stabiliser ses finances et obtenir une augmentation de son enveloppe d’aide.
Une pression qui ne fait que commencer
Les analystes économiques sont unanimes : tant que l’instabilité en mer Rouge perdurera, les pertes du canal continueront de s’accumuler — et pèseront toujours plus lourdement sur une économie déjà éprouvée. La guerre des Houthis contre le trafic maritime international n’est pas seulement une menace pour les chaînes d’approvisionnement mondiales : elle est devenue un instrument de pression géopolitique qui atteint directement des pays tiers comme l’Égypte, sans que Le Caire soit partie prenante du conflit.
Al-Sissi se retrouve ainsi dans une position délicate : celle d’un pays voisin qui subit les effets d’un conflit régional qu’il ne maîtrise pas, dépendant à la fois des négociations avec le FMI pour sa stabilité financière et d’une reprise du trafic maritime qu’il ne peut pas imposer tant que les Houthis gardent la main sur le détroit de Bab el-Mandeb.
Pour approfondir sur infos-israel.news :
— L’Iran envoie un message menaçant à Trump : « Si vous frappez notre pétrole, c’est l’Arabie Saoudite qui trinquera » — les enjeux économiques des crises maritimes au Moyen-Orient.
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