J’ai grandi dans un foyer interconfessionnel laĂŻque oĂą mes parents rĂ©sumaient toutes les fĂŞtes : NoĂ«l Ă©tait un arbre, et des cadeaux plus bas. Pour Pâques, ma sĹ“ur et moi peignons des œufs et cherchions le « Lapin de Pâques », les paniers remplis avec du chocolat et de la gelĂ©e d’haricots.
Pour Hanouka nous avons allumé la menorah (oublié quelques nuits), chanté des chansons, et nous avons mangé des chocolats. Cette combinaison gagnante de bonbons et des cadeaux faisait que cette fête était agréable pour nous, les enfants.
Mais pour Pessah, ce fut diffĂ©rent. Ce n’est pas juste un jour fĂ©rié mais fondamentalement, une fĂŞte rappelant le passage de l’esclavage Ă la libertĂ©, Pessah est difficile Ă corrompre. MĂŞme mon père athĂ©e est entrĂ© dans l’esprit de cette fĂŞte, bien que la haggadah a Ă©tĂ© lue en 10 minutes, car nous avons sautĂ© la plupart des plaies horribles pour le chant et la nourriture.
Au fil des ans, Pessah est devenue ma fĂŞte prĂ©fĂ©rĂ©e, et maintenant que j’ai des enfants, ce choix se confirme encore plus. Pessah a une approche tranquillement radicale Ă la pĂ©dagogie et Ă la transmission des valeurs et de l’Ă©thique que vous n’avez pas besoin d’ĂŞtre religieux pour l’apprĂ©cier. Voici trois messages les plus importants de Pessah pour les enfants.
1. Leurs questions et leur participation :
Le seder et l’accompagnement avec la haggadah exigent que les enfants participent au rĂ©cit de l’histoire de l’Exode des Juifs d’Égypte. En fait, au dĂ©but du seder le plus jeune enfant Ă la table est appelĂ© Ă poser les «quatre questions» sur les raisons de la nuit de Pessah qui est diffĂ©rente de toutes les autres nuits de l’annĂ©e.
Dans notre maison, nous participons tous Ă la lecture de la haggadah pendant le seder de sorte que chaque personne peut raconter une partie de l’histoire. Nous lisons tour Ă tour chacune des plaies, ce qui est toujours une partie prĂ©fĂ©rĂ©e de la Haggadah. Cela permet de les engager, mais renforce Ă©galement la valeur de leur participation.
2. Évaluation pour ce qu’ils ont, et l’empathie pour le sort des autres.
Se mettre dans la peau d’un peuple esclave n’est pas facile pour la plupart des enfants. Et pourtant, l’un des impĂ©ratifs de Pessah est que les participants Ă©prouvent le seder comme si elles Ă©taient des esclaves en Égypte. Nous mangeons de la Matsa parce que les Juifs n’ont pas eu le temps de faire cuire du pain avant leur fuite d’Égypte. Le raifort nous rappelle l’amertume de l’esclavage, alors que des herbes amères trempĂ©es dans l’eau salĂ©e, les larmes de nos ancĂŞtres, et le harosset symbolise, le mortier utilisĂ© par les esclaves juifs pour construire des pyramides.
Mais l’utilisation seule de la nourriture pour montrer l’expĂ©rience de l’esclavage ne me semble plus si satisfaisant pour moi, donc cette annĂ©e, j’ai voulu montrer Ă Â mes enfants une exposition sur l’Égypte ancienne dans laquelle ils ont vu comment ont Ă©tĂ© construites les pyramides. Ce qui pourra les sensibiliser bien plus aux actions de ces milliers d’hĂ©breux, pendant des heures par jour sous le soleil brĂ»lant. Cette exposition leur a donnĂ© une sensation matĂ©rielle et tangible de cette expĂ©rience significative des Juifs sous l’esclavage.
3. Les problèmes sociaux de la vie réelle sont salissants et complexes
Pris Ă leur valeur nominale, l’histoire de Pessah est le bien contre le mal, le triomphe opprimĂ© sur l’oppresseur. Mais l’histoire rĂ©elle est beaucoup plus compliquĂ©e. Lorsque Pharaon a refusĂ© de libĂ©rer les Juifs, Dieu a infligĂ© une sĂ©rie de flĂ©aux sur le peuple Ă©gyptien, chacun plus horrible que le prĂ©cĂ©dent. La dernière sur Pharaon avec l’Ange de la mort pour tuer chaque garçon Ă©gyptien premier-nĂ© dans tous les foyers Ă travers l’Égypte. Beaucoup d’enfants sont impressionnĂ©s devant la sĂ©vĂ©ritĂ© de cette peine. Était-ce la bonne punition, ils se le demandent ?
Dans notre famille, et d’autant plus que nos enfants grandissent, nous prenons la possibilitĂ© de se connecter l’histoire Ă des questions plus larges sur l’Ă©quitĂ©, et la façon de parvenir Ă une sociĂ©tĂ© plus juste Ă la maison ou dans le monde entier. Certains compagnons de seder contemporains ont Ă©crit selon la justice sociale et l’esprit, et il est facile d’adapter ces thèmes pour les rendre plus ludiques. Les problèmes visibles comme l’itinĂ©rance et l’environnement sont faciles Ă raconter aux jeunes enfants, tandis que les enfants plus âgĂ©s peuvent creuser dans des sujets complexes comme l’esclavage moderne.
Cette annĂ©e, nous parlons de l’esclavage des enfants dans les plantations de cacao en CĂ´te-d’Ivoire et ce que nous pouvons faire pour aider Ă l’Ă©radiquer.
Comme nos enfants grandissent, le sens de Pessah grandit avec eux. En participant Ă cette annĂ©e de rituelles annĂ©es après annĂ©es, ils apprennent la valeur de la narration multi-gĂ©nĂ©rationnelle et communautaire, l’importance des rĂ©cits et son questionnement, et Ă croire Ă l’impĂ©ratif qu’ils peuvent  changer le monde.
Amanda Levinson est une écrivaine, et chercheur vivant à Burlington avec ses deux garçons et son mari. Vous pouvez la retrouver sur seecaptureforget.tumblr.com  et www.thirdspace.is.






