La peur des assassinats à Téhéran : des commandants de la Basij se déguisent en femmes

Des rapports en provenance d’Iran révèlent l’ampleur de la panique qui s’est emparée des rangs de la Basij depuis le début de l’opération israélienne. Des commandants de haut rang de l’organisation paramilitaire ont recours à des mesures de camouflage extrêmes pour dissimuler leur identité — dont le travestissement en femmes — dans le but d’échapper à d’éventuels assassinats ciblés.

Yasser Laputi photographié en tenue féminine

Sur les réseaux sociaux et les canaux d’opposition iraniens a circulé une image attribuée à Yasser Laputi, considéré comme l’une des figures les plus influentes de la hiérarchie de la Basij. On le voit tenter de se fondre dans l’espace public en portant une tenue féminine qui dissimule entièrement ses traits et sa silhouette. La photo, relayée massivement par les comptes d’opposition iraniens en exil, est présentée comme un document authentique témoignant de l’état de déliquescence psychologique dans lequel se trouvent les dirigeants de l’organisation.

La Basij — acronyme de Sazman-e Basij-e Mostazafin, l’Organisation de mobilisation des opprimés — est une milice paramilitaire sous l’autorité du Corps des Gardiens de la Révolution islamique. Elle compte plusieurs millions de membres en Iran, dont un noyau dur de combattants aguerris et d’officiers impliqués dans la répression intérieure comme dans les opérations extérieures soutenues par Téhéran. Ses cadres sont depuis longtemps sur les listes de cibles du renseignement israélien.

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Une peur qui en dit long

Le recours au déguisement en femme par des officiers de la Basij n’est pas anodin dans le contexte iranien. Dans une société où les codes vestimentaires sont stricts et où l’identité de genre est une ligne idéologique que le régime a toujours défendue avec intransigeance, la décision de hauts responsables de la milice de s’habiller en femmes pour survivre constitue une rupture symbolique remarquable — et une humiliation que leurs adversaires n’ont pas manqué de souligner avec ironie.

Les réseaux sociaux iraniens, notamment ceux alimentés par la diaspora et les mouvements d’opposition, ont largement commenté l’image de Laputi sous l’angle du ridicule et de la déroute. Mais derrière le sarcasme se lit une information militaire sérieuse : les cadres de la Basij considèrent que le risque d’élimination ciblée est suffisamment réel et imminent pour justifier de telles mesures, au mépris de toute considération idéologique ou d’image.

Le contexte : une campagne d’élimination systématique

Depuis le début de l’opération « Rugissement du Lion », Israël a multiplié les frappes ciblées contre les structures de commandement iraniennes — Corps des Gardiens de la Révolution, Force Qods, et appareil militaire et nucléaire. La mort du Guide suprême Ali Khamenei, qui a déclenché l’entrée en guerre du Hezbollah, n’est que le sommet d’une campagne de décapitation des élites sécuritaires et militaires iraniennes conduite depuis plusieurs jours.

Dans ce contexte, les cadres intermédiaires et supérieurs des organisations paramilitaires comme la Basij se retrouvent exposés. Contrairement aux généraux des Gardiens dont les noms et visages sont souvent connus des services de renseignement, les officiers de la Basij opèrent habituellement dans une relative discrétion. Mais la guerre a changé les règles : leurs noms circulent sur les réseaux sociaux d’opposition, leurs adresses et habitudes de déplacement sont parfois connues, et la capacité de frappe israélienne a démontré qu’elle pouvait atteindre des cibles jusqu’au cœur de Téhéran.

Le travestissement comme stratégie de survie révèle une chose simple : la peur a changé de camp.


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