Trump parle d’attaque — mais les Iraniens ont identifiĂ© son talon d’Achille

Lundi soir, Donald Trump a rĂ©uni son Ă©quipe de sĂ©curitĂ© nationale. Les nĂ©gociations avec l’Iran se sont enlisĂ©es, et selon les rapports d’Axios et de Fox News, l’option militaire est de nouveau sur la table. Le prĂ©sident amĂ©ricain a affichĂ© une ligne dure sans ambiguĂŻtĂ© : « Je m’occuperai des dirigeants extrĂ©mistes de l’Iran jusqu’Ă  obtenir un accord. L’Iran finira par plier. La capitulation de l’Iran est une certitude. »

Mais Ă  TĂ©hĂ©ran, on ne semble pas se contenter de regarder les dĂ©clarations prĂ©sidentielles dĂ©filer sur les Ă©crans. Le prĂ©sident du Parlement iranien, Mohammad Baqer Kalibaff, a lui aussi pris la parole — et son message ne porte pas d’abord sur des ogives ou des missiles. Il porte sur une chose que l’Ă©lectorat amĂ©ricain ressent chaque semaine en faisant le plein : le prix du carburant.

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L’Iran a compris quelque chose que Trump ne peut pas ignorer. Selon un rapport du CSIS publiĂ© rĂ©cemment, la guerre contre l’Iran a dĂ©jĂ  brĂ»lĂ© des milliers de missiles de prĂ©cision amĂ©ricains et des milliards de dollars en seulement trente-neuf jours de combat. Ce coĂ»t colossal se traduit directement dans la vie quotidienne des AmĂ©ricains : la hausse du prix du carburant liĂ©e au conflit pèse sur les mĂ©nages, et cette pression Ă©conomique se reflète dans les sondages. Une enquĂŞte rĂ©cente du Financial Times rĂ©vèle que 58% des AmĂ©ricains sont mĂ©contents de la gestion de l’inflation par Trump, que 54% dĂ©sapprouvent sa conduite de la guerre contre l’Iran, et que sa cote de popularitĂ© est tombĂ©e Ă  39% — six mois avant les Ă©lections de mi-mandat.

C’est prĂ©cisĂ©ment cette Ă©quation que Kalibaff a choisie comme terrain d’attaque. Dans une sĂ©rie de publications sur le rĂ©seau X, il a dĂ©clarĂ© : « Il n’y a pas d’autre choix que d’accepter les droits du peuple iranien tels qu’ils sont dĂ©finis dans la proposition en quatorze points. Toute autre approche sera totalement dĂ©nuĂ©e de sens — rien d’autre qu’un Ă©chec après l’autre. Plus cela dure, plus les contribuables amĂ©ricains en paieront le prix. »

La stratĂ©gie est claire : Kalibaff ne s’adresse pas Ă  Trump — il s’adresse Ă  l’AmĂ©ricain ordinaire, Ă  celui qui regarde l’Ă©cran Ă  la station-service et dont le mĂ©contentement se transformera en bulletins de vote dans moins d’un an. Ce calcul n’est pas naĂŻf. Les midterms ont dĂ©jĂ  fait chuter des prĂ©sidents bien plus populaires que Trump ne l’est actuellement, et l’Iran a toutes les raisons de penser que la patience de l’Ă©lectorat amĂ©ricain pour une guerre coĂ»teuse sur un théâtre lointain est limitĂ©e.

Mais Kalibaff ne se cantonne pas au seul terrain Ă©conomique. Dans un autre message, il a Ă©voquĂ© directement le dĂ©troit d’Ormuz, artère par laquelle transite une part majeure du pĂ©trole mondial : « La nouvelle Ă©quation du dĂ©troit d’Ormuz est en cours de consolidation. La sĂ©curitĂ© de la navigation et le transit de l’Ă©nergie sont menacĂ©s par les États-Unis et leurs alliĂ©s via la violation du cessez-le-feu et l’imposition d’un blocus. Bien sĂ»r, le tonnerre diminuera. Nous savons très bien que le maintien du statu quo est insupportable pour l’AmĂ©rique — alors que nous, nous n’avons mĂŞme pas encore commencĂ©. »

La rĂ©fĂ©rence au dĂ©troit d’Ormuz n’est pas rhĂ©torique. Un blocage, mĂŞme partiel, de ce corridor stratĂ©gique ferait exploser le prix du pĂ©trole mondial et aggraverait prĂ©cisĂ©ment la crise que Trump cherche Ă  contenir sur le plan intĂ©rieur. Et sur le plan militaire, Kalibaff a Ă©galement joint une menace directe Ă  ses dĂ©clarations : « Nos forces armĂ©es sont prĂŞtes Ă  rĂ©pondre de manière appropriĂ©e Ă  toute agression. Une stratĂ©gie erronĂ©e et de mauvaises dĂ©cisions mèneront toujours Ă  de mauvais rĂ©sultats — le monde entier l’a dĂ©jĂ  compris. Nous sommes prĂŞts Ă  toutes les Ă©ventualitĂ©s. Ils seront surpris. »

Ce qui se dessine, c’est une bataille Ă  deux niveaux simultanĂ©s : le niveau militaire, oĂą les deux parties maintiennent une posture d’intimidation, et le niveau politique intĂ©rieur amĂ©ricain, oĂą l’Iran fait le pari que la lassitude de guerre sera plus efficace que n’importe quelle contre-frappe. Trump peut bien parler de certitude de capitulation iranienne — Kalibaff, lui, parle de factures de carburant et de scrutins Ă  venir. Et dans une dĂ©mocratie, c’est parfois l’argument le plus redoutable.

Pour approfondir la question du dĂ©troit d’Ormuz et ses enjeux stratĂ©giques : DĂ©troit d’Ormuz : l’Iran publie une carte officielle des routes maritimes et confirme la prĂ©sence de mines. Et sur les nĂ©gociations amĂ©ricano-iraniennes : Discours de Netanyahou Ă  la sortie du Chabbat : l’Iran sans bombe, le Hezbollah sous pression, le Hamas dans le viseur.