Un autre membre des Gardiens de la RĂ©volution tuĂ© en Iran : Khamenei « trouve » des coupables et tente d’apaiser la rue

In this Wednesday, Sept. 21, 2022, photo taken by an individual not employed by the Associated Press and obtained by the AP outside Iran, protesters chant slogans during a protest over the death of a woman who was detained by the morality police, in downtown Tehran, Iran. Iranians saw their access to Instagram, one of the few Western social media platforms still available in the country, disrupted on Wednesday following days of the mass protests. (AP Photo)

La tension ne retombe pas en Iran. Alors que les manifestations se poursuivent Ă  travers le pays, un nouveau membre des forces de sĂ©curitĂ© iraniennes a Ă©tĂ© tuĂ© dans l’ouest de la RĂ©publique islamique, portant Ă  trois le nombre d’agents morts ŚžŚŚ– le dĂ©but de la vague de protestations. Selon des organisations de dĂ©fense des droits humains, plus de dix manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s, plus d’une centaine arrĂȘtĂ©s et des dizaines blessĂ©s, certains par balles rĂ©elles.

Ces Ă©vĂ©nements surviennent alors que l’Iran commĂ©more l’anniversaire de la mort de Qassem Soleimani, ancien commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la RĂ©volution, Ă©liminĂ© en 2020 lors d’une frappe amĂ©ricaine Ă  Bagdad. À cette occasion, le guide suprĂȘme Ali Khamenei a adoptĂ© un discours Ă  double registre : tenter de montrer de l’empathie envers une partie des protestataires tout en accusant, une fois de plus, « l’Occident » d’ĂȘtre Ă  l’origine des troubles.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Dans une allocution trĂšs surveillĂ©e, Khamenei a dĂ©clarĂ© que « certaines revendications Ă©conomiques sont justifiĂ©es », notamment celles des commerçants affectĂ©s par l’effondrement de la monnaie nationale. Il a toutefois opĂ©rĂ© une distinction nette entre ce qu’il a qualifiĂ© de « protestations lĂ©gitimes » et des « Ă©meutes orchestrĂ©es par des agents de l’ennemi ». « Discuter avec des protestataires est possible, mais parler avec des fauteurs de troubles n’a aucun sens : ils doivent ĂȘtre remis Ă  leur place », a-t-il affirmĂ©, dans un ton qui rappelle les mĂ©thodes classiques du rĂ©gime face aux contestations internes.

Sur le terrain, les images diffusĂ©es par des mĂ©dias d’opposition, dont Iran International, montrent des scĂšnes d’affrontements violents : postes de police incendiĂ©s, vĂ©hicules en flammes et dĂ©ploiement massif des forces de sĂ©curitĂ© dans plusieurs villes, y compris Ă  TĂ©hĂ©ran. L’organisation kurde de dĂ©fense des droits humains Hengaw a fait Ă©tat de 133 arrestations, un chiffre en forte hausse en l’espace de 24 heures. Selon ses informations, au moins 44 manifestants auraient Ă©tĂ© touchĂ©s par des tirs Ă  balles rĂ©elles, tandis que d’autres auraient subi de lourds passages Ă  tabac.

Les manifestations actuelles sont les plus importantes ŚžŚŚ– la vague de protestations de fin 2022 dĂ©clenchĂ©e par la mort de Mahsa Amini, connue sous le nom de « mouvement du hijab ». Bien que leur ampleur reste infĂ©rieure Ă  celles de l’époque, elles reprĂ©sentent le dĂ©fi interne le plus sĂ©rieux pour le rĂ©gime iranien depuis trois ans. Le mouvement a dĂ©butĂ© dans les bazars et centres commerciaux de TĂ©hĂ©ran, lorsque des commerçants ont fermĂ© leurs Ă©choppes pour dĂ©noncer l’impossibilitĂ© de couvrir leurs coĂ»ts face Ă  la chute historique du rial et Ă  une inflation galopante.

La crise Ă©conomique constitue le carburant principal de la contestation. MalgrĂ© d’immenses rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz, l’Iran souffre de dĂ©cennies de mauvaise gestion, de corruption et de domination Ă©conomique des Gardiens de la RĂ©volution. Les sanctions internationales, renforcĂ©es par l’impasse sur le dossier nuclĂ©aire, asphyxient l’économie. Selon la Banque mondiale, l’inflation alimentaire a atteint 64 %, l’un des taux les plus Ă©levĂ©s au monde. Dans certaines villes, le prix du riz importĂ© a bondi de plus de 15 % en une seule semaine, poussant de nombreux commerçants Ă  cesser toute activitĂ©.

Sur le plan international, le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump est intervenu verbalement, avertissant que si les forces iraniennes ouvraient le feu sur des manifestants pacifiques, les États-Unis « viendraient Ă  leur aide ». Cette dĂ©claration, publiĂ©e sur son rĂ©seau Truth Social, a immĂ©diatement Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par les Gardiens de la RĂ©volution, qui ont accusĂ© Washington de chercher Ă  dĂ©stabiliser l’Iran « ŚžŚȘŚ•Śš ڙڙڐڕک », par dĂ©sespoir.

En coulisses, les experts estiment que sans compromis sur le programme nuclĂ©aire et sans allĂšgement des sanctions, la situation intĂ©rieure de l’Iran continuera de se dĂ©tĂ©riorer. Les nĂ©gociations avec Washington sont gelĂ©es ŚžŚŚ– la guerre de douze jours entre IsraĂ«l et l’Iran l’étĂ© dernier, et rien n’indique que le rĂ©gime soit prĂȘt Ă  inflĂ©chir sa ligne. Pour une grande partie de la population iranienne, le lien entre l’obstination nuclĂ©aire du pouvoir et l’effondrement du niveau de vie est dĂ©sormais Ă©vident, nourrissant une colĂšre qui, malgrĂ© la rĂ©pression, refuse de disparaĂźtre.