Le détroit d’Ormuz au cœur d’une bataille diplomatique : la France fait dérailler la manœuvre américaine à l’ONU

Pendant que Washington tente d’obtenir un mandat international contraignant pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, Paris pousse discrètement une version édulcorée qui viderait la résolution de toute portée opérationnelle.

Le détroit d’Ormuz est devenu le théâtre d’une double confrontation — militaire d’un côté, diplomatique de l’autre. Alors que l’administration Trump intensifie sa pression sur l’Iran sur le terrain, elle tente simultanément de bâtir un cadre juridique international qui légitimerait une action navale collective contre Téhéran. Mais cette stratégie se heurte à un obstacle inattendu : non pas Moscou ou Pékin, les suspects habituels au Conseil de sécurité, mais Paris.

Selon des informations révélées par le quotidien Israel Hayom, les États-Unis ont demandé à Bahreïn de soumettre dès cette semaine au Conseil de sécurité de l’ONU une proposition visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Ce qui distingue cette initiative de toutes les précédentes, c’est son ancrage juridique : le texte bahreïni est présenté sous le Chapitre 7 de la Charte des Nations unies — et non sous le Chapitre 6, déclaratoire et sans force contraignante. La différence est fondamentale.

Chapitre 7 contre Chapitre 6 : un abîme juridique

Le Chapitre 7 de la Charte onusienne est celui qui autorise le recours à la force. Une résolution adoptée dans ce cadre permettrait aux États membres de l’ONU de prendre des mesures concrètes — y compris militaires — contre tout État qui porterait atteinte à la liberté de navigation dans le détroit. En pratique, cela signifie qu’une coalition navale internationale pourrait intervenir légalement contre l’Iran si celui-ci tentait de bloquer ou d’entraver le trafic maritime dans cette voie d’eau stratégique par laquelle transite une part considérable du pétrole mondial.

Le projet de résolution bahreïni est explicite dans ses cibles. Il pointe directement les actions iraniennes dans la zone, qualifiant les menaces et attaques répétées contre des navires commerciaux de menace pour la paix et la sécurité internationales. Il réaffirme le droit au passage innocent dans le détroit conformément au droit international, et exige de Téhéran qu’il mette fin immédiatement à toute attaque contre des bâtiments civils. Le texte prévoit également la possibilité d’imposer des sanctions ciblées contre les entités qui violeraient la liberté de navigation.

Ce cadre juridique, s’il était adopté, fournirait une couverture légale internationale à la coalition maritime en cours de formation autour de Washington. Le Premier ministre britannique Keir Starmer aurait d’ores et déjà accepté de participer à cet effort collectif et commencé à organiser une contribution militaire britannique. Trump, pour sa part, a depuis longtemps réclamé que ses alliés prennent en charge la sécurisation du détroit, en escortant eux-mêmes les navires marchands exposés à la menace iranienne.

La manœuvre française

C’est là qu’intervient Paris. Alors que Bahreïn pousse un texte ambitieux, les représentants du président Macron font avancer en parallèle une version radicalement différente. Le projet français est présenté sous le Chapitre 6 — soit le registre déclaratoire, sans aucun mécanisme d’application. Une résolution adoptée dans ce cadre ne serait qu’un signal politique, sans possibilité pour les États membres d’agir concrètement en cas de violation.

Le résultat serait que pour parvenir à une décision au Conseil de sécurité, les États-Unis devraient désormais affronter non seulement les vétos prévisibles de la Russie et de la Chine, mais aussi l’opposition de la France — membre permanent du Conseil et, en théorie, allié occidental de Washington. Macron transformerait ainsi un partenaire stratégique en obstacle diplomatique sur un dossier où Trump a fait de la liberté de navigation un test de la crédibilité américaine.

Les relations entre les deux présidents n’ont jamais été au beau fixe. Trump a régulièrement raillé son homologue français, allant jusqu’à déclarer publiquement que ce que Macron faisait « n’avait aucune importance ». La manœuvre française au Conseil de sécurité risque d’aviver ces tensions transatlantiques à un moment particulièrement délicat.

Trump n’attend pas

Ce qui se dessine clairement derrière ces tractations onusiennes, c’est que Trump n’a aucune intention de subordonner son calendrier aux aléas diplomatiques. Selon les informations disponibles, Washington souhaitait que le vote au Conseil de sécurité ait lieu dès jeudi ou vendredi de cette semaine — soit exactement au moment où expirerait l’ultimatum adressé à Téhéran sur ses infrastructures énergétiques. La synchronisation n’est pas fortuite : il s’agit de mener de front une pression militaire et une légitimation internationale, pour que l’action, le cas échéant, ne puisse pas être présentée comme unilatérale et illégale.

Le fait que Trump agisse sur les deux fronts simultanément — déploiement militaire massif dans le golfe Persique et mobilisation diplomatique à New York — confirme que la stratégie américaine ne repose pas sur l’espoir d’un accord négocié, mais sur la construction d’un rapport de force suffisamment écrasant pour que Téhéran n’ait d’autre choix que de céder. Les négociations évoquées par le président américain sont réelles, mais elles se déroulent sous la menace d’une action imminente — ce qui n’est pas tout à fait la même chose qu’une diplomatie classique.

Dans ce contexte, la position française apparaît doublement problématique. Elle affaiblit la cohérence du front occidental à un moment critique. Et elle offre à l’Iran une bouée diplomatique dont Téhéran ne manquera pas de se saisir pour temporiser davantage.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢

 

S1871ab49133f4530a788d53fb2392d37b