Moshe Tavakoli, 67 ans, chauffeur de bus dans la région centrale d’Israël, anime une émission en araméen et en persan sur la chaîne 98. Il est né à Sanandaj, capitale du Kurdistan iranien. Il a grandi à Téhéran. Il a quitté l’Iran en 1979, avec la Révolution islamique dans le dos. Et depuis quelques jours, il reçoit des messages qui lui demandent d’organiser un voyage touristique à Téhéran, Ispahan et Chiraz.
Ces messages ne sont pas le signe d’une naïveté collective. Ils sont le signe que, pour des dizaines de milliers d’Iraniens juifs établis en Israël, ce qui se passe actuellement dans leur pays natal a une résonance que les bulletins d’information ne capturent pas entièrement.
Tavakoli raconte que les groupes WhatsApp des Iraniens d’Israël débordent de réactions joyeuses depuis les récents événements. Tout le monde attend de pouvoir retourner en Perse — pas pour s’y réinstaller, mais pour visiter. Des membres de la communauté lui ont déjà demandé d’organiser un voyage à Téhéran, Ispahan et Chiraz, les trois villes les plus belles du pays. maariv
Il nuance aussitôt, avec la sagesse de quelqu’un qui a déjà vécu une révolution : « C’est encore trop tôt. Les hommes du régime de Khamenei sont encore dans les rues. Quand ils ne s’y promèneront plus, je crois que le peuple sortira. J’espère vraiment que le régime changera et qu’un jour il y aura la paix entre les deux pays. » maariv
Son parcours personnel dit tout de la complexité de cette génération. Il se souvient des jours de la révolution islamique : des manifestations de soutien à Khomeiny envahissaient les rues, et même des Juifs se joignaient aux cortèges par peur. Lui-même raconte avoir pris cinq rouleaux de la Torah dans une synagogue de Téhéran pour les porter dans une procession dans les rues — avec le rabbin qui, les voyant depuis sa fenêtre, descendit les rejoindre. « Nous n’étions pas pour la révolution, c’était par nécessité », précise-t-il. maariv
Tavakoli préside l’organisation « Héritage du judaïsme et de la culture iranienne en Israël », fondée à la fin des années 1980 par des Iraniens d’Israël. L’organisation compte quelque 500 membres inscrits et organise de nombreuses soirées culturelles. Elle célèbre notamment le Norouz — le Nouvel An persan qui tombe le 21 mars — avec un repas festif et l’ouverture de la table traditionnelle. maariv Chez lui, chaque vendredi soir, sa femme Dalia prépare des plats persans traditionnels.
Ce que porte cet homme ordinaire est, en réalité, une question politique d’envergure : que devient l’Iran après les ayatollahs ? Tavakoli, comme une grande partie de la communauté iranienne en Israël, place ses espoirs dans Reza Pahlavi, fils du dernier Shah — une figure controversée, mais perçue par beaucoup d’exilés comme une alternative crédible à la théocratie. La référence à Dubaï dans le titre de l’article original renvoie à cette communauté d’Iraniens fortunés en exil, qui rêvent d’un retour dans un pays normalisé.
Ce rêve collectif de retour — temporaire ou permanent — est le signe le plus humain d’un moment historique. Les stratèges calculent des rapports de force, les états-majors planifient des opérations, les diplomates rédigent des câbles. Moshe Tavakoli, lui, pense à Ispahan.
(Source : Maariv – https://www.maariv.co.il/news/israel/article-1296725)
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