Il y a des dĂ©clarations qui rĂ©sument une Ă©poque entière en quelques phrases. Celle de John Kerry, prononcĂ©e ce jeudi sur la radio publique de Boston GBH, appartient Ă cette catĂ©gorie. L’ancien secrĂ©taire d’État amĂ©ricain, principal architecte de l’accord nuclĂ©aire iranien de 2015, a livrĂ© une lecture sans filtre de la guerre en cours contre l’Iran — et de la responsabilitĂ© qu’il attribue au Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu dans son dĂ©clenchement.
« Le rêve de longue date de Netanyahu »
Kerry a affirmĂ© que la guerre en cours reprĂ©sente « le rĂŞve de longue date du Premier ministre Netanyahu de faire autant de dĂ©gâts que possible Ă l’Iran, dans la mesure oĂą cela lui est permis. » Une formulation qui ne mĂ©nage ni JĂ©rusalem ni Washington, et qui place le conflit actuel dans la continuitĂ© d’une ambition israĂ©lienne que Kerry dit avoir observĂ©e de près pendant des annĂ©es.
L’accusation centrale est celle-ci : Netanyahu aurait tentĂ© Ă plusieurs reprises de convaincre les prĂ©sidents amĂ©ricains de frapper l’Iran militairement — et tous, jusqu’Ă Trump, auraient refusĂ©. Kerry a suggĂ©rĂ© que Trump a commis une erreur en se laissant convaincre d’entrer en guerre par Netanyahu, qui avait auparavant soumis ce projet aux prĂ©sidents Biden et Obama, lesquels avaient tous deux dĂ©clinĂ©.
Cette lecture est partagĂ©e par d’autres anciens responsables de l’ère Obama. Ben Rhodes, ancien conseiller adjoint Ă la sĂ©curitĂ© nationale sous Obama, a dĂ©clarĂ© que « Trump est le premier prĂ©sident qui n’a pas pu dire non Ă Netanyahu », ajoutant que Netanyahu « l’a essentiellement intimidĂ© pour l’entraĂ®ner dans cette guerre. »
Un cessez-le-feu « remarquablement flou »
Kerry ne s’est pas contentĂ© de revisiter l’histoire. Il a Ă©galement pris position sur la situation actuelle. Il a qualifiĂ© le cessez-le-feu de deux semaines en cours de « remarquablement flou », ajoutant : « C’est choquant, honnĂŞtement. Je pense que cela devient plus sĂ©rieux et plus dangereux Ă mesure que nous avançons, parce que le dĂ©troit d’Ormuz est sous le contrĂ´le de l’Iran, ce qui n’Ă©tait pas le cas avant le dĂ©but de la guerre. »
Ce dernier point est crucial. La guerre, selon Kerry, aurait donc paradoxalement renforcĂ© la position stratĂ©gique de l’Iran sur l’un des points de passage pĂ©troliers les plus nĂ©vralgiques du monde — exactement l’inverse de l’objectif affichĂ©. Le dĂ©troit d’Ormuz, que Trump rĂ©clame dans ses posts l’ouverture immĂ©diate, serait dĂ©sormais davantage sous emprise iranienne qu’avant le dĂ©clenchement des hostilitĂ©s.
La guerre sans alliés : une erreur de doctrine
Kerry a insistĂ© sur ce qu’il considère comme une faute stratĂ©gique fondamentale : « Quand on part en guerre, on le fait avec le soutien de son peuple. On a une menace clairement dĂ©finie, une clartĂ© quant aux raisons pour lesquelles on doit aller en guerre. Et tout aussi important — nous l’avons appris au fil des ans — on a des alliĂ©s. Des gens qui vous soutiennent parce que votre cause est juste. » Or dans cette guerre, note-t-il, aucune de ces conditions n’Ă©tait remplie.
Cette critique rejoint celle formulĂ©e ce mĂŞme vendredi par le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a exprimĂ© publiquement sa lassitude Ă l’Ă©gard de Trump et critiquĂ© les frappes israĂ©liennes au Liban. L’isolement diplomatique de Washington dans ce conflit — refus de l’OTAN d’ouvrir ses bases, opposition des alliĂ©s europĂ©ens, pression sur le Golfe — constitue pour Kerry la dĂ©monstration que la guerre a Ă©tĂ© engagĂ©e sans la prĂ©paration politique minimale qu’exige un tel engagement.
Une voix démocrate dans le débat américain
La dĂ©claration de Kerry s’inscrit dans un contexte politique amĂ©ricain en pleine recomposition. Ă€ quelques annĂ©es des Ă©lections de 2028, le Parti dĂ©mocrate cherche sa ligne sur un conflit que ses dirigeants n’ont pas initiĂ© mais dont ils hĂ©ritent politiquement. Plusieurs figures de proue du parti ont dĂ©jĂ pris des positions très critiques vis-Ă -vis d’IsraĂ«l et de la conduite de la guerre.
Kerry, lui, choisit un angle diffĂ©rent : il ne dĂ©nonce pas seulement la guerre, il en attribue la responsabilitĂ© Ă une manipulation — celle d’un Netanyahu qui aurait usĂ© de Trump pour accomplir ce qu’Obama, Bush et Biden lui avaient successivement refusĂ©. C’est une lecture qui, si elle se diffuse, pourrait remodeler durablement la perception amĂ©ricaine du rĂ´le d’IsraĂ«l dans le dĂ©clenchement du conflit.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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