Le jour du deuil devient jour de fiançailles : Tal Di choisit la vie trois ans après le massacre de sa famille

Il y a des dates qui ne lâchent pas. Pour Tal Di, le 3 avril est l’une d’elles — la date où sa mère et ses deux sœurs ont été assassinées dans un attentat au carrefour Hamra, dans la vallée du Jourdain. Trois ans plus tard, jour pour jour, elle a choisi d’y inscrire quelque chose de radicalement différent : l’annonce de ses fiançailles. Pas malgré cette date. Peut-être à cause d’elle.

L’attentat qui a fracassé une famille

Pour comprendre le poids de cette annonce, il faut revenir sur ce qui s’est passé au Pessah 2023. La famille Di, résidente d’Efrat, originaire d’Angleterre et venue s’installer en Israël par conviction sioniste, a été attaquée lors d’un trajet en pleine période de fête. Lucy, la mère, et ses filles Maya et Rina ont été tuées dans un attentat à la fusillade dans la vallée du Jourdain — les deux sœurs assassinées sur le moment, la mère déclarée morte trois jours plus tard, après une lutte médicale désespérée.

Leo Di, le père, s’est retrouvé du jour au lendemain à la tête d’une famille réduite de sept personnes à quatre. Dans les jours qui ont suivi, il avait exprimé publiquement l’espoir que ses enfants poursuivraient le chemin tracé par leur mère, femme active et figure reconnue de leur communauté. Trois ans ont passé. Tal, l’une des filles survivantes, vient de répondre à cet espoir d’une façon que nul n’aurait osé prévoir.

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Une annonce sur les réseaux, chargée de sens

Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, Tal Di a annoncé ses fiançailles en des termes qui portent tout à la fois la joie et le deuil, sans chercher à effacer l’un par l’autre. Elle a partagé ce qu’elle ressent face à ce moment symbolique — une joie personnelle qui surgit exactement là où la douleur familiale est la plus vive. Elle a dit ressentir la présence de sa mère et de ses sœurs à chaque étape de sa vie, comme une compagnie invisible mais constante. Et elle a formulé ce que beaucoup dans cette situation n’arrivent pas à mettre en mots : que la décision d’avancer, d’aimer, de construire, se fait non pas en oubliant les disparus, mais en les portant en soi, définitivement.

La formule qu’elle a choisie dit tout : « Dans la douleur, nous choisissons d’avancer. » Ce « nous » est important. Il ne désigne pas seulement elle et son fiancé. Il désigne aussi ceux qui ne sont plus là — intégrés dans la marche en avant, pas laissés derrière.

Efrat, une communauté qui a porté cette famille

Le choix d’une telle annonce en un tel jour n’est pas séparable du terreau communautaire dans lequel la famille Di a grandi. Efrat, ville de Gush Etzion, est une communauté fortement marquée par l’idéal de l’alyah anglophone — des familles qui ont tout quitté, souvent dans un confort matériel réel, pour venir construire leur vie en Israël par conviction. Lucy Di en était une incarnation. Après l’attentat, voisins et amis avaient décrit une famille dont les racines étaient profondément ancrées dans un lien à la terre, au peuple, à l’idée même de continuer.

Ce que fait Tal Di aujourd’hui s’inscrit dans cette logique. Fonder un foyer, c’est la réponse la plus radicale qu’un être humain puisse apporter à la destruction. Ce n’est pas un déni du deuil — c’est une affirmation que le deuil n’aura pas le dernier mot.

Le Pessah, la mémoire, et la vie qui reprend

Il n’est pas anodin que tout cela se passe à Pessah. La fête de la libération, celle qui commémore une sortie d’Égypte, un passage de l’esclavage à la liberté, de la mort symbolique à la renaissance collective. L’attentat avait eu lieu pendant ce même Pessah, il y a trois ans. Comme si le calendrier juif, cruel dans ses répétitions, offrait aussi à chaque cycle la possibilité d’une réponse nouvelle.

Leo Di avait dit, dans les heures les plus sombres, qu’il espérait que ses enfants continueraient le chemin de leur mère. Aujourd’hui, l’une d’elles répond. Elle ne continue pas seulement — elle bâtit. Et ce faisant, elle rappelle ce que la communauté d’Efrat avait dit après l’attentat, ce que les survivants répètent souvent : que la meilleure riposte à ceux qui cherchent à détruire des familles juives en Israël, c’est précisément de continuer à en fonder de nouvelles.

« בתוך הכאב אנחנו בוחרים להמשיך קדימה. » — Dans la douleur, nous choisissons d’avancer. Cette phrase restera.

Source : Am Israël Haï / Srugim

 


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