Ce Shabbat de guerre a aussi eu ses victimes invisibles — celles que les missiles ne touchent pas directement, mais que la peur, le stress et l’effort physique foudroyent dans les abris. Ce soir à Tel Aviv, un homme d’une cinquantaine d’années a fait un arrêt cardiaque et s’est effondré dans un abri public alors que les sirènes retentissaient sur la ville. Il est en vie. De justesse.
L’intervention d’urgence dans l’abri
L’alerte est parvenue au centre de régulation 101 du Magen David Adom dans la région Dan. Des équipes ont été immédiatement dépêchées sur place, rejointes par une ressource exceptionnelle : le directeur de l’unité de soins intensifs cardiaques de l’hôpital Ichilov, le professeur Kobi Shaham, qui se trouvait en astreinte et a été envoyé en urgence sur les lieux.
Sur place, les équipes ont engagé des manœuvres de réanimation avancées — massages cardiaques, ventilation assistée, chocs électriques répétés par défibrillateur. Après plusieurs chocs, le cœur de l’homme a repris son activité. Il a été transporté en urgence à l’hôpital Ichilov, où son état est décrit comme grave mais stable.
La guerre invisible des abris
Derrière ce fait divers médical se cache une réalité que les statistiques de guerre ne comptabilisent jamais dans leurs bilans officiels : les victimes collatérales du stress, de la peur et de l’effort physique liés aux alertes répétées. Descendre précipitamment dans un abri, parfois plusieurs fois par nuit, parfois en courant, parfois en portant des enfants ou des personnes âgées — pour une personne souffrant d’une pathologie cardiaque silencieuse ou d’une fragilité non diagnostiquée, cela peut suffire à déclencher l’irréparable.
Les études menées après des conflits précédents ont documenté une augmentation significative des infarctus et des accidents vasculaires cérébraux dans les populations civiles exposées à des alertes répétées, indépendamment de tout impact direct de projectiles. La peur elle-même est un facteur de risque cardiovasculaire documenté. Le cortisol libéré lors d’une alerte soudaine provoque une accélération du rythme cardiaque, une élévation de la tension artérielle et un état de tension musculaire qui, chez un patient vulnérable, peut déclencher un événement grave.
Un Shabbat qui compte ses victimes sur plusieurs registres
Cet homme de 50 ans n’est pas une victime de missile. Il n’apparaîtra dans aucun décompte officiel des blessés des frappes iraniennes de cette nuit. Et pourtant, sans les sirènes, sans les missiles, sans la guerre — il ne se serait probablement pas effondré dans cet abri ce soir.
C’est la réalité diffuse et difficile à quantifier des guerres urbaines modernes : la violence ne frappe pas seulement là où les bombes tombent. Elle frappe aussi dans les abris, dans les escaliers, dans les cages d’ascenseur où les gens courent en entendant les sirènes. Elle frappe les cœurs fragiles, les systèmes nerveux épuisés, les personnes âgées isolées qui descendent seules dans le noir chercher un abri.
La présence du professeur Shaham ce soir — le directeur des soins intensifs cardiaques d’Ichilov, en astreinte, disponible, envoyé dans un abri public de Tel Aviv — dit quelque chose sur le niveau de préparation médicale d’Israël face à cette guerre. Mais elle dit aussi quelque chose sur l’état d’une ville qui vit sous les alertes depuis des semaines, où les médecins spécialistes font des gardes de terrain dans les abris publics parce que la probabilité d’y trouver quelqu’un en détresse cardiaque est devenue suffisamment élevée pour le justifier.
L’homme est vivant. Son cœur bat à nouveau. Ce soir, c’est déjà une victoire.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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