Depuis plusieurs semaines, la relation entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou donnait des signes de tension croissante. Dans la nuit du dimanche au lundi, le président américain a choisi de tout mettre sur la table. Dans un long entretien accordé au New York Times — dont il a lui-même pris l’initiative depuis sa résidence à la Maison-Blanche — Trump a porté des coups sévères au Premier ministre israélien, tout en revendiquant haut et fort le bilan de son action face à l’Iran.
L’interview a duré environ 28 minutes. Trump l’a accordée depuis la Maison-Blanche, à sa propre initiative. Ce n’est pas anodin : quand un président américain appelle lui-même un journal pour livrer ce genre de déclarations, c’est qu’il veut qu’elles soient entendues.
Des mots qui claquent
La formule est sans détour. « Netanyahou est un homme très difficile », a déclaré Trump. Puis, sans marquer de pause : « Franchement, il devrait nous être reconnaissant pour ce que nous avons fait. Parce que si l’Iran avait eu l’arme nucléaire, Israël n’aurait pas tenu deux heures. »
Cette phrase, prononcée dans le cadre d’un entretien fleuve portant sur le bilan de l’administration américaine face à l’Iran, résume à elle seule le fossé qui s’est creusé entre Washington et Jérusalem depuis la conclusion du mémorandum d’accord américano-iranien. Trump l’a répété : les frappes américaines contre l’Iran à la fin du mois de février, puis le blocus naval imposé après la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran, ont selon lui « reconfiguré le Moyen-Orient au bénéfice des États-Unis ».
Ce que Trump n’a pas dit, mais que le New York Times a relevé, c’est que les frappes israéliennes pendant la guerre ont failli, selon lui, faire dérailler la conclusion de l’accord. Le président n’a pas mâché ses mots : les opérations militaires de l’État hébreu ont constitué un obstacle dans les négociations — un reproche qui contraste fortement avec les déclarations de solidarité affichées en public.
L’accord nucléaire : ambitions et zones grises
Trump a également utilisé cet entretien pour vanter l’accord en cours de finalisation avec Téhéran, le comparant à plusieurs reprises au JCPOA signé sous Barack Obama en 2015 — pour mieux s’en distinguer. Là où l’accord d’Obama comportait des limites temporelles, celui que Trump revendique aurait pour ambition de garantir qu’Israël « ne pourra jamais développer ni acquérir l’arme nucléaire ».
Il a toutefois reconnu que la question de l’enrichissement de l’uranium demeurait un point de friction central. L’Iran refuse de renoncer définitivement à ce droit. Une option est à l’étude : la suspension de l’enrichissement pour une durée de 15 à 20 ans, après quoi des enrichissements à faible niveau seraient tolérés — des niveaux qui, selon Trump, « ne pourront jamais servir à des fins militaires ».
Sur la question du détroit d’Ormuz, Trump a affirmé que l’accord garantirait son ouverture permanente et sans frais. Mais le New York Times a pris soin de noter que le texte du mémorandum actuellement en discussion ne mentionne qu’une suspension des restrictions pour 60 jours, assortie d’un dialogue régional à conduire ultérieurement. Un écart de taille entre la communication présidentielle et la réalité du document.
Le journal a également rappelé que l’Iran avait déjà, dans le cadre du traité de non-prolifération (TNP), souscrit à l’engagement de ne pas développer l’arme nucléaire — et que les enrichissements à hautes teneurs n’avaient repris qu’après que Trump lui-même s’était retiré de l’accord de 2015 en 2018.
La menace en filigrane
Au-delà des critiques contre Netanyahou, Trump a formulé un avertissement clair : si l’Iran ne signe pas un accord définitif lors des négociations prévues vendredi en Suisse, les États-Unis reprendront leurs frappes militaires contre Téhéran. Il a même esquissé une vision plus large, évoquant la possibilité que les États-Unis deviennent les « superviseurs du Moyen-Orient » en échange de 20 % des revenus de la région — une formulation qui n’a guère été commentée mais qui mérite d’être relevée.
Trump a par ailleurs salué chaleureusement les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping pour leur rôle dans la facilitation des discussions avec l’Iran. Ce geste d’appréciation envers Moscou et Pékin, au moment même où il se montre dur envers Jérusalem, n’est pas passé inaperçu.
La veille, Trump avait également déclaré à un journaliste de Fox News avoir contacté Netanyahou après les frappes israéliennes sur Beyrouth, lui demandant : « Qu’est-ce que vous foutez ? » — lui intimant de ne pas procéder à de nouvelles opérations contre le Hezbollah qui risqueraient de compromettre l’accord avec l’Iran.
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