Quand les chaînes israéliennes ont coupé Netanyahou — un précédent qui dit tout sur la fracture entre le Premier ministre et les médias

FILE PHOTO: Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu gestures during a joint press conference with U.S. Secretary of State Marco Rubio (not pictured) at the Prime Minister's Office, during Rubio's visit, in Jerusalem, September 15, 2025. REUTERS/Nathan Howard/Pool/File Photo

La dĂ©claration enregistrĂ©e de Netanyahou samedi soir a fait un bruit qui dĂ©passe largement son contenu. Ce n’est pas ce qu’il a dit qui a provoquĂ© la controverse — c’est ce que les grandes chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision israĂ©liennes ont dĂ©cidĂ© de ne pas diffuser.

Pour la première fois, plusieurs rĂ©dactions des grands mĂ©dias tĂ©lĂ©visĂ©s israĂ©liens ont refusĂ© de transmettre intĂ©gralement la dĂ©claration enregistrĂ©e du Premier ministre. ChaĂ®ne 12, la plus regardĂ©e du pays, a choisi de ne pas interrompre son flux de programmation au moment de l’envoi. Pendant que Netanyahou rĂ©citait son bilan de guerre contre l’Iran, le signal de la chaĂ®ne Ă©tait occupĂ© par une coupure publicitaire — puis directement enchaĂ®nĂ© sur un reportage prĂ©vu au programme. ChaĂ®nes 11 et 13 ont pour leur part diffusĂ© une partie seulement de la dĂ©claration avant de couper et de passer Ă  autre chose, laissant l’allocution du Premier ministre tronquĂ©e Ă  l’antenne.

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Le fait en lui-mĂŞme est inĂ©dit. Depuis des annĂ©es, les dĂ©clarations enregistrĂ©es de Netanyahou sont un format rodĂ© : le Premier ministre, qui boycotte les confĂ©rences de presse et refuse depuis longtemps de rĂ©pondre aux questions de journalistes qu’il considère comme hostiles, a fait de la communication unilatĂ©rale enregistrĂ©e sa principale interface avec le public. Les chaĂ®nes, jusqu’ici, jouaient le jeu — non sans rĂ©sistances et commentaires parfois acerbes en plateau, mais en diffusant l’allocution dans son intĂ©gralitĂ© avant d’en dĂ©battre.

Ce soir-lĂ , quelque chose a changĂ©. La dĂ©cision de plusieurs rĂ©dactions de ne pas interrompre leur programmation normale pour diffuser une dĂ©claration gouvernementale constitue, dans le paysage mĂ©diatique israĂ©lien, un acte Ă©ditorial fort. Ce n’est pas un oubli technique. C’est un choix.

Les raisons invoquĂ©es — ou non invoquĂ©es — varient selon les chaĂ®nes, mais le contexte est lisible. Netanyahou a instaurĂ© depuis des mois un rapport de confrontation permanente avec les rĂ©dactions grand public, les accusant rĂ©gulièrement de soutenir l’ennemi, de dĂ©moraliser le public, de faire le jeu de l’opposition. Dans une dĂ©claration rĂ©cente, il avait directement interpellĂ© ce qu’il appelait les « occupants des studios », leur reprochant de ne pas se mettre au service de l’esprit de victoire du peuple israĂ©lien. Des formulations que plusieurs journalistes et directeurs de rĂ©daction ont perçues comme une pression inadmissible sur leur indĂ©pendance Ă©ditoriale.

La dĂ©cision de ne pas diffuser intĂ©gralement sa dĂ©claration de ce samedi peut donc se lire comme une rĂ©ponse — mesurĂ©e mais dĂ©libĂ©rĂ©e — Ă  ces mois de pression. Une façon pour les rĂ©dactions de signifier que leur grille de programmation n’est pas automatiquement subordonnĂ©e aux souhaits du bureau du Premier ministre, et que le format de la dĂ©claration enregistrĂ©e unilatĂ©rale a des limites Ă©ditoriales.

Du cĂ´tĂ© du Premier ministre et de ses partisans, la rĂ©action ne s’est pas fait attendre. L’argument est symĂ©trique et prĂ©visible : des chaĂ®nes qui refusent de diffuser un Premier ministre en temps de guerre font un choix politique, pas un choix Ă©ditorial. Elles sĂ©lectionnent ce que le public peut ou ne peut pas entendre. C’est de la censure soft, dĂ©guisĂ©e en autonomie rĂ©dactionnelle.

Le dĂ©bat touche en rĂ©alitĂ© Ă  une question structurelle que la guerre a accentuĂ©e mais pas créée : quelle est la responsabilitĂ© des mĂ©dias audiovisuels Ă  l’Ă©gard de la parole gouvernementale en temps de crise nationale ? Sont-ils tenus de relayer les dĂ©clarations du Premier ministre comme un service public d’information ? Ou leur indĂ©pendance Ă©ditoriale inclut-elle le droit de juger qu’une allocution est davantage politique que stratĂ©gique, et de la traiter comme telle ?

Ce qui est certain, c’est que le prĂ©cĂ©dent de ce samedi soir ne passera pas inaperçu. La relation entre Netanyahou et les grands mĂ©dias israĂ©liens, dĂ©jĂ  tendue depuis des annĂ©es, vient de franchir un seuil supplĂ©mentaire. Et dans un pays oĂą la guerre, la politique intĂ©rieure et la libertĂ© de la presse se mĂŞlent quotidiennement, ce seuil aura des consĂ©quences.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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