Les ânes sauvages venus d’Iran qui galopent librement dans le NĂ©guev

Il est grand, furtif, indomptable — et ses ancĂŞtres ont Ă©tĂ© importĂ©s d’Iran. Le pera hĂ©breu, l’âne sauvage asiatique, est l’une des crĂ©atures les plus fascinantes du dĂ©sert israĂ©lien. CitĂ© dans la Bible, disparu du pays il y a un siècle, puis rĂ©introduit depuis l’Iran et le TurkmĂ©nistan, il arpente aujourd’hui les Ă©tendues arides du NĂ©guev dans une relative discrĂ©tion. Rencontre avec une chercheuse qui lui consacre sa carrière.

Une extinction, puis un retour

Le pera appartient Ă  la famille des Ă©quidĂ©s — cousins des chevaux, des ânes domestiques, des onagres et des zèbres. En hĂ©breu biblique, le nom dĂ©signe littĂ©ralement la bĂŞte que l’homme n’est jamais parvenu Ă  apprivoiser. Ce n’est pas un hasard : contrairement aux chevaux et aux ânes que l’humanitĂ© a domestiquĂ©s depuis des millĂ©naires, l’âne sauvage asiatique est restĂ©, selon les termes de la chercheuse, « sauvage Ă  cent pour cent ».

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Il existait autrefois en IsraĂ«l une sous-espèce syrienne du pera. Elle a disparu de la surface du globe il y a environ cent ans. Ce qui galope aujourd’hui dans le NĂ©guev est le fruit d’un programme de rĂ©introduction ambitieux lancĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1960 : des individus appartenant Ă  deux sous-espèces diffĂ©rentes de l’âne sauvage asiatique ont Ă©tĂ© acheminĂ©s vers le centre Hai-Bar Yotvata, en provenance d’Iran et du TurkmĂ©nistan. Leurs descendants ont ensuite Ă©tĂ© progressivement relâchĂ©s dans la nature.

Aujourd’hui, la population sauvage est estimĂ©e Ă  quelques centaines d’individus, rĂ©partis dans le NĂ©guev depuis le cratère Ramon et les hauteurs du Har Haneguev jusqu’Ă  Nitzana au nord et la vallĂ©e d’Ovda au sud. Pour atteindre la stabilitĂ© Ă  long terme, les chercheurs fixent Ă  500 individus le seuil minimal nĂ©cessaire — un objectif pas encore atteint.

L’animal que vous ne verrez probablement jamais

La Dr. Shirley Bar-David, chercheuse au dĂ©partement d’Ă©cologie dĂ©sertique de l’UniversitĂ© Ben Gourion du NĂ©guev, campus de Sde Boker, consacre ses travaux Ă  cet animal depuis des annĂ©es. Elle dĂ©crit avec admiration la difficultĂ© mĂŞme de l’observer.

« Quand on les voit dans la nature, on comprend le sens du mot « sauvage » : la plupart du temps, ils nous repèrent avant qu’on ait eu le temps de les apercevoir, et ils filent dans l’espace avec une puissance qui laisse sans voix. » Les mâles ont l’habitude de se poster au sommet des collines pour surveiller le territoire. Ils sont surtout actifs le matin et en soirĂ©e, aux heures les plus fraĂ®ches.

Ce comportement extrĂŞmement mĂ©fiant rend leur suivi scientifique particulièrement complexe. C’est pourquoi la chercheuse et son Ă©quipe ont dĂ©veloppĂ© des mĂ©thodes d’Ă©tude entièrement non invasives : la collecte de crottes dans la nature, dont on extrait l’ADN, permet de reconstituer une vĂ©ritable « carte d’identitĂ© gĂ©nĂ©tique » de chaque individu. On sait ainsi oĂą il se trouve, ce qu’il mange, et qui sont ses parents — sans jamais le capturer ni mĂŞme l’approcher.

Le secret du mélange iranien-turkmène

L’une des dĂ©couvertes les plus surprenantes de la Dr. Bar-David concerne prĂ©cisĂ©ment la gĂ©nĂ©tique de la population actuelle. Les analyses ADN ont rĂ©vĂ©lĂ© que les individus vivant Ă  l’Ă©tat sauvage dans le NĂ©guev sont, en moyenne, Ă  moitiĂ© d’origine iranienne et Ă  moitiĂ© d’origine turkmène. Ce brassage entre les deux sous-espèces fondatrices semble avoir produit une population plus robuste, dotĂ©e d’une plus grande diversitĂ© gĂ©nĂ©tique que si l’on n’avait utilisĂ© qu’une seule source.

« Le mĂ©lange a vraisemblablement contribuĂ© au succès de la rĂ©introduction », explique-t-elle. Un succès qui reste toutefois fragile : une autre dĂ©couverte rĂ©vèle que seulement 15 % environ des mâles se reproduisent effectivement. Seuls les mâles dominants, ceux qui contrĂ´lent un territoire, transmettent leurs gènes. Ce goulot d’Ă©tranglement gĂ©nĂ©tique reprĂ©sente un risque sur le long terme, mĂŞme si la population paraĂ®t nombreuse en apparence.

Architectes discrets du désert

Au-delĂ  de leur valeur en tant qu’espèce emblĂ©matique, les peraĂŻm jouent un rĂ´le Ă©cologique concret dans le dĂ©sert. Des recherches menĂ©es par le Dr. Tal Polak et le Pr. David Saltz ont montrĂ© que certaines plantes du NĂ©guev ne germent qu’après ĂŞtre passĂ©es par le système digestif d’un âne sauvage. L’enveloppe dure de leurs graines, qui empĂŞche normalement la germination, est amincie lors de la digestion. Les excrĂ©ments de l’animal servent ensuite d’engrais naturel pour le jeune plant. Les peraĂŻm ne font donc pas que traverser le paysage — ils contribuent activement Ă  le façonner.

CĂ´tĂ© alimentation, l’espèce fait preuve d’une remarquable flexibilitĂ©. En extrayant l’ADN vĂ©gĂ©tal des crottes collectĂ©es sur le terrain, les chercheurs ont constatĂ© que les animaux consomment une palette extrĂŞmement variĂ©e de plantes. Cette adaptabilitĂ© est prĂ©cisĂ©ment ce qui leur permet de survivre dans un milieu aussi contraignant que le dĂ©sert du NĂ©guev.

Des menaces bien réelles

La situation n’est pas sans nuages. La Dr. Bar-David identifie plusieurs menaces qui pèsent aujourd’hui sur la population. Les collisions avec des vĂ©hicules sur les routes du Sud constituent un risque permanent. Les loups, observĂ©s chassant en groupes les femelles accompagnĂ©es de leurs petits, reprĂ©sentent une pression prĂ©datrice non nĂ©gligeable — mĂŞme si des femelles ont Ă©tĂ© vues dĂ©fendant leurs poulains en chargeant leurs assaillants.

La diminution des points d’eau naturels, liĂ©e Ă  la surexploitation des nappes phrĂ©atiques, fragilise Ă©galement l’espèce. Et le changement climatique aggrave le tableau : les annĂ©es de sĂ©cheresse se multiplient, la vĂ©gĂ©tation se rarĂ©fie, et les animaux sont contraints de se rapprocher des zones agricoles et des habitations humaines, gĂ©nĂ©rant des tensions croissantes.

La population israĂ©lienne est d’ailleurs classĂ©e en danger d’extinction Ă  l’Ă©chelle locale, mĂŞme si l’espèce est globalement considĂ©rĂ©e comme « quasi menacĂ©e » sur la liste rouge mondiale.

Un chantier ouvert

La Dr. Bar-David et son Ă©quipe ouvrent maintenant un nouveau chapitre de recherche, en partenariat avec l’UniversitĂ© hĂ©braĂŻque de JĂ©rusalem : l’Ă©tude des modifications Ă©pigĂ©nĂ©tiques — des changements dans l’expression des gènes sans altĂ©ration de la sĂ©quence ADN elle-mĂŞme. En comparant des prĂ©lèvements de sang conservĂ©s depuis trois dĂ©cennies, rĂ©alisĂ©s sur des animaux encore au Hai-Bar avant leur relâcher, avec des Ă©chantillons prĂ©levĂ©s sur les animaux sauvages actuels, les chercheurs espèrent dĂ©terminer si la population a dĂ©jĂ  amorcĂ© une adaptation rapide aux conditions difficiles du dĂ©sert et au dĂ©règlement climatique.

Pour le grand public, le message est simple : ralentir sur les routes du NĂ©guev, signaler tout animal blessĂ© Ă  l’AutoritĂ© de la nature et des parcs, et ne pas bloquer l’accès des bĂŞtes aux points d’eau naturels, en particulier pendant les pĂ©riodes de sĂ©cheresse.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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