Le front politique : les funérailles de la reine sont devenues le plus grand sommet politique depuis des décennies

Une blague bien connue de l’Ă©mission classique de la BBC « Oui, Monsieur le Premier ministre » soutient que les funĂ©railles d’État sont le meilleur moment pour conclure des accords politiques sous le nez des mĂ©dias. Il semble que ces jours-ci, alors que la Grande-Bretagne est plongĂ©e dans le deuil de la mort de la reine Elizabeth II, prouvent une fois de plus que la sĂ©rie n’est pas loin de la rĂ©alitĂ©.

Des centaines de chefs d’État et de hauts diplomates sont arrivĂ©s Ă  Londres le dernier jour, dans ce qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© saluĂ© comme le plus grand sommet diplomatique depuis des dĂ©cennies. En apparence, les invitĂ©s ne s’occuperont bien sĂ»r pas des affaires du jour, mais en coulisses, on suppose qu’un certain nombre de rĂ©unions bilatĂ©rales auront lieu, dont beaucoup ne pourraient avoir lieu que dans des circonstances aussi extraordinaires.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Ainsi, par exemple, le prĂ©sident Yitzhak Herzog, qui reprĂ©sente IsraĂ«l lors d’Ă©vĂ©nements, participera ce soir au rassemblement spĂ©cial organisĂ© par le roi Charles au palais de Buckingham – un Ă©vĂ©nement auquel participeront de nombreux dirigeants mondiaux, y compris ceux de pays avec lesquels IsraĂ«l n’a pas d’accord officiel rapports.

Le président russe Vladimir Poutine, photo : AFP

Alors que la reine elle-mĂŞme a toujours veillĂ© Ă  maintenir son image de personne « au-dessus de la politique », le sommet semble devenir une dĂ©monstration de puissance pour la Grande-Bretagne et ses divers intĂ©rĂŞts Ă  travers le monde. En tĂŞte de liste des invitĂ©s non invitĂ©s figure le prĂ©sident russe Vladimir Poutine, affectĂ© Ă  Londres en raison de la guerre en Ukraine. Ă€ l’Ă©poque du prĂ©cĂ©dent Premier ministre Boris Johnson, la Grande-Bretagne Ă©tait Ă  la tĂŞte des partisans de Kiev, et cette politique ne devrait pas changer maintenant sous la nouvelle Première ministre Liz Truss. L’Ukraine sera reprĂ©sentĂ©e par l’Ă©pouse du prĂ©sident Volodymyr Zelensky, Olena Zelenska, qui est arrivĂ©e en visite rapide dans la capitale britannique. Selon de hauts responsables Ă  Londres, la Grande-Bretagne entend prĂ©senter la visite de Zelensky comme une preuve du soutien de la communautĂ© internationale en gĂ©nĂ©ral, et des pays occidentaux en particulier, Ă  l’Ukraine. La BiĂ©lorussie, alliĂ©e de la Russie, figure Ă©galement sur la liste des non-invitĂ©s en raison de son soutien Ă  la guerre. Moscou a rĂ©agi avec colère Ă  la conduite britannique : « Il s’agit d’une exploitation cynique et immorale du chagrin national Ă  des fins politiques », a dĂ©clarĂ© le ministère des Affaires Ă©trangères Ă  Moscou.

Un autre front politique se trouve sur la scène du Moyen-Orient : l’invitation du prince hĂ©ritier saoudien Mohammed ben Salman Ă  des Ă©vĂ©nements, pour la première fois depuis le meurtre du journaliste saoudien amĂ©ricain Jamal Khashoggi Ă  Istanbul en 2018, provoque l’indignation de nombreux cercles en Grande-Bretagne. Les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme ont critiquĂ© son invitation, affirmant que les funĂ©railles de la reine seraient utilisĂ©es pour « blanchir » son image et comme preuve que malgrĂ© les lourds soupçons qu’il avait commanditĂ© le meurtre du journaliste, il Ă©tait de nouveau accueilli dans le giron de la communautĂ© internationale. La veuve de Khashoggi a dĂ©fini son invitation comme « une honte et une tache sur la mĂ©moire de la reine ».

Mohammed ben Salmane, photo : AFP

Cependant, il semble que, Ă  l’instar de la rĂ©cente visite du prĂ©sident des États-Unis Joe Biden en Arabie saoudite, en Grande-Bretagne, ils prĂ©fèrent mettre de cĂ´tĂ© les questions morales pour le moment et renforcer les liens avec Riyad, principalement en raison de la perception qui le considère comme l’un des principaux rivaux face Ă  la montĂ©e en puissance de l’Iran dans la rĂ©gion. Les relations Londres-TĂ©hĂ©ran sont au plus bas, et pour preuve, l’Iran fait partie des rares pays qui seront reprĂ©sentĂ©s lors d’Ă©vĂ©nements au niveau infĂ©rieur d’un ambassadeur uniquement – aux cĂ´tĂ©s de pays dĂ©signĂ©s tels que la CorĂ©e du Nord et le Nicaragua. Le rĂ©gime d’Assad en Syrie, un alliĂ© de TĂ©hĂ©ran, et les talibans au pouvoir en Afghanistan ont Ă©galement Ă©tĂ© exclus de la liste des invitĂ©s.

Les funĂ©railles royales crĂ©ent Ă©galement des tensions dans les relations avec la Chine. Bien que PĂ©kin ait Ă©tĂ© pleinement invitĂ© aux Ă©vĂ©nements et sera reprĂ©sentĂ© par le vice-prĂ©sident Wang Chi-shan, les tensions croissantes avec TaĂŻwan et les accusations de violations des droits de l’homme contre la minoritĂ© ouĂŻghoure menacent de dĂ©tĂ©riorer les relations entre les pays. Un groupe de dĂ©putĂ©s britanniques a empĂŞchĂ© ce week-end une dĂ©lĂ©gation chinoise d’entrer dans le Westminster Hall pour rendre hommage devant le cercueil de la reine, ce qui a dĂ©clenchĂ© des tensions publiques inhabituelles entre Londres et PĂ©kin. Le ministère chinois des Affaires Ă©trangères a dĂ©clarĂ© qu’il considĂ©rait l’incident comme une « discourtoisie manifeste » et a appelĂ© la Grande-Bretagne Ă  « revenir en arrière et Ă  suivre les règles diplomatiques acceptĂ©es ».