Autiste et officier : le parcours du lieutenant Gal qui a prouvĂ© Ă  Tsahal qu’on peut faire les deux

« Je m’appelle Gal, j’ai 16 ans. Je suis un adolescent sur le spectre autistique. Je pratique le judo depuis l’âge de cinq ans. En classe, j’ai toujours vĂ©cu le rejet, uniquement parce que j’Ă©tais autiste. J’aimerais qu’on me donne la possibilitĂ© de servir comme tout le monde. Souvent, nous, les autistes, on nous colle des Ă©tiquettes. On pense qu’on est stupides ou incapables. »

C’est ainsi que le capitaine Oudi Heller, fondateur du programme « Titkadmou » (« Avancez ») et lui-mĂŞme autiste, a rencontrĂ© Gal (nom de famille tenu confidentiel) mi-2020, lors d’une confĂ©rence donnĂ©e devant des classes de communication du lycĂ©e Ort de Kiryat Tivon. Au premier rang Ă©tait assis un adolescent au visage avenant, en tenue de sport, qui n’a cessĂ© d’essayer de s’exprimer. Cela ne fonctionnait pas toujours pour lui, mais il n’a jamais abandonnĂ©.

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Le 30 novembre 2020 est une date fondatrice : ce jour-lĂ , le gĂ©nĂ©ral de brigade Amir Vadmany a validĂ©, face Ă  de nombreuses rĂ©sistances, le programme initiĂ© par le capitaine Heller pour l’enrĂ´lement de jeunes sur le spectre autistique comme soldats du contingent. Aucun officier prĂ©sent dans la salle n’est restĂ© impassible face Ă  l’appel de Gal Ă  s’enrĂ´ler comme tout le monde.

Coupure nette vers l’avant : dĂ©cembre 2024, Gal se trouve Ă  la base de formation des officiers Bahad 1, rĂ©alisant son rĂŞve de devenir le premier officier de Tsahal issu d’une petite classe pour Ă©lèves autistes. « Je veux diriger, je veux commander, aider les soldats », dit-il Ă  ses nouveaux camarades Ă  l’issue de la cĂ©rĂ©monie de remise des Ă©paulettes, marquant le dĂ©but officiel du cours d’officiers.

L’exclusion, le choc, la victoire

Lorsqu’il a Ă©tĂ© question d’exclure Gal du cours d’officiers, il a traversĂ© une pĂ©riode de grand bouleversement. Quatre commissions se sont succĂ©dĂ©, jusqu’Ă  la dernière — devant le commandant de Bahad 1, le lieutenant-colonel Eliav Elbaz.

« Je lui ai dit que j’allais me battre et dĂ©placer des montagnes pour amĂ©liorer et changer les choses », se souvient Gal. Pendant une heure et demie, lui et son accompagnateur, Ouri Shahaf — spĂ©cialiste de l’intĂ©gration professionnelle, rĂ©serviste dans le cadre du programme « Titkadmou » — ont tentĂ© de convaincre Elbaz de le maintenir dans le cours.

Ils ont fini par rĂ©ussir, mais au prix d’un coĂ»t psychologique lourd. Gal a Ă©tĂ© saisi d’angoisse, et Ă  son retour chez lui en fin de semaine, il a eu besoin de sa mère pour s’effondrer.

Quelques semaines plus tard est arrivĂ© le moment que personne n’aurait imaginĂ© : l’enfant qui manquait de confiance en lui, qui n’aimait ni le contact ni la proximitĂ©, dont les parents essayaient de dĂ©chiffrer ce qu’il voulait dire entre deux mots inventĂ©s dans son propre langage — s’est tenu fièrement lors de la cĂ©rĂ©monie de remise de l’insigne de sous-lieutenant, parmi des centaines de cadets, Ă  Bahad 1.

« Gal a Ă©voluĂ© tout au long du chemin, et cela fait partie du prix qu’il paie pour ouvrir une voie nouvelle », explique Ouri Shahaf Ă  propos des dĂ©fis traversĂ©s par Gal dans l’armĂ©e. « C’est un combattant, et cela se voit beaucoup chez lui. Quand il a une mission, il fonce dessus. Il va secouer le monde entier, il va prendre des initiatives, se montrer insistant, envoyer 50 e-mails — et tout cela avec un sourire malicieux qui conquiert son entourage. »

« Chez Gal, l’autisme est manifeste », raconte Yael, son enseignante rĂ©fĂ©rente au lycĂ©e. « Il est aussi terriblement entier dans son caractère, il ne sait pas faire les choses Ă  moitiĂ© ou bâcler son travail. »

Mais c’est ainsi que Gal l’emporte : au final, il est le premier autiste sorti d’une petite classe spĂ©cialisĂ©e — oĂą il a Ă©tudiĂ© jusqu’Ă  son dernier jour de lycĂ©e — Ă  accĂ©der Ă  un poste d’officier opĂ©rationnel, au terme d’un parcours long et difficile.

Aujourd’hui, Gal sert comme officier au sein du Commandement du front intĂ©rieur, dans la branche qui dĂ©veloppe les alertes prĂ©coces qui sauvent des vies, celles que nous recevons tous sur nos tĂ©lĂ©phones portables quelques minutes avant le dĂ©clenchement des sirènes. Dans le cadre de ses fonctions, Gal porte une lourde responsabilitĂ© : il supervise des processus Ă  tous les niveaux du Commandement du front intĂ©rieur, et participe Ă  leur dĂ©veloppement et Ă  leur mise en Ĺ“uvre.

Quand on lui demande ce qui, dans son poste, le fait se sentir utile, il rĂ©pond : « Je suis Ă  un endroit qui m’accepte. Je ne suis plus un outsider. » Et pour quelqu’un comme lui, qui a vĂ©cu le rejet social et un harcèlement sĂ©vère tout au long de son enfance, c’est absolument essentiel.

Ouri Shahaf : « Dès l’instant oĂą des gens croient en toi, dès l’instant oĂą tu es dans un endroit qui ne cherche pas constamment des raisons pour lesquelles tu ne conviens pas, mais qui comprend que tu es lĂ  et que tu conviens — c’est possible. »

Le lieutenant Oron a commandĂ© Gal pendant les quatre mois de sa formation opĂ©rationnelle complĂ©mentaire au sein du corps des transmissions. Dès la sixième annĂ©e, il sĂ©chait les cours de mathĂ©matiques pour enseigner Ă  des enfants autistes ; plus tard, il a Ă©tĂ© moniteur dans un kibboutz et a travaillĂ© dans divers cadres Ă©ducatifs — c’est donc tout naturellement qu’il a demandĂ© Ă  le commander.

Quand Gal peinait aux examens, ce sont les entretiens de suivi avec Oron qui l’ont aidĂ© Ă  faire « un dĂ©clic dans la tĂŞte », et Ă  la deuxième session, il les a dĂ©jĂ  rĂ©ussis haut la main. « Gal est toujours prĂ©sent pour aider les autres », a tĂ©moignĂ© Oron avec fiertĂ©, « j’ai Ă©tĂ© stupĂ©fait par sa volontĂ© de contribuer et d’aider. »

« C’est quoi un officier sans arme ? »

Depuis le dĂ©but de son service, Gal n’a cessĂ© de parler Ă  tout le monde de son dĂ©sir d’obtenir une habilitation au port d’arme et d’effectuer des gardes. Il fallait parfois lui expliquer que ce n’Ă©tait pas le moment : qu’il devait d’abord ĂŞtre admis Ă  l’Ă©cole d’officiers et terminer Bahad 1, et qu’ensuite seulement il pourrait parler d’arme.

Ă€ un moment, le capitaine Heller lui a demandĂ© pourquoi, parmi plus d’un millier de soldats enrĂ´lĂ©s via « Titkadmou » — dont aucun n’avait obtenu d’habilitation au port d’arme — c’Ă©tait justement lui qui devait ĂŞtre le premier. Il lui a fallu un peu de temps pour formuler sa rĂ©ponse, puis il a rĂ©pondu : « C’est important pour moi d’ĂŞtre comme n’importe quel autre soldat de Tsahal… avec une arme. Je me demande, c’est quoi un officier sans arme ? »

Comme Ă  son habitude, Gal a pris l’initiative : il a contactĂ© la brigade de sauvetage et de secours du Commandement du front intĂ©rieur, a parlĂ© aux bonnes personnes et a organisĂ© une semaine d’habilitation.

En septembre 2025 est arrivĂ© le moment oĂą la commandante du stand de tir a annoncĂ© : « Nous allons t’habiliter aujourd’hui au niveau fusil 02. Nous avons ici Mor de l’unitĂ© mĂ©dicale d’urgence, un infirmier et un vĂ©hicule d’Ă©vacuation situĂ© Ă  moins de sept minutes d’ici. »

« Maintenant on peut m’envoyer en sĂ©curisation de localitĂ©s, maintenant je peux faire des gardes », a dĂ©clarĂ© Gal, ajoutant qu’Ă  ses yeux, certains cherchent Ă  Ă©chapper Ă  leurs responsabilitĂ©s — mais pas lui.

Le capitaine Oudi Heller a filmĂ© le parcours de Gal vers le grade d’officier pendant cinq ans. « Nous avons parcouru un très long chemin, nous nous sommes battus bec et ongles », raconte Touval, qui a commandĂ© Gal et l’a soutenu tout au long du parcours. « Cela a commencĂ© avec un seul soldat, travailleur, ambitieux, professionnel, qui veut se donner Ă  fond et contribuer Ă  ce pays. Et il s’est battu, il s’est battu, il n’a jamais arrĂŞtĂ© de me harceler, et c’est comme ça qu’il faut faire. Gal mène ici une vĂ©ritable rĂ©volution. Cette personne a traversĂ© un processus important. Je suis simplement fier de lui. »

Pour aller plus loin sur l’intĂ©gration et la diversitĂ© au sein de Tsahal, notre rĂ©daction avait suivi de près le projet pilote d’intĂ©gration des femmes dans les unitĂ©s combattantes de l’armĂ©e israĂ©lienne.