La montĂ©e de l’extrĂŞme droite en Europe occidentale n’est pas la principale source d’antisĂ©mitisme dans la rĂ©gion ces dernières annĂ©es, selon une Ă©tude de l’Institut des stratĂ©gies sionistes de l’Organisation sioniste mondiale .
« La montĂ©e de l’extrĂŞme droite et de l’antisĂ©mitisme: trois Ă©tudes de cas europĂ©ennes » se concentre sur la France, l’Angleterre et l’Allemagne, qui comptent les plus grandes populations juives du continent, et examine s’il existe une corrĂ©lation entre la dĂ©tĂ©rioration de la sĂ©curitĂ© de ces communautĂ©s et la montĂ©e des partis d’extrĂŞme droite.
L’Institut des stratĂ©gies sionistes est une institution de recherche non partisane dĂ©diĂ©e Ă la prĂ©servation d’IsraĂ«l en tant qu’État juif et dĂ©mocratique dans l’esprit de la DĂ©claration d’indĂ©pendance d’IsraĂ«l.
Le chercheur Nicolas Nisim Touboul a Ă©tudiĂ© deux variables dans chaque pays: la croissance Ă©lectorale des partis de droite et l’Ă©volution des niveaux d’antisĂ©mitisme.
Au cours de la dernière dĂ©cennie, il y a eu plusieurs attaques notables en France, notamment le meurtre d’un enseignant et de trois Ă©lèves de l’Ă©cole Otzar HaTorah de Toulouse en 2012 et le meurtre de quatre personnes lors de l’attaque du supermarchĂ© Hyper Cacher Ă Paris en 2015. Cependant , il n’y avait pas de tendance claire Ă une augmentation de l’antisĂ©mitisme Ă cette Ă©poque, avec des pics certaines annĂ©es et une diminution d’autres. En 2003-2010, il y avait en moyenne 560 incidents antisĂ©mites par an, et en 2011-2019 il y en avait 444, selon les registres officiels français.
En 2011, Marine Le Pen a remportĂ© la direction du Front national d’extrĂŞme droite et a par la suite augmentĂ© son pouvoir Ă©lectoral. Touboul a dĂ©clarĂ© que le parti avait rejetĂ© l’antisĂ©mitisme, qui « peut ĂŞtre soupçonnĂ© d’ĂŞtre une dĂ©cision stratĂ©gique pour normaliser le parti », mais qu’il Ă©tait suffisamment sĂ©rieux pour que Le Pen expulse les responsables qui ont fait des dĂ©clarations antisĂ©mites, y compris son père, le fondateur du parti Jean-Marie Le Pen.
Les pics d’antisĂ©mitisme en France ont surtout coĂŻncidĂ© avec les opĂ©rations militaires israĂ©liennes. Par exemple, 29% des violents incidents antisĂ©mites de 2009 se sont produits en janvier, lors de l’opĂ©ration Plomb durci, et 24% d’entre eux en 2014 l’ont Ă©tĂ© en juillet, lors de l’opĂ©ration Marge protectrice.
De manière gĂ©nĂ©rale, le rapport a constatĂ© que l’augmentation de la violence antisĂ©mite est plus susceptible d’ĂŞtre motivĂ©e par un sentiment anti-israĂ©lien ou par l’islam radical que par les opinions de l’extrĂŞme droite en France au cours de la dernière dĂ©cennie.
Au Royaume-Uni, le niveau d’antisĂ©mitisme est restĂ© stable entre 550 et 650 incidents par an pendant la majeure partie de la pĂ©riode 2006-2013, mais a atteint 1182 en 2014 et est passĂ© Ă 1600 en 2018, selon le Community Security Trust, un Organisation communautaire juive. L’augmentation est principalement due aux discours de haine et au harcèlement, tandis que le nombre de vandalisme ou d’attaques physiques n’a pas augmentĂ© de manière significative. L’antisĂ©mitisme a augmentĂ© au cours d’une pĂ©riode oĂą le nombre de crimes de haine de toutes sortes a augmentĂ© de 254%.
Comme en France, il y a eu une augmentation des incidents antisémites lors des opérations militaires israéliennes.
Touboul a observĂ© le Parti pour l’indĂ©pendance du Royaume-Uni, qui a obtenu 3% des voix lors des Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 2010. En 2014, il a remportĂ© plus de sièges que tout autre parti du Royaume-Uni au Parlement europĂ©en, et en 2015, il a remportĂ© 12 , 6% des suffrages aux Ă©lections lĂ©gislatives. Le dĂ©clin du parti a commencĂ© en 2017, l’annĂ©e suivant le rĂ©fĂ©rendum sur le Brexit, oĂą il n’a recueilli que 1,7% des voix.
Le rapport fait valoir qu’il y a eu une vague d’antisĂ©mitisme autour du rĂ©fĂ©rendum sur le Brexit Ă un niveau similaire Ă l’Ă©tĂ© de l’opĂ©ration Bordure protectrice, avec plus de 100 incidents antisĂ©mites par mois d’avril 2016 Ă octobre 2017.
Touboul a conclu que « les dĂ©bats houleux sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE qui ont creusĂ© les divisions dans la sociĂ©té » Ă©taient Ă l’origine des incidents antisĂ©mites dans la pĂ©riode qu’il a Ă©tudiĂ©e, et il a constatĂ© une augmentation de la rhĂ©torique antisĂ©mite des deux cĂ´tĂ©s. de la carte politique.
« En Allemagne, en raison de l’histoire lointaine du pays, la sensibilitĂ© Ă l’antisĂ©mitisme et au nationalisme extrĂŞme est particulièrement Ă©levĂ©e », a dĂ©clarĂ© Touboul. « Par consĂ©quent, il n’est pas surprenant que la plupart de l’attention du gouvernement sur la question ait portĂ© sur les aspects nationalistes ».
De 2012 Ă 2016, les Juifs allemands ont connu 600 Ă 900 incidents antisĂ©mites par an, mais le nombre est passĂ© Ă 1504 en 2017 et 1646 en 2018, selon le ministère allemand de l’IntĂ©rieur. Comme au Royaume-Uni, cela a coĂŻncidĂ© avec une augmentation gĂ©nĂ©rale des crimes de haine dans toute l’Allemagne.
Cependant, la communautĂ© juive d’Allemagne n’Ă©tait pas satisfaite de la façon dont la police enregistre les incidents antisĂ©mites et a lancĂ© sa propre organisation de recherche et d’information sur l’antisĂ©mitisme (RIAS Berlin). Ses recherches montrent une tendance similaire Ă celle du ministère allemand de l’IntĂ©rieur, mais en plus grand nombre; en 2015, ils ont trouvĂ© 405 incidents survenus uniquement Ă Berlin et 1083 en 2018.
Les documents officiels allemands publiĂ©s en 2018 attribuent 87,5% des incidents antisĂ©mites Ă la droite, ce qui attire les critiques d’autres groupes Ă©tudiant l’antisĂ©mitisme. En revanche, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union europĂ©enne a constatĂ© cette annĂ©e-lĂ que 41% des personnes ayant fait l’expĂ©rience de l’antisĂ©mitisme en Allemagne ont dĂ©clarĂ© que l’agresseur Ă©tait un islamiste radical, plus que dans tout autre pays de l’UE. Pourtant, 25% ont rapportĂ© que la source de l’antisĂ©mitisme Ă©tait les chrĂ©tiens de droite ou radicaux, beaucoup plus qu’en France ou en Angleterre.
Le Parti alternatif pour l’Allemagne (AfD) a Ă©tĂ© fondĂ© en 2013. Touboul note que les immigrants du Moyen-Orient ont commencĂ© Ă arriver en Allemagne en 2015, ce qui a non seulement amenĂ© des personnes de pays hostiles Ă IsraĂ«l en Allemagne et oĂą les opinions antisĂ©mites sont courantes, Cela a Ă©galement rendu les opinions xĂ©nophobes de l’extrĂŞme droite plus populaires – contre les immigrants et contre les juifs.
La montĂ©e de l’antisĂ©mitisme en 2017-2018 s’est produite pendant les annĂ©es oĂą l’AfD Ă©tait en hausse. Touboul dit que l’Ă©tĂ© 2017, avant les Ă©lections au cours desquelles l’AfD a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e, ont Ă©tĂ© les mois les plus calmes de cette annĂ©e, mais admet que les activitĂ©s politiques du parti et la rhĂ©torique opposĂ©e aux «élites mondiales» auraient pu contribuer Ă l’augmentation de l’antisĂ©mitisme.
Le rapport avertit que « plusieurs fois, il y a un croisement entre diffĂ©rents types d’antisĂ©mitisme en un seul incident », ce qui rend la catĂ©gorisation difficile. L’extrĂŞme gauche, l’extrĂŞme droite et les islamistes radicaux ont des opinions « opposĂ©es Ă l’ordre mondial libĂ©ral-capitaliste dans lequel IsraĂ«l s’est dĂ©veloppĂ© « .
Touboul a conclu que « l’extrĂŞme droite n’est pas la principale motivation de l’antisĂ©mitisme en Europe occidentale aujourd’hui et les changements dans la quantitĂ© d’antisĂ©mitisme, s’ils existent, ne dĂ©pendent pas nĂ©cessairement de la consolidation politique [de l’extrĂŞme droite] ».
Par: Lahav Harkov / Dans: Jpost.




