Netanyahu n’a pas voulu rĂ©pondre. InterrogĂ© par l’Ă©mission amĂ©ricaine « 60 Minutes » sur ce qui se passerait si aucun accord n’Ă©tait conclu concernant le programme nuclĂ©aire iranien et si le matĂ©riel fissile devrait ĂŞtre pris de force, le Premier ministre a adoptĂ© la posture classique du chef de gouvernement qui n’expose pas ses cartes : « Tu vas me poser ces questions, et moi je vais les esquiver, parce que je ne vais pas parler de nos options et plans militaires ou de quoi que ce soit de ce genre. » Sur la question de sortir le matĂ©riel nuclĂ©aire de l’Iran dans le cadre d’un accord, en revanche, il s’est voulu rassurant, estimant que c’est une opĂ©ration physiquement tout Ă fait rĂ©alisable.
Mais la vĂ©ritĂ©, comme le note Maariv, est que Netanyahu n’a pas vraiment besoin de dĂ©tailler les capacitĂ©s militaires israĂ©liennes — elles ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© exposĂ©es. Le 8 septembre 2024, des combattants de l’unitĂ© Shaldag ont menĂ© une opĂ©ration spĂ©ciale au cĹ“ur du territoire ennemi, lors de laquelle ils ont investi et dĂ©truit un site souterrain de production de missiles de prĂ©cision dans la rĂ©gion de Masyaf, dans la profondeur de la Syrie.
Cette opĂ©ration, dont les dĂ©tails ont Ă©tĂ© rendus publics par le porte-parole de Tsahal, renseigne autant sur les moyens engagĂ©s que sur la doctrine d’emploi de la force. Les combattants ont atterri sur zone par hĂ©licoptères, sous couverture de feu et avec un dispositif d’appui combinĂ© comprenant des aĂ©ronefs de recueil, des avions de chasse et des navires de la marine. La prĂ©paration avait Ă©tĂ© longue : pendant des annĂ©es, la direction du renseignement militaire avait conduit une collecte et une surveillance continues qui ont permis d’Ă©tablir la valeur exacte de l’objectif. Dans les mois qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l’assaut, un plan de destruction par des forces aĂ©riennes avait Ă©tĂ© mis sur pied, avant qu’il soit finalement dĂ©cidĂ© de frapper par des moyens terrestres.
La cible n’Ă©tait pas anodine. Le site souterrain de Masyaf avait Ă©tĂ© construit avec le financement et le soutien actif de l’Iran. Il constituait ce que les sources militaires dĂ©crivent comme un « projet phare » de TĂ©hĂ©ran dans son effort pour armer ses mandataires sur le flanc nord d’IsraĂ«l. Le complexe abritait des lignes de production avancĂ©es conçues pour fabriquer des missiles de prĂ©cision et des roquettes longue portĂ©e, dont la finalitĂ© Ă©tait d’augmenter significativement le volume de l’arsenal du Hezbollah et d’autres relais iraniens dans la rĂ©gion. DĂ©truire ce site revenait donc Ă couper Ă la source une partie de la chaĂ®ne d’approvisionnement en armements sophistiquĂ©s destinĂ©s aux frontières israĂ©liennes.
Ce raid illustre une rĂ©alitĂ© que Netanyahu ne dit pas explicitement Ă la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine mais que les services de sĂ©curitĂ© israĂ©liens dĂ©montrent sur le terrain : IsraĂ«l dispose d’une capacitĂ© d’action en profondeur qui ne se limite pas aux frappes aĂ©riennes. PĂ©nĂ©trer physiquement dans un pays tiers hostile, y mener un assaut contre un site fortifiĂ©, et en ressortir — avec une couverture de feu multi-domaine engageant l’air, la mer et les hĂ©licoptères — est une prouesse opĂ©rationnelle que très peu d’armĂ©es au monde peuvent prĂ©tendre maĂ®triser.
Le refus de Netanyahu de dĂ©tailler les options militaires dans « 60 Minutes » n’est donc pas une lacune — c’est une posture dĂ©libĂ©rĂ©e. La doctrine israĂ©lienne de l’ambiguĂŻtĂ© stratĂ©gique veut que les adversaires sachent qu’IsraĂ«l peut frapper, sans nĂ©cessairement savoir comment, oĂą et avec quels moyens. L’opĂ©ration de Masyaf, dĂ©sormais dans le domaine public, vient remplir exactement ce rĂ´le : elle dit ce que le Premier ministre prĂ©fère taire Ă la camĂ©ra, et elle le dit de la manière la plus Ă©loquente qui soit — par les faits.
Sur les opĂ©rations de Tsahal contre les infrastructures iraniennes : Étranglement de l’industrie des missiles : Tsahal dĂ©truit un site pĂ©trochimique stratĂ©gique en Iran. Et pour mieux comprendre les capacitĂ©s de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne : Huit minutes de doute : comment Tsahal a failli annuler l’Ă©limination des chefs houthistes au YĂ©men.






