Gal Ibgui n’a pas compris pourquoi les victimes de viol ne pouvaient pas rĂ©agir ou pourquoi nombre d’entre elles avaient choisi de ne pas porter plainte. Il y a trois ans, elle a elle-mĂŞme subi un viol collectif lors d’une fĂŞte d’anniversaire d’une fille de sa classe. Maintenant, elle veut rappeler Ă toutes les personnes qui ont subi une agression sexuelle qu’elle n’est ni coupable, ni seule.
 » Il y a trois ans, j’ai Ă©tĂ© violĂ©e. Presque chaque personne peut tĂ©moigner d’un Ă©vĂ©nement qui l’a changĂ©, qui a changĂ© sa vision du monde, et c’est mon Ă©vĂ©nement – pour le meilleur ou pour le pire. »
 » Le sujet sur le viol en cette annĂ©e 2019 ne fait que s’aggraver. Les accusations choquantes auxquelles nous sommes constamment exposĂ©s, de fausses plaintes, la vie nocturne, j’ai dĂ©cidĂ© que je pouvais enfin m’exposer, partager, afin d’accroĂ®tre encore plus la prise de conscience, l’insulte et la douleur qui me sont causĂ©es . »
Je me suis retrouvĂ©e en train de devenir le sujet public dans la rĂ©gion, chacun exprimant son opinion, blessĂ© ou non, sans se soucier de moi qui est au centre de l’histoire.
C’est arrivĂ© lors d’une fĂŞte d’une fille de la classe, un endroit sĂ»r avec des dizaines d’enfants qui m’entouraient depuis des annĂ©es, puis trois gars ont dĂ©cidĂ© de me violer, d’assassiner mon âme, tout en prenant soin de filmer.
Jusque-lĂ , quand j’ai lu des articles sur des filles et des garçons violĂ©s, je n’y croyais pas. Je ne croyais pas que ces personnes Ă©taient vraiment figĂ©es par la suite dans le temps. Ni mĂŞme Ă©pargner des jugements, sans prendre en compte la douleur des victimes… Je ne croyais pas qu’un jour je subirais une telle chose, que ma vie se figerait comme cela et que je serais incapable de bouger, que je ferais tout ce que l’on me dira.
En tant que fille forte, je me tenais là , incapable de bouger. Simplement immobile et perdant tous les droits à ma liberté et à ma sécurité personnelle.
Quand j’ai entendu que les victimes de viol se sentent Ă blâmer, je ne pouvais pas le croire… Il me semblait si bizarre que quelqu’un se sentirait coupable de quoi que ce soit dans un acte si douloureux qui lui a Ă©tĂ© causĂ©… Alors, je me suis retrouvĂ©e traĂ®ner pendant des mois, avec des sentiments de regret et de douleur entre culpabilitĂ© rĂ©elle qui m’avait entraĂ®nĂ© dans une telle situation. Je me sentais tellement coupable Ă un moment donnĂ© mĂŞme d’avoir appelĂ© le policier…
Jusqu’à ce moment-là , quand j’entendais parler de filles (principalement) et de garçons violés qui n’avaient pas porté plainte, les nerfs remplissaient mon corps, juste un sentiment de douleur et de perte, mais ici, comparé au sentiment de stagnation, j’ai eu l’occasion d’agir malgré la douleur infligée.
La décision de porter plainte n’était pas une mince affaire, je savais que j’entamais un processus difficile, une vraie guerre contre ma vérité, et je me suis retrouvée dans le cauchemar pendant un an et demi, un sentiment que je ne peux pas dire avec des mots. Une semaine et demie d’interrogatoires ininterrompus de la police, de confrontation, de la part du bureau du procureur et de discussions, chaque semaine avant l’audience est une semaine sans vie de part la pression et la peur, car aussi confiant que vous êtes, vous ne savez jamais ce qui va se passer et comment cela va se terminer.
La pression et la pĂ©riode difficile ont pris fin le 12 novembre 2017, date Ă laquelle les violeurs ont Ă©tĂ© reconnus coupables et admis après avoir signĂ© un contrat de plaidoyer. Depuis ce jour le sourire est revenu, c’est un cachet qui confirme toutes les souffrances que j’ai subies, le fait que quelqu’un qui compte sur moi pour dire la vĂ©ritĂ©, qui me fait confiance et qui croit en moi est une confiance qui s’était soudainement envolĂ©e, et pouvait revenir.
Contrairement aux nombreuses victimes de viol qui vont Ă l’encontre de la police et du parquet, je dois mentionner la police Sadot de Kadima, qui m’a soutenu et aidĂ©: ils ont su me soutenir dans des moments difficiles, ce qui n’est pas Ă©vident. J’Ă©tais accompagnĂ©e d’un avocat du bureau du procureur du district central qui Ă©tait toujours lĂ pour moi, qui savait comment me conseiller et dire le mot juste, qui Ă©tait lĂ pour moi mĂŞme au-delĂ de ses heures de travail, ce qui m’aidait, comme le fait un proche parent.
Pendant cette pĂ©riode, la famille, les amis les personnes que j’ai rencontrĂ©es tout le temps, m’ont serrĂ©s dans leurs bras et ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour moi. Il y avait des gens qui me tenaient debout, craignant que je ne m’enfonce dans la douleur autant que possible et, grâce Ă certains d’entre eux, je suis ici, plus heureuse que jamais. »






