Un otage libéré offre des Coca et des cigarettes à des ouvriers arabes — et reçoit des menaces en retour

Il y a des gestes simples qui, dans le contexte israélien de ce printemps 2026, font l’effet d’une pierre jetée dans une mare. Rom Breslavsky, survivant de la captivité du Hamas, en a fait un ce jeudi matin — et ce qui s’est passé ensuite dit peut-être plus sur l’état de la société israélienne que le geste lui-même.

La scène : un immeuble, une kipa, trois canettes

Depuis sa terrasse, Breslavsky entend depuis le matin des bruits de construction et de soufflerie. À 9h, il jette un œil : des employés municipaux nettoient le jardin en contrebas. À midi, il descend acheter quelque chose à l’épicerie. Les ouvriers sont toujours là — des Arabes, la cinquantaine, au soleil, à travailler. Quelque chose se déclenche en lui.

Il entre dans le magasin, achète trois canettes de Coca-Cola et un paquet de cigarettes. Il redescend, s’approche des ouvriers, distribue une canette à chacun. Et il leur parle — en arabe palestinien. Ce qui suit, il le décrit ainsi : ils étaient en état de choc. Ils ne comprenaient pas pourquoi un jeune homme avec une kipa venait leur offrir quelque chose. Ils ne comprenaient pas comment il parlait un arabe aussi fluide. Leurs regards disaient : cet homme à la kipa ne nous déteste pas, et il veut nous faire du bien ?

Breslavsky précise qu’il ne leur a pas dit qui il était. Il n’a pas sorti son téléphone pour se prendre en photo avec eux. Il leur a souhaité la paix et est reparti.

La question qu’il pose

Dans son post, Breslavsky pose une question directe : pourquoi aider l’autre est-il devenu quelque chose d’exceptionnel et d’inhabituel ? Pourquoi un ouvrier arabe d’une cinquantaine d’années devrait-il être en état de choc parce qu’un jeune Juif s’inquiète pour lui ?

La question n’est pas naïve. Elle vient d’un homme qui a été enlevé par des Arabes. Il le dit lui-même, sans détour : il ne peut pas prétendre qu’il les aime. Mais il dit aussi que dans tout ce chaos, il faut laisser de la place à l’humanité. Il conclut en souhaitant aux Juifs de commencer par être humains envers d’autres Juifs — et aux Arabes de ne pas voir les Juifs comme leurs ennemis.

Ce qui s’est passé ensuite : les menaces

Le geste aurait pu passer inaperçu. Il ne l’a pas été. Dans les heures qui ont suivi sa publication, Breslavsky a été la cible d’insultes et de menaces. Des gens, profils ornés du logo du Likoud selon ses propres mots, l’ont attaqué en commentaires. Il a répondu dans une story : il n’a rien fait de mal.

Cette séquence est révélatrice. Dans un pays en guerre, où la tension intercommunautaire est portée à son paroxysme, un acte de simple courtoisie humaine — trois canettes et un paquet de cigarettes — suffit à provoquer une tempête. Non pas de la part d’ennemis, mais de compatriotes qui voient dans ce geste une forme de trahison ou de naïveté dangereuse.

Ce que cela dit du moment

Breslavsky n’est pas un militant de la coexistence. Ce n’est pas quelqu’un qui prêche depuis un bureau d’ONG ou une estrade universitaire. C’est un homme qui a vécu quelque chose que très peu d’Israéliens ont vécu — la captivité entre les mains du Hamas — et qui, depuis cette expérience extrême, a fait le choix de ne pas laisser la haine occuper tout l’espace disponible dans sa vie.

Ce choix-là, dans le contexte actuel, est perçu par certains comme une provocation. C’est peut-être le signe le plus inquiétant de l’état d’une société : quand la décence ordinaire devient subversive, quand offrir une canette à un homme qui travaille sous le soleil nécessite du courage civil.

Il y a une phrase dans le post de Breslavsky qui mérite de rester : nous devons laisser de la place à l’humanité dans tout ce chaos que nous vivons. Il ne demande pas la paix, il ne résout pas le conflit. Il dit simplement qu’entre la guerre et le quotidien, il doit rester quelque chose qui ne soit pas la haine.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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