
La tension ne retombe pas en Iran. Alors que les manifestations se poursuivent Ă travers le pays, un nouveau membre des forces de sĂ©curitĂ© iraniennes a Ă©tĂ© tuĂ© dans lâouest de la RĂ©publique islamique, portant Ă trois le nombre dâagents morts ŚŚŚ le dĂ©but de la vague de protestations. Selon des organisations de dĂ©fense des droits humains, plus de dix manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s, plus dâune centaine arrĂȘtĂ©s et des dizaines blessĂ©s, certains par balles rĂ©elles.
Ces Ă©vĂ©nements surviennent alors que lâIran commĂ©more lâanniversaire de la mort de Qassem Soleimani, ancien commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la RĂ©volution, Ă©liminĂ© en 2020 lors dâune frappe amĂ©ricaine Ă Bagdad. Ă cette occasion, le guide suprĂȘme Ali Khamenei a adoptĂ© un discours Ă double registre : tenter de montrer de lâempathie envers une partie des protestataires tout en accusant, une fois de plus, « lâOccident » dâĂȘtre Ă lâorigine des troubles.
Dans une allocution trĂšs surveillĂ©e, Khamenei a dĂ©clarĂ© que « certaines revendications Ă©conomiques sont justifiĂ©es », notamment celles des commerçants affectĂ©s par lâeffondrement de la monnaie nationale. Il a toutefois opĂ©rĂ© une distinction nette entre ce quâil a qualifiĂ© de « protestations lĂ©gitimes » et des « Ă©meutes orchestrĂ©es par des agents de lâennemi ». « Discuter avec des protestataires est possible, mais parler avec des fauteurs de troubles nâa aucun sens : ils doivent ĂȘtre remis Ă leur place », a-t-il affirmĂ©, dans un ton qui rappelle les mĂ©thodes classiques du rĂ©gime face aux contestations internes.
Sur le terrain, les images diffusĂ©es par des mĂ©dias dâopposition, dont Iran International, montrent des scĂšnes dâaffrontements violents : postes de police incendiĂ©s, vĂ©hicules en flammes et dĂ©ploiement massif des forces de sĂ©curitĂ© dans plusieurs villes, y compris Ă TĂ©hĂ©ran. Lâorganisation kurde de dĂ©fense des droits humains Hengaw a fait Ă©tat de 133 arrestations, un chiffre en forte hausse en lâespace de 24 heures. Selon ses informations, au moins 44 manifestants auraient Ă©tĂ© touchĂ©s par des tirs Ă balles rĂ©elles, tandis que dâautres auraient subi de lourds passages Ă tabac.
Les manifestations actuelles sont les plus importantes ŚŚŚ la vague de protestations de fin 2022 dĂ©clenchĂ©e par la mort de Mahsa Amini, connue sous le nom de « mouvement du hijab ». Bien que leur ampleur reste infĂ©rieure Ă celles de lâĂ©poque, elles reprĂ©sentent le dĂ©fi interne le plus sĂ©rieux pour le rĂ©gime iranien depuis trois ans. Le mouvement a dĂ©butĂ© dans les bazars et centres commerciaux de TĂ©hĂ©ran, lorsque des commerçants ont fermĂ© leurs Ă©choppes pour dĂ©noncer lâimpossibilitĂ© de couvrir leurs coĂ»ts face Ă la chute historique du rial et Ă une inflation galopante.
La crise Ă©conomique constitue le carburant principal de la contestation. MalgrĂ© dâimmenses rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz, lâIran souffre de dĂ©cennies de mauvaise gestion, de corruption et de domination Ă©conomique des Gardiens de la RĂ©volution. Les sanctions internationales, renforcĂ©es par lâimpasse sur le dossier nuclĂ©aire, asphyxient lâĂ©conomie. Selon la Banque mondiale, lâinflation alimentaire a atteint 64 %, lâun des taux les plus Ă©levĂ©s au monde. Dans certaines villes, le prix du riz importĂ© a bondi de plus de 15 % en une seule semaine, poussant de nombreux commerçants Ă cesser toute activitĂ©.
Sur le plan international, le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump est intervenu verbalement, avertissant que si les forces iraniennes ouvraient le feu sur des manifestants pacifiques, les Ătats-Unis « viendraient Ă leur aide ». Cette dĂ©claration, publiĂ©e sur son rĂ©seau Truth Social, a immĂ©diatement Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par les Gardiens de la RĂ©volution, qui ont accusĂ© Washington de chercher Ă dĂ©stabiliser lâIran « ŚŚȘŚŚ ŚŚŚŚŚ© », par dĂ©sespoir.
En coulisses, les experts estiment que sans compromis sur le programme nuclĂ©aire et sans allĂšgement des sanctions, la situation intĂ©rieure de lâIran continuera de se dĂ©tĂ©riorer. Les nĂ©gociations avec Washington sont gelĂ©es ŚŚŚ la guerre de douze jours entre IsraĂ«l et lâIran lâĂ©tĂ© dernier, et rien nâindique que le rĂ©gime soit prĂȘt Ă inflĂ©chir sa ligne. Pour une grande partie de la population iranienne, le lien entre lâobstination nuclĂ©aire du pouvoir et lâeffondrement du niveau de vie est dĂ©sormais Ă©vident, nourrissant une colĂšre qui, malgrĂ© la rĂ©pression, refuse de disparaĂźtre.




