Téhéran menace : « Selon nos renseignements, l’ennemi prépare l’occupation d’une de nos îles »

Le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a lancé mercredi 25 mars une mise en garde explicite qui révèle l’ampleur de la paranoïa stratégique qui s’est emparée de Téhéran depuis le début de l’opération « Rugissement du Lion » : selon lui, les renseignements iraniens ont détecté que les ennemis de l’Iran se prépareraient à occuper l’un des îles iraniennes, avec l’appui d’un pays de la région. « Tous les mouvements de l’ennemi sont sous le contrôle de nos forces », a-t-il affirmé.

La menace de Qalibaf n’est pas restée au niveau de la rhétorique : il a ajouté un avertissement concret et direct. « S’ils avancent, toutes les infrastructures critiques de ce pays régional seront la cible d’attaques incessantes. » En d’autres termes, Téhéran signifie qu’une tentative de s’emparer d’une île iranienne déclencherait des frappes massives contre les installations stratégiques du pays que l’Iran soupçonne d’être le soutien logistique de cette opération.

Cette déclaration prend tout son sens dans le contexte des informations qui circulent depuis plusieurs jours sur les intentions de Trump concernant le détroit d’Ormuz et l’île de Kharg. Selon des sources israéliennes citées par Ynet, le président américain Donald Trump voudrait, si un cessez-le-feu échoue, prendre le contrôle par la force de l’île de Kharg — la principale plateforme pétrolière iranienne dans le Golfe Persique, par laquelle transite l’essentiel des exportations de pétrole de Téhéran. Des préparatifs américains pour ce scénario seraient déjà en cours selon ces mêmes sources. L’Iran a donc entendu le message, et y répond publiquement et menaçant.

L'île iranienne de Kharg, cible stratégique au cœur de la guerre au  Moyen-Orient - RTBF Actus

L’identité du « pays régional » auquel fait allusion Qalibaf n’a pas été précisée dans sa déclaration. Mais les analystes peinent à ne pas y lire une allusion à Bahreïn ou aux Émirats arabes unis — deux États du Golfe qui hébergent des bases militaires américaines et dont les relations avec Téhéran sont tendues depuis des années. Bahreïn avait d’ailleurs récemment demandé une autorisation explicite pour utiliser la force contre l’Iran si nécessaire, selon des informations qui avaient circulé en marge des consultations au sein de la coalition arabo-américaine.

La menace iranienne sur les « infrastructures critiques » du pays régional complice renvoie également au schéma que l’Iran a déjà utilisé contre l’Arabie Saoudite en 2019, avec les frappes contre les installations pétrolières d’Abqaiq et Khurais. À l’époque, Téhéran avait démontré sa capacité à frapper en profondeur des actifs économiques stratégiques de la péninsule arabique — et visiblement, ce précédent reste un élément central de la doctrine de dissuasion iranienne, même affaiblie.

Il faut noter que Qalibaf est lui-même identifié par certains analystes comme l’un des protagonistes des négociations secrètes avec les États-Unis. Sa déclaration belliqueuse peut donc être lue comme un double message : vers l’extérieur, une posture de fermeté pour ne pas sembler en position de faiblesse ; vers l’intérieur, une affirmation que le régime reste capable de se défendre sur plusieurs fronts simultanément, alors même que ses capacités militaires ont été sérieusement entamées par quatre semaines de frappes israélo-américaines


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