Après un an et deux mois de guerre acharnĂ©e dans le nord du pays, des jours plus calmes sont enfin arrivĂ©s. Le cessez-le-feu annoncĂ© il y a quelques semaines a créé un sentiment de calme et, pour la première fois depuis longtemps, les sites naturels et les sentiers du nord d’IsraĂ«l ont Ă©tĂ© rouverts . D’une zone fermĂ©e aux touristes pendant de nombreux mois, le Nord est devenu une zone rĂ©absorbĂ©e par le monde du tourisme.
Mais malgrĂ© ce renouveau, le sentiment de routine des habitants du Nord est loin d’ĂŞtre retrouvĂ©. Ils n’ont pas l’impression que le nord du pays soit revenu Ă ce qu’il Ă©tait avant la guerre. En d’autres termes, mĂŞme si les voyageurs reviennent pour admirer les magnifiques vues et profiter pleinement de ce que le Nord a Ă offrir, l’expĂ©rience de vie des rĂ©sidents est encore loin de l’ancienne routine.

Le retour des voyageurs vers le nord a créé une sorte d’émoi parmi les commerçants, les employĂ©s et les autoritĂ©s locales. Le Dr Eran Keter, chef du dĂ©partement du tourisme et de la gestion hĂ´telière au Kinneret Academic College, dĂ©crit l’effet du cessez-le-feu comme celui qui conduit Ă un changement significatif dans le paysage touristique : « Au dĂ©but, nous voyons ces « voyageurs du sabbat »  » qui viennent dans le nord pour constater les dĂ©gâts de la guerre et visiter les villes du nord « , dit le Dr Keter,  » mais Ă l’avenir, nous verrons de plus en plus de touristes – locaux et Ă©trangers – rĂ©server un hĂ©bergement dans les hĂ´tels et les localitĂ©s du nord. Il ajoute que vers le dĂ©but de 2025, le nord devrait ĂŞtre rempli de voyageurs israĂ©liens venus profiter de l’hiver et du printemps israĂ©liens, lorsque le tourisme intĂ©rieur augmentera Ă nouveau, aux cĂ´tĂ©s du tourisme sortant et entrant.

Selon le Dr Keter, l’un des principaux dĂ©fis auxquels le tourisme dans le Nord est confrontĂ© est la restauration des infrastructures touristiques – la rĂ©ouverture des hĂ´tels, des restaurants et des entreprises touristiques, la formation de nouveaux employĂ©s et la rĂ©novation des petites et moyennes entreprises sur la question du « tourisme sombre » – le phĂ©nomène selon lequel les voyageurs viennent dans le nord par curiositĂ© ou par dĂ©sir de soutien, mais parfois aussi par sentiment de voyeurisme, alors que ce ne sont bien sĂ»r pas des situations faciles pour les rĂ©sidents locaux. « La curiositĂ© est parfois un peu voyeuriste – le dĂ©sir de photographier une maison touchĂ©e par une roquette, les restes d’une voiture incendiĂ©e ou une scène oĂą des personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es. Nous l’avons Ă©galement constatĂ© lors des premières visites dans les localitĂ©s en bordure de Gaza et sur le site du Nova Party. On peut espĂ©rer que les visiteurs israĂ©liens se comporteront avec la sensibilitĂ© requise et que leurs visites se traduiront Ă©galement par un soutien financier aux petites et moyennes entreprises du nord, dont certaines ont Ă©tĂ© fermĂ©es depuis le dĂ©but de la guerre.  »

Parallèlement au retour attendu des touristes et des voyageurs, les habitants du nord ne sentent pas que leur rĂ©alitĂ© ait changĂ© d’une manière ou d’une autre. Beaucoup d’entre eux sont retournĂ©s dans des maisons qui avaient Ă©tĂ© endommagĂ©es pendant la guerre ou ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s dans des solutions de logement temporaires, tout en continuant Ă faire face aux destructions qui les entouraient. Gal, une habitante de Kiryat Shmona, n’hĂ©site pas Ă partager ses sentiments difficiles : « Tout d’abord, en tant qu’habitante de Kiryat Shmona, qui a Ă©tĂ© touchĂ©e Ă trois reprises pendant la guerre, vous comprendrez probablement que si le titre des mĂ©dias « C’est un cessez-le-feu ou un retour au nord, c’est loin d’ĂŞtre la rĂ©alité », dit-elle en agitant la main avec tristesse, « car comme ma famille, elle ne rentrera pas chez elle de sitĂ´t car tout est dĂ©truit, il y a des centaines d’autres familles qui n’ont pas de maison oĂą retourner. Tout est dĂ©truit, impropre Ă la vie, et cela prendra plusieurs mois. Laissez-les finir de se rĂ©habiliter. »

Gal note que les effets de la guerre ne se limitent pas aux dĂ©gâts causĂ©s aux habitations privĂ©es, mais aussi aux infrastructures urbaines et aux lieux publics. Les centres commerciaux de la ville, le marchĂ© municipal, les trottoirs, les routes, les poteaux Ă©lectriques et mĂŞme les Ă©coles nĂ©cessitent tous une rĂ©novation intensive. « RĂ©habiliter le nord est une bĂ©nĂ©diction, nous sommes une ville habituĂ©e au tourisme en toutes saisons et surtout en hiver lorsque les touristes voyageant vers le plateau du Golan et l’Hermon s’arrĂŞtent chez nous », ajoute-t-elle, « mais nous ne pouvons pas dĂ©cider de revenir Ă la normale sans nous expliquer au prĂ©alable ce qui se passe. Nous retournons dans une ville dĂ©truite et brisĂ©e. »

L’incertitude augmente Ă©galement compte tenu du peu de sentiment de sĂ©curitĂ©. « Qui nous assure qu’il n’y a plus de tunnels ? Qui nous assure que le Hezbollah ne s’armera plus ? » » demande Gal en soulignant les vĂ©ritables sentiments des habitants du nord, qui aspirent Ă un retour Ă la normale mais ne peuvent le faire sans savoir avec certitude si la paix va perdurer. « Notre nord est la plus belle rĂ©gion du pays. Il y a ici une nature unique, des gens honnĂŞtes et des chefs d’entreprise qui n’attendent que de retourner au travail. Mais tout cela ne vaut rien s’ils n’investissent pas dans une vĂ©ritable rĂ©habilitation de la rĂ©gion. Et surtout en redonnant confiance aux habitants.

La situation à Metula : une réalité sécuritaire différente et une aspiration au retour
Ă€ Metula, la ville la plus septentrionale d’IsraĂ«l, le sentiment d’incertitude n’est pas moindre. Ortal, une habitante locale, raconte les destructions qui ont frappĂ© sa maison. « La maison de ma famille n’a pas Ă©tĂ© endommagĂ©e par une roquette mais par l’activitĂ© des FDI suite au tir d’un char depuis notre parking », dit-elle. Selon elle, la maison a Ă©tĂ© gravement touchĂ©e par les bombardements pendant plusieurs mois et est restĂ©e exposĂ©e Ă des dĂ©gâts supplĂ©mentaires tout au long de la journĂ©e. Aujourd’hui, sa famille doit payer des impĂ´ts fonciers pour remettre la maison dans un Ă©tat oĂą elle peut ĂŞtre restituĂ©e.
Ortal fait Ă©galement Ă©tat des dĂ©gâts causĂ©s aux infrastructures de Metula, qui pèsent sur la routine quotidienne locale. La rue principale a Ă©tĂ© gravement endommagĂ©e, avec des rainures créées par les convois de chars, des trottoirs brisĂ©s et des sections bloquĂ©es. « L’endroit tout entier ressemble Ă une zone de guerre par excellence », dĂ©crit-elle. Cette atmosphère rend difficile le retour Ă la vie normale des habitants de Metula. MalgrĂ© les dĂ©fis, Ortal dĂ©crit son fort dĂ©sir de retourner lĂ oĂą elle a grandi : « Il est clair pour moi que je veux retourner Ă Metula et y passer ma vie d’adulte, mais les sentiments sont mitigĂ©s. Nous ne pourrons pas revenir comme les autres villes.

Depuis le dĂ©but du cessez-le-feu, les routes du nord sont beaucoup plus encombrĂ©es de vĂ©hicules, il y a beaucoup de gens qui viennent et les cafĂ©s restĂ©s ouverts depuis le dĂ©but de la guerre sont pleins Ă craquer. « Dans le passĂ©, j’ai travaillĂ© chez Agmon Hula, j’ai travaillĂ© dans le tourisme toute ma vie », explique Ortal. « C’est le moyen de subsistance de la plupart des gens ici dans le nord, en particulier des jeunes. Il n’y a rien de plus important que cela, cela stimule l’Ă©conomie, ce sont les gens qui, en fin de compte, les aident Ă acheter leur nourriture et c’est tellement important, parce que nous sommes bâtis sur le tourisme – hiver comme Ă©tĂ©. »
Le Nord après la guerre : tourisme positif ou insensibilité aux souffrances locales ?
Ă€ Metula, comme dans le reste du nord, le retour au tourisme ne se fait pas indĂ©pendamment de la sĂ©curitĂ© et de la rĂ©alitĂ© sociale des habitants de la rĂ©gion. Ortal Ă©voque la question sensible du « tourisme de guerre ». Elle dĂ©crit les sentiments difficiles des riverains lorsque des voyageurs ou des visiteurs visitent les sites pour constater les dĂ©gâts de la guerre : « Nous sommes arrivĂ©s Ă une situation oĂą les secours s’affairent Ă sĂ©curiser le portail car il y a des convois de touristes. Ils sont obligĂ©s de se disputer avec les passants qui veulent venir voir et de leur expliquer que l’entrĂ©e est rĂ©servĂ©e aux rĂ©sidents.
Comme l’explique Ortal, outre les voyageurs qui visitent les rĂ©serves naturelles du nord, nombreux sont ceux qui pĂ©nètrent dans les espaces privĂ©s : « Il y a des gens qui ne sont pas rĂ©sidents qui entrent dans les maisons dĂ©truites, prennent des objets comme souvenirs et emportent des photos, et dans certains cas les propriĂ©taires de la maison ne sont pas entrĂ©s dans la maison depuis qu’elle a Ă©tĂ© endommagĂ©e, brĂ»lĂ©e ou dĂ©truite. Mais les touristes se permettent de venir prendre des choses, je ne comprends pas et c’est assez choquant , ils ne comprennent pas que ce n’est pas vraiment fini , nous sommes encore au milieu de l’histoire, donnez-nous un moment pour comprendre ce qui se passe dans notre maison, ce n’est pas le bon moment. Si vous voulez aider, faites un don – pensez Ă une communautĂ©. . Si vous ĂŞtes vraiment si curieux de voir les maisons, attendez encore un peu et Ă la fin vous verrez ce que vous voulez et nous prendrons tous des photos et les tĂ©lĂ©chargerons sur les rĂ©seaux, mais donnez-nous juste un peu de temps. »
Ortal conclut en exprimant sa dĂ©ception face au traitement rĂ©servĂ© par le gouvernement Ă la rĂ©gion : « L’État n’a pas toujours pris soin de cette zone, mĂŞme avant la guerre. Nous avons besoin de plus de budgets et de ressources pour restaurer la zone, et pas seulement pour ramener les touristes. Nous avons Ă©galement besoin d’emplois, de services publics, d’infrastructures et de lieux de loisirs et de culture ».
Le retour des touristes vers le nord est certes un signe positif pour l’avenir, mais le sentiment de sĂ©curitĂ© et de paix n’est pas encore revenu dans la rĂ©gion. Alors que les propriĂ©taires d’entreprises locales et certains rĂ©sidents s’efforcent de revenir Ă la normale, beaucoup ne peuvent toujours pas se sentir rĂ©ellement en sĂ©curitĂ©. Face aux dĂ©gâts de la guerre, au sentiment de manque de confiance dans la situation sĂ©curitaire et aux interrogations sur l’avenir proche, beaucoup d’entre eux ont le sentiment que la vie dans le nord ne reprend pas son cours. La relance du tourisme, bien que bienvenue, ne cache pas la nĂ©cessitĂ© d’une vĂ©ritable rĂ©habilitation de la zone, qui donnera aux habitants un sentiment de sĂ©curitĂ© et de rĂ©habilitation Ă long terme.





