Les chercheurs de l’université de Wuhan et de l’Institut de biophysique de l’Académie chinoise des sciences ont détecté NeoCoV chez des chauves-souris présentes en Afrique du Sud. Ils se sont concentrés sur la façon dont ce virus est capable de pénétrer dans nos cellules. NeoCoV est génétiquement proche d’un autre coronavirus, le MERS-CoV (le Middle East Respiratory syndrome-related coronavirus), apparu en 2012 en Arabie saoudite. NeoCoV partage au moins 85 % du génome du MERS-CoV, d’après un article du Journal of Virology de 2014. Or, ce MERS-CoV a provoqué des épidémies mortelles au Moyen-Orient.
C’est la question du rĂ©cepteur qui prĂ©occupe les chercheurs chinois. Comme l’explique le professeur Cyril Cohen, immunologue et professeur Ă en l’universitĂ© de Bar Ilan, Ă Tel Aviv, « ils ont montrĂ© qu’à la diffĂ©rence du virus MERS-CoV, qui est vraiment un cousin voisin, le rĂ©cepteur d’entrĂ©e de NeoCoV est l’ACE2. » L’ACE2 est une protĂ©ine clĂ© de l’infection par le SARS-CoV-2, notre coronavirus actuel, car il s’attache Ă ce rĂ©cepteur prĂ©sent Ă la surface des cellules.
L’Ă©quipe chinoise ne s’attendait pas Ă ce que ce cousin du MERS ait une autre voie d’entrĂ©e que lui, poursuit le professeur Cohen : « Cela les a surpris. Le fait que ce virus est capable de se lier Ă l’ACE2 chez la chauve-souris, est problĂ©matique, parce qu’ils ont montrĂ© que de manière très faible, il existe une possibilitĂ© que ce virus puisse aussi infecter des cellules humaines ». Ils ont montrĂ© qu’avec une seule mutation, ça le rendait beaucoup plus infectieux aux cellules humaines.
Encore faut-il que ces chauves-souris soient en contact avec l’humain et que ces mutations se produisent de façon naturelle. La publication chinoise est une alerte. Pour Eric Muraille, maĂ®tre de Recherche au FRS-FNRS : « le point important Ă retenir est qu’il y a dans la nature un nombre considĂ©rable de virus potentiellement dangereux. Plus nous envahirons les Ă©cosystèmes sauvages et plus nous seront en contact avec ces virus et plus la probabilitĂ© d’une adaptation Ă l’humain de ces virus augmentera. C’est une rĂ©elle menace. Mais qui n’est vraiment pas nouvelle ».
Chaque année, des dizaines de milliers d’infections zoonotiques (causées par un pathogène transmis aux humains par l’animal) se produisent à cause de coronavirus, surtout en Asie. Ce n’est pas pour autant qu’elles se transmettent ensuite d’humain à humain et déclenchent une pandémie.





