En mĂ©moire aux Juifs tunisiens : Les nazis n’ont pas fait de diffĂ©rence entre Abutbul et Davidovitch

Un Ă©vĂ©nement spĂ©cial a eu lieu ce mardi Ă  la synagogue Yad Vashem Ă  la mĂ©moire des Juifs tunisiens qui ont pĂ©ri dans la Shoah. Au cours de l’Ă©vĂ©nement, Naama Galil de la division du mĂ©morial de Yad Vashem a donnĂ© une confĂ©rence sur la dĂ©portation des Juifs de Tunisie vers les camps. Nous lui avons parlĂ© de l’histoire mĂ©connue et triste des Juifs tunisiens pendant la Shoah.

Dans ses remarques, Galil parle du choix de la question des dĂ©portations Ă  Yad Vashem, et en consĂ©quence il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© d’organiser l’Ă©vĂ©nement spĂ©cial alors que les dĂ©tails connus concernent les Juifs de Tunis dont peu sont connus, comme ceux arrĂŞtĂ©s en tant que dissidents, c’est-Ă -dire politiquement, mais beaucoup ont Ă©tĂ© envoyĂ©s dans des camps d’extermination. Après avoir Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s par les nazis et leurs collaborateurs sur le sol français, ils y sont venus pour amĂ©liorer leur qualitĂ© de vie.

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Galil parle de certains des Juifs dĂ©portĂ©s dont les dĂ©tails de l’histoire personnelle ont Ă©tĂ© collectĂ©s. L’un d’eux est l’avocat Victor Cohen-Hadia, qui reprĂ©sentait des organisations de gauche, a Ă©tĂ© emprisonnĂ© Ă  Paris, libĂ©rĂ©, capturĂ© par la Gestapo et envoyĂ© dans un camp de transit et de lĂ  Ă  Auschwitz.

L’histoire la plus connue est l’histoire de Victor Peretz, le petit boxeur juif (155 cm) qui est nĂ© dans une famille pauvre du quartier juif de Tunis. Les dĂ©tails de son histoire ont Ă©tĂ© publiĂ©s par le regrettĂ© journaliste Noah Kliger qui l’a rencontrĂ© en Auschwitz.

Dans sa jeunesse, il a pratiquĂ© la boxe Ă  la Maccabi Sports Association, Ă©tablie dans le district. En 1928, il s’installe Ă  Paris pour faire de la boxe son mĂ©tier, il dispute des matchs et devient le champion de France des poids mouches. Il a ensuite concouru pour le championnat du monde contre un boxeur amĂ©ricain nommĂ© Frankie Genreo qui avait Ă©tĂ© champion du monde pendant plusieurs annĂ©es. « Il le bat par KO après deux tours et revient vainqueur Ă  Tunis. Cent mille personnes participent Ă  une marche de la victoire et il devient un symbole », explique Galil.

En 1943, il est envoyĂ© pour des matchs Ă  Auschwitz, passe la sĂ©lection et est transfĂ©rĂ© Ă  Auschwitz oĂą le commandant est Schwartz qui organise des compĂ©titions de boxe pour les SS et leurs familles. Schwartz examine Peretz et fait de lui l’un des concurrents.

Ces jours-ci, dit Galil, Peretz travaille dans la cuisine du camp et parvient Ă  voler cinquante kilos de soupe pour les Juifs du camp chaque jour. Le 18 janvier, tous les habitants du camp se retrouvent pour les marches de la mort.

Une nuit, la marche arrive Ă  un carrefour oĂą les marcheurs ont la possibilitĂ© de dormir et au petit matin, avant que la marche ne continue, ils dĂ©couvrent que Peretz a disparu. Peu de temps après, il ressort avec un sac Ă  la main et il raconte avec joie qu’il a apportĂ© aux marcheurs assez de pain pour survivre Ă  la marche, mais un SS lui ordonne de ne pas traverser le canal qui le sĂ©parait des marcheurs mais d’attendre qu’un autre groupe vienne plus tard. Peretz ne s’adresse pas, saute le canal et rejoint les Juifs, dont Noah Kliger.

Tout en souriant joyeusement et en racontant le pain qu’il leur a apportĂ©, tourne le dos au policier SS. Et face aux Juifs de la marche, ils ont vu comment le policier a braquĂ© son arme sur Peretz, l’a abattu et l’a tuĂ©. Son corps est restĂ© en place et les marcheurs ont continuĂ© Ă  marcher.

Galil note que certaines des histoires sont concentrĂ©es dans un musĂ©e qui cherche Ă  raconter l’histoire de la concentration des Juifs en Tunisie sous la domination allemande, ainsi que l’histoire des Juifs algĂ©riens et certainement des Juifs libyens qui souffraient de discrimination, de la lĂ©gislation, la perte de droits, le travail forcĂ© et la perte de vies humaines. « Cela fait partie d’un programme mondial », souligne-t-elle, notant que « bien que l’Holocauste soit un phĂ©nomène europĂ©en en termes de dimensions et d’investissement de ressources, la plupart des Juifs ont Ă©tĂ© assassinĂ©s en Pologne, en Union soviĂ©tique, en Hongrie et en Roumanie mais aussi chez les Juifs de Tunis.

« Dans le wagon 52, il y avait 994 Juifs qui ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s Ă  Sobibor. Il y avait des listes de noms et vous pouvez voir les noms des personnes et le lieu de naissance. La liste montre que parmi les 994 Juifs il y a ceux qui sont venus d’AlgĂ©rie, de Tunisie, du Maroc, et mĂŞme d’IsraĂ«l… Pour les nazis, peu importait que tu t’appelles Abutbul ou Davidovich… »