2 800 Israéliens évacués de leurs domiciles vers 20 hôtels, dont 40 nourrissons

Depuis le déclenchement de l’opération « Rugissement du Lion », 2 800 Israéliens dont les logements ont été endommagés ou détruits ont été évacués vers des structures d’hébergement temporaire. Parmi eux, 1 970 sont installés dans 20 hôtels répartis dans neuf villes du pays. Ces chiffres, publiés vendredi matin par le ministère de la Santé, révèlent l’ampleur humaine d’un conflit qui frappe désormais le cœur des zones urbaines israéliennes — et la mécanique complexe mise en place pour prendre en charge une population abruptement arrachée à son quotidien.

Tel Aviv et Jérusalem, premiers bassins d’accueil

La répartition géographique des déplacés reflète directement la carte des impacts de missiles iraniens sur le territoire israélien. Selon les données du ministère, 45% des évacués hébergés dans les hôtels proviennent du district de Tel Aviv, 31% du district de Jérusalem et 22% du district Sud. Les 2% restants sont issus d’autres districts.

Les neuf villes d’accueil sont Tel Aviv, Jérusalem, Beer Sheva, Haïfa, Ramat Gan, Bnei Brak, Netanya, Petah Tikva et Neve Ilan. Ce dispositif repose sur une infrastructure qui existait déjà depuis le début de la guerre en octobre 2023 et qui avait été mise en veille avec le retour progressif des déplacés du nord et du sud dans leurs foyers, avant d’être réactivée lors de l’opération « Am Kalbi » puis à nouveau intensifiée avec « Rugissement du Lion ».

Nourrissons, enfants, personnes âgées

La ventilation par tranches d’âge de la population évacuée donne une mesure concrète de la vulnérabilité des personnes concernées. On dénombre 40 nourrissons de moins d’un an, 205 enfants âgés de un à quatre ans, 402 personnes entre sept et dix-huit ans, et 241 personnes de plus de soixante-cinq ans. Autant de profils qui exigent une prise en charge médicale et psychologique spécifique, souvent difficile à assurer dans le cadre d’un hébergement hôtelier improvisé.

Le ministère de la Santé a mobilisé dans chaque lôtel un représentant des bureaux régionaux de santé, chargé d’arriver dans les vingt-quatre heures suivant l’installation des déplacés pour évaluer les besoins et orienter vers les ressources adaptées.

« Ils ont oublié leurs prothèses dentaires, leurs lunettes, leurs médicaments »

La professeure Sigal Sadetzki, responsable de la division de santé publique au ministère de la Santé, a dirigé le point presse vendredi matin avec une attention particulière aux réalités concrètes vécues par les évacués. Elle a insisté sur la dimension psychologique de l’évacuation, au-delà de la seule prise en charge médicale immédiate.

« Nous savons que l’évacuation est un sujet particulièrement sensible. Porter atteinte à la maison d’une personne, à son havre de sécurité — c’est une crise profonde qui pose des défis psychologiques, familiaux, sanitaires et économiques », a-t-elle déclaré. Elle a souligné que de nombreux évacués, partis dans la précipitation, avaient oublié des objets essentiels : prothèses dentaires, lunettes de vue, médicaments chroniques. Des problèmes qui semblent anodins mais paralysent le fonctionnement quotidien, surtout pour des personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques.

Lors d’une visite effectuée quelques jours plus tôt dans plusieurs hôtels, la professeure Sadetzki a relaté des situations emblématiques : un patient oncologique nécessitant une coordination médicale immédiate avec son service hospitalier, une personne en détresse psychologique aiguë, et une jeune mère arrivée avec un nouveau-né après un accouchement récent. Dans ce dernier cas, des problèmes d’allaitement sont apparus dès les premières heures — une infirmière du ministère s’est assise avec elle, l’a accompagnée et lui a fourni les conseils nécessaires pour continuer à prendre soin de son bébé dans le cadre inhabituel d’une chambre d’hôtel. Des patientes souffrant de maladie cœliaque ont également été identifiées : une diététicienne a formé le personnel de l’établissement pour adapter les repas à leurs contraintes alimentaires strictes.

500 consultations de santé mentale en quelques jours

L’aspect psychologique est traité comme une priorité à part entière. Des équipes de résilience et de santé mentale déployées dans les hôtels ont dispensé jusqu’à présent environ 500 consultations individuelles. Le spectre des situations rencontrées est large : perte soudaine du domicile, incertitude sur l’avenir, rupture de l’environnement familier, anxiété liée aux sirènes et aux alertes continues, difficultés de sommeil chez les enfants.

Le dispositif coordonne plusieurs administrations en parallèle : santé publique, caisses d’assurance maladie, santé mentale, gériatrie, et services sociaux du ministère du Bien-être. Chaque caisse d’assurance maladie assure la continuité des soins pour ses affiliés déplacés, quelle que soit leur localisation.

Clalit au front avec plus de 1 000 déplacés

La caisse Clalit, la plus grande d’Israël, suit plus de 1 000 évacués dans plusieurs points du pays. Sa directrice du dispositif national pour les déplacés, Einat Weiser, a détaillé la prise en charge : des points de soins ont été installés directement dans les hôtels, avec des équipes composées de médecins, infirmières, professionnels de santé mentale et personnels administratifs. Des appels téléphoniques proactifs sont passés aux déplacés pour s’enquérir de leur état et vérifier qu’ils disposent de tout le nécessaire.

« Nous offrons une enveloppe médicale et émotionnelle complète — depuis la réponse aux besoins émotionnels liés à la perte du domicile, jusqu’à la fourniture de médicaments et l’accès aux cliniques proches du lieu de séjour, en passant par la transmission d’informations », a précisé Weiser.

Le ministère rappelle que le chiffre de 2 800 est une estimation — seules les données de 2 380 déplacés sont complètement documentées à ce stade. Avec la poursuite des hostilités, ce nombre est susceptible d’évoluer.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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