Un Ă©tudiant islamiste a violemment attaquĂ© mardi le prĂ©sident Ebrahim Raisi et l’Ă©lite dirigeante lors d’une rĂ©union publique Ă l’UniversitĂ© de technologie Sharif de TĂ©hĂ©ran.
Raisi qui a visitĂ© l’universitĂ© pour marquer la journĂ©e annuelle des Ă©tudiants, a Ă©tĂ© parsemĂ© d’attaques par le secrĂ©taire de l’Union des Ă©tudiants islamiques de l’universitĂ©. Le groupe est prĂ©sent sur tous les campus et est une organisation sanctionnĂ©e par l’État dont les membres appartiennent Ă l’aile paramilitaire Basij des Gardiens de la rĂ©volution.
Les remarques du leader Ă©tudiant, Mohammad Hossein Bayat, sont stupĂ©fiantes par leur franchise et leur degrĂ© de critique. Il a dĂ©clarĂ© Ă Raisi que « vous avez Ă©tĂ© Ă©lu lors de l’Ă©lection la moins compĂ©titive de l’histoire de la RĂ©publique islamique, avec le taux de participation Ă©lectorale le plus bas. » Il a ajoutĂ© : « Nous ne vous parlons pas en tant que prĂ©sident Ă©lu avec le vote libre du peuple lors d’une Ă©lection libre. Nous vous parlons en tant que reprĂ©sentant du système en place.
Les principaux rivaux de Raisi ont été empêchés de se présenter aux élections de juin par un conseil de surveillance contrôlé par le guide suprême Ali Khamenei, qui a assuré sa victoire parmi les candidats moins populaires.
Bayat, s’adressant Ă Raisi, a dĂ©clarĂ© qu’il reprĂ©sentait un système au pouvoir qui « au cours des 40 dernières annĂ©es n’a pas ouvert la voie au progrès du peuple, malgrĂ© les idĂ©aux rĂ©volutionnaires de libertĂ© et de justice ». Mais ce que le leader Ă©tudiant a dit ensuite Ă©tait encore plus Ă©tonnant. Il a dĂ©clarĂ© Ă Raisi que la RĂ©publique islamique non seulement n’a pas rĂ©ussi Ă servir le peuple, mais qu’elle s’est « noyĂ©e dans diverses crises et super crises et, Ă l’exception de quelques brèves pĂ©riodes, elle n’a pas connu la stabilitĂ© et le calme ».
Ces remarques ont implicitement mis en Ă©vidence la politique Ă©trangère conflictuelle de la RĂ©publique islamique parmi d’autres problèmes, tels qu’un système Ă©conomique inefficace, la persĂ©cution des dissidents, le manque de transparence et des politiques environnementales dĂ©sastreuses.
Bayat a ensuite rappelĂ© au prĂ©sident qu’il est le produit de l’Ă©lection la moins compĂ©titive, organisĂ©e par un « système politique incapable et inefficace » qui a poussĂ© le peuple dans « le dĂ©sespoir de tout changement ou amĂ©lioration » en Iran.
Il a poursuivi en accusant Raisi d’empiler son administration avec des personnes corrompues, et il a ouvertement nommĂ© les principaux collaborateurs du prĂ©sident. Bayat a Ă©galement dĂ©clarĂ© que l’administration actuelle est le gouvernement le plus militarisĂ© de l’histoire de la RĂ©publique islamique, divisant les postes critiques entre les Gardiens de la RĂ©volution.
Les prĂ©sidents iraniens ont souvent rencontrĂ© des critiques sĂ©vères chaque fois qu’ils ont visitĂ© des universitĂ©s. Mais les Ă©tudiants dissidents ont Ă©tĂ© intimidĂ©s jusqu’au silence et les associations Ă©tudiantes islamiques sont contrĂ´lĂ©es par des Ă©lĂ©ments qui sont censĂ©s ĂŞtre fidèles Ă la RĂ©publique islamique.
Bayat a dit Ă Raisi de dire Ă ses amis qu’il n’y a pas de gloire dans une croissance Ă©conomique Ă zĂ©ro pour cent, l’isolement politique, le manque de transparence et toutes les autres politiques qui imposent un « coĂ»t exorbitant Ă la nation iranienne ».
Il a continuĂ© Ă mentionner plus d’une douzaine de crises dans le pays, surtout la corruption de « l’Ă©lite politico-militaire » et la rĂ©pression d’une population dĂ©sespĂ©rĂ©e et fatiguĂ©e de sa situation Ă©conomique. Dans une situation oĂą toute la sociĂ©tĂ© civile a Ă©tĂ© dĂ©molie et les militants sont en prison, Bayat a demandĂ© Ă Raisi, quelle autre alternative existe que la violence et la protestation. Il a ajoutĂ© que l’Ă©lite dirigeante a essentiellement dĂ©cidĂ© qu’elle ne veut pas Ă©couter le peuple tant qu’elle peut tirer pour se protĂ©ger.
Ă€ la fin de ses remarques, Bayat a averti Raisi que si une issue rationnelle Ă la situation actuelle de crise n’est pas trouvĂ©e, l’Ă©lite dirigeante recevra « une rĂ©ponse du peuple qui pourrait ne pas venir immĂ©diatement… mais qui sera certainement rĂ©volutionnaire et dĂ©cisive. «Â





