La Chine construit un gigantesque réseau sous-marin : 42 navires de recherche et des centaines de capteurs dans les océans

PĂ©kin ne construit pas qu’une marine de surface. Selon une enquĂŞte de fond publiĂ©e par Reuters et reprise par la revue spĂ©cialisĂ©e Israel Defense, la Chine a mis en place, au cours des cinq dernières annĂ©es au moins, un vaste rĂ©seau de surveillance sous-marine couvrant l’ocĂ©an Pacifique, l’ocĂ©an Indien et l’Arctique. L’objectif : prĂ©parer le terrain pour une guerre sous-marine face aux États-Unis et leurs alliĂ©s.

Le dispositif a mobilisĂ© au moins 42 navires de recherche qui ont dĂ©ployĂ© des centaines de capteurs, de bouĂ©es et de systèmes sous-marins dans des zones aux enjeux militaires considĂ©rables. Ces donnĂ©es fournissent Ă  PĂ©kin une cartographie prĂ©cise de l’environnement marin — tempĂ©rature, salinitĂ©, courants, bathymĂ©trie — indispensable Ă  l’optimisation des sonar et au dĂ©ploiement de sous-marins.

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Le navire emblème de l’opĂ©ration

Le cas le plus documentĂ© est celui du Dong Fang Hong 3, navire de recherche de l’UniversitĂ© ocĂ©anique de Chine. Entre 2024 et 2025, le bâtiment a effectuĂ© des allers-retours dans des zones d’une sensibilitĂ© stratĂ©gique majeure : entre TaĂŻwan et Guam — bastion amĂ©ricain dans le Pacifique —, au large du Japon, et dans des couloirs stratĂ©giques de l’ocĂ©an Indien, notamment Ă  proximitĂ© du dĂ©troit de Malacca, par lequel transite une grande partie des approvisionnements pĂ©troliers de la Chine. Ces donnĂ©es proviennent des systèmes de suivi de la sociĂ©tĂ© nĂ©o-zĂ©landaise Starboard Maritime Intelligence, analysĂ©s par Reuters.

L’universitĂ© concernĂ©e a dĂ©clarĂ© que les activitĂ©s relevaient d’Ă©tudes climatiques et de prĂ©lèvements de boues. Mais un article scientifique publiĂ© par ses propres chercheurs a rĂ©vĂ©lĂ© des opĂ©rations de cartographie sous-marine Ă©tendue — contredisant les explications officielles.

Un réseau systématique, pas des opérations isolées

Reuters a examinĂ© des registres gouvernementaux chinois, des articles acadĂ©miques et des Ă©tudes spĂ©cialisĂ©es : au moins huit des navires identifiĂ©s ont procĂ©dĂ© Ă  une cartographie directe du fond marin, et dix autres Ă©taient Ă©quipĂ©s de matĂ©riel adaptĂ© Ă  ce type d’opĂ©ration. Les navires progressent selon des patterns serrĂ©s et parallèles — une technique classique de cartographie bathymĂ©trique.

Une partie de ces activités est présentée comme civile : zones de pêche, prospection minérale. Mais neuf experts en guerre maritime consultés par Reuters ont unanimement conclu que les opérations servent des finalités militaires directes.

Le programme s’inscrit dans ce que PĂ©kin appelle le « Projet OcĂ©an Transparent » (Transparent Ocean Project), lancĂ© initialement en mer de Chine mĂ©ridionale avant d’ĂŞtre Ă©tendu aux autres bassins. Dans l’ocĂ©an Pacifique, des centaines de capteurs ont Ă©tĂ© placĂ©s Ă  l’est du Japon, Ă  l’est des Philippines et autour de Guam. Dans l’ocĂ©an Indien, des instruments ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s autour de l’Inde et du Sri Lanka, ainsi que le long du Ninety East Ridge, un couloir sous-marin stratĂ©gique menant au dĂ©troit de Malacca.

Ce que les militaires américains en pensent

Le directeur du renseignement naval amĂ©ricain a dĂ©clarĂ© devant une commission du Congrès que la Chine dĂ©veloppait des rĂ©seaux de surveillance sous-marine collectant des donnĂ©es hydrographiques pour amĂ©liorer les performances sonar et surveiller les sous-marins dans les voies navigables critiques. L’experte australienne Jennifer Parker, ancienne officière en guerre anti-sous-marine, a estimĂ© que l’ampleur du programme indique clairement une intention de dĂ©velopper des capacitĂ©s navales, notamment des opĂ©rations de sous-marins.

Un chercheur chinois impliqué dans la supervision des systèmes a lui-même évoqué publiquement « le développement rapide des capacités de défense navale et militaire de son pays ».

Ces rĂ©seaux amĂ©liorent directement la capacitĂ© de la Chine Ă  dĂ©ployer ses sous-marins nuclĂ©aires de classe Jin et Ă  renforcer sa dĂ©fense contre les sous-marins amĂ©ricains, notamment dans les zones d’affrontement potentiel autour de TaĂŻwan. Un dĂ©tail notable : les navires de recherche chinois coupent rĂ©gulièrement leurs systèmes de suivi pendant leurs opĂ©rations — ce qui suggère que l’Ă©tendue rĂ©elle du programme est encore plus importante que ce qui a pu ĂŞtre documentĂ©.

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