TĂ©hĂ©ran mise sur le pĂ©trole : un expert israĂ©lien tire la sonnette d’alarme

Alors que l’escalade militaire entre IsraĂ«l et l’Iran franchit un nouveau seuil, un expert reconnu des affaires iraniennes identifie ce qu’il dĂ©crit comme un tournant stratĂ©gique majeur — et potentiellement dangereux. Le Dr Raz Zimmt, chercheur spĂ©cialisĂ© sur l’Iran Ă  l’Institut d’Ă©tudes sur la sĂ©curitĂ© nationale (INSS), a accordĂ© une interview Ă  la station 103FM dans laquelle il dĂ©cortique la logique du rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran face aux frappes israĂ©liennes. Ce qu’il y dĂ©crit dessine une stratĂ©gie iranienne qui a profondĂ©ment Ă©voluĂ©, s’Ă©loignant du terrain militaire pour cibler un point de vulnĂ©rabilitĂ© beaucoup plus sensible : l’Ă©nergie mondiale.

La mutation stratégique de Téhéran

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Selon le Dr Zimmt, l’Iran a opĂ©rĂ© un pivot stratĂ©gique dĂ©libĂ©rĂ©. Après des mois de confrontations oĂą la supĂ©rioritĂ© israĂ©lienne sur le terrain des missiles s’est confirmĂ©e, TĂ©hĂ©ran a tirĂ© ses conclusions. Les capacitĂ©s iraniennes dans le domaine balistique s’amenuisent, et le rĂ©gime le sait. Dès lors, il a choisi de transfĂ©rer la pression sur un autre front : celui du marchĂ© de l’Ă©nergie mondial, oĂą il pense pouvoir infliger un coĂ»t maximal — non seulement Ă  IsraĂ«l, mais surtout au prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, dont la politique Ă©conomique est particulièrement vulnĂ©rable aux variations du prix du pĂ©trole.

L’expert explique que le rĂ©gime iranien a optĂ© pour une lecture froide et calculĂ©e de la situation. Ă€ TĂ©hĂ©ran, on estime que Trump finira par cĂ©der le premier si la pression sur l’Ă©nergie devient suffisamment intense. La stratĂ©gie est donc de frapper lĂ  oĂą ça fait le plus mal Ă©conomiquement, en pariant sur la capacitĂ© de rĂ©sistance de la RĂ©publique islamique face Ă  une Ă©conomie amĂ©ricaine que les chocs pĂ©troliers dĂ©stabilisent rapidement.

« Ils s’adaptent très vite »

L’une des observations les plus troublantes du Dr Zimmt concerne la rĂ©silience institutionnelle du rĂ©gime iranien face aux Ă©liminations ciblĂ©es de ses responsables. MalgrĂ© la sĂ©rie de liquidations retentissantes au sommet de la hiĂ©rarchie du rĂ©gime — des frappes qui avaient fait naĂ®tre l’espoir d’une dĂ©sintĂ©gration du système —, l’expert tempère tout optimisme prĂ©maturĂ©. Il constate une capacitĂ© d’adaptation remarquablement rapide de la part des structures iraniennes. Les assassinats gĂ©nèrent certes un sentiment de persĂ©cution au sein du rĂ©gime, mais ne se traduisent pas par une paralysie opĂ©rationnelle. La machine continue de fonctionner.

Plus encore, la guerre semble avoir dopĂ© les ambitions iraniennes au lieu de les rĂ©duire. Zimmt explique que TĂ©hĂ©ran considère dĂ©sormais ce conflit comme une opportunitĂ© pour imposer une reconfiguration rĂ©gionale Ă  son avantage : faire reconnaĂ®tre la RĂ©publique islamique comme la puissance hĂ©gĂ©monique de la rĂ©gion et obtenir le retrait des bases militaires amĂ©ricaines du Moyen-Orient. L’Iran ne cherche pas simplement un cessez-le-feu tactique, mais un accord qui lui garantisse une position dominante durable dans l’architecture rĂ©gionale.

Le verrou qui ne tient plus

La question de la fragilitĂ© du rĂ©gime face aux pressions combinĂ©es — sanctions, frappes, mĂ©contentement populaire — est celle qui revient le plus frĂ©quemment dans les analyses occidentales. La rĂ©ponse du Dr Zimmt est sans ambiguĂŻtĂ©, et elle contredit les scĂ©narios les plus optimistes. Non, le rĂ©gime des ayatollahs n’est pas au bord de la rupture. Certes, les mĂ©canismes de rĂ©pression s’usent avec le temps, mais le rĂ©gime compense en intensifiant les exĂ©cutions et les arrestations, ciblant en prioritĂ© ceux soupçonnĂ©s d’espionnage ou de collaboration avec IsraĂ«l.

Le spĂ©cialiste ajoute un Ă©lĂ©ment particulièrement prĂ©occupant : les frappes sur les infrastructures civiles iraniennes — notamment les installations liĂ©es Ă  l’Ă©nergie — pourraient produire un effet contre-productif en termes d’opinion publique. Une partie de la population iranienne, pourtant hostile au rĂ©gime, tend Ă  refermer les rangs face Ă  ce qu’elle perçoit comme une agression contre l’Iran en tant qu’État et non contre le rĂ©gime islamique en tant que tel. Cette distinction est cruciale : elle indique que les frappes, si elles ne sont pas dosĂ©es avec prĂ©cision, risquent de lĂ©gitimer involontairement le pouvoir des mollahs aux yeux d’une partie de leur propre peuple.

Un pari sur Trump

En filigrane de l’analyse du Dr Zimmt se dessine une rĂ©alitĂ© inconfortable pour Washington : l’Iran a dĂ©cidĂ© de jouer sa partie en misant sur les contradictions internes de la politique amĂ©ricaine. Trump, engagĂ© dans une rhĂ©torique de rĂ©duction des prix de l’Ă©nergie et sous pression Ă©lectorale, constitue une cible politique idĂ©ale. Une flambĂ©e des cours pĂ©troliers, dĂ©clenchĂ©e ou amplifiĂ©e par des actions iraniennes dans les zones stratĂ©giques, serait pour TĂ©hĂ©ran le levier de pression le plus direct sur la Maison-Blanche.

Cette grille de lecture transforme le conflit israĂ©lo-iranien en quelque chose de bien plus large : une guerre de nerfs entre un rĂ©gime prĂŞt Ă  prendre des risques considĂ©rables et une administration amĂ©ricaine dont les arbitrages Ă©conomiques peuvent ĂŞtre influencĂ©s par les soubresauts du marchĂ© de l’Ă©nergie. L’avertissement du Dr Zimmt est donc aussi un message Ă  Washington : TĂ©hĂ©ran a trouvĂ© la faille, et entend l’exploiter.

Sources : Srugim, INSS, 103FM


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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