Ce mercredi, une lettre sans précédent a atterri sur le bureau du chef d’état-major Eyal Zamir. Deux cent cinquante-sept officières de Tsahal, en service ou en réserve, ont signé un texte adressé conjointement au général Zamir, au ministre de la Défense Israël Katz et au directeur général du ministère Amir Baram, dans lequel elles tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’elles décrivent comme une vague anti-femmes qui menace la structure même de l’armée israélienne.
Parmi les signataires : six officières au grade de général de brigade, sept colonelles et vingt-huit lieutenantes-colonelles. Elles se définissent comme représentant « tout le spectre politique » et affirment avoir décidé de se constituer en « front uni pour défendre les forces féminines de combat dans Tsahal. »
« Soumission aux pressions extérieures — abandon sécuritaire »
Le cœur de la lettre est une mise en garde contre ce qu’elles décrivent comme une « prise de contrôle par des éléments extérieurs » — entendez : des rabbins civils — sur les décisions d’affectation au sein de l’armée. « Une réalité où des considérations étrangères dictent la composition des forces de combat, et ce en pleine guerre, est un abandon sécuritaire et le démantèlement de l’armée du peuple de l’intérieur », écrivent-elles. Elles réclament la publication d’un ordre du jour officiel du commandement réaffirmant le service mixte, une clarification contraignante sur la question, et « zéro tolérance » envers les rabbins des yeshivot hesdér et les officiers qui coopèrent avec l’exclusion des femmes sur le terrain.
Cette lettre est une réponse directe à une série de prises de position rabbiniques récentes. Douze doyens de yeshivot hesdér avaient annoncé l’arrêt du recrutement de leurs étudiants dans les unités blindées, en protestation contre un pilote d’intégration de combattantes dans les chars. Le Rav Yigal Levinstein, directeur de la makhina militaire « Bnei David » dans le village d’Eli, avait pour sa part appelé les étudiants des makhinas et des yeshivot à ne pas rejoindre l’unité d’élite de la troupe d’état-major, qu’il qualifie désormais d’ »unité mixte » ne répondant pas aux exigences halakhiques. Près de 1 000 étudiants de yeshivot hesdér avaient également signé en février une lettre à Zamir pour s’opposer à l’intégration de femmes dans les blindés.
Zamir face aux rabbins : « Des milliers de combattants manquent »
Hier, le chef d’état-major avait lui-même reçu des rabbins du monde des yeshivot sionistes-religieuses. Étaient également présents son adjoint, le général Tamir Yadaï, le commandant des forces terrestres, le général Nadav Lotan, l’avocat militaire en chef et le grand rabbin militaire. Zamir a souligné la contribution et le sacrifice des étudiants de yeshivot tout au long des années, et particulièrement depuis le 7 octobre 2023.
Mais le message de fond était sans ambiguïté. Tsahal souffre encore d’un manque de milliers de combattants, a-t-il dit aux rabbins, et « a besoin de chaque combattant et combattante pour accomplir ses missions. » Sur la question de l’élargissement du rôle des femmes dans les fonctions de combat et dans les postes clés, Zamir a été catégorique : cet élargissement revêt « une importance opérationnelle considérable » et Tsahal continuera d’y œuvrer. « Ces démarches seront réalisées en fonction des besoins opérationnels et dans le respect des seuils professionnels — sans compromis », a-t-il insisté.
En parallèle, l’initiative vient aussi du terrain : Gali Nasri, combattante en réserve dans l’unité Caracal et l’une des pétitionnaires devant la Cour suprême sur la question de l’intégration des femmes dans Tsahal, a signé la lettre des 257 officières. « Après des dizaines de lettres de rabbins demandant à nous exclure de l’armée, au détriment de la sécurité nationale, nous appelons le commandement militaire à tracer une ligne rouge et à affirmer publiquement l’importance de notre service », a-t-elle déclaré.
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