Le cessez-le-feu tient. Les nĂ©gociateurs sont Ă Islamabad. Et pourtant, Ă JĂ©rusalem, l’Ă©valuation dominante n’est pas Ă l’optimisme — elle est Ă la prĂ©paration. Une source israĂ©lienne bien informĂ©e des dĂ©tails des pourparlers a livrĂ© samedi soir une apprĂ©ciation lucide et sombre de la situation : les nĂ©gociations entre l’Iran et les États-Unis sont certes « très sĂ©rieuses », mais il y a selon elle de fortes chances qu’elles finissent par s’effondrer. « Il sera très difficile pour l’Iran de faire preuve de souplesse, c’est pourquoi l’Ă©valuation est qu’au final cela explosera », a-t-elle dĂ©clarĂ©.
Cette lecture tranche avec les signaux officiels Ă©mis des deux cĂ´tĂ©s de la table. Les AmĂ©ricains, Ă travers la dĂ©lĂ©gation conduite par le vice-prĂ©sident J.D. Vance, l’envoyĂ© spĂ©cial Jared Kushner et Steve Witkoff, ne font pas semblant. IsraĂ«l en convient : « Les nĂ©gociations ne sont pas une mise en scène et elles se dĂ©roulent avec tout le sĂ©rieux voulu. Personne ici ne vient pour traĂ®ner les pieds. » Vance et ses deux acolytes veulent manifestement un rĂ©sultat — un accord concret, pas une dĂ©claration de principe. Leur investissement politique dans ce dossier est rĂ©el.
Mais la volontĂ© amĂ©ricaine de parvenir Ă un accord ne suffit pas Ă combler ce que la source israĂ©lienne appelle des « Ă©carts très importants » entre les deux parties. Ces Ă©carts ne sont pas techniques — ils sont structurels. L’Iran pose des conditions qui touchent Ă sa souverainetĂ© fondamentale : reconnaissance de ses droits sur le dĂ©troit d’Ormuz, levĂ©e des sanctions, cessez-le-feu au Liban. Washington, de son cĂ´tĂ©, exige l’ouverture complète et vĂ©rifiable du dĂ©troit, le transfert ou la destruction de l’uranium enrichi, et des garanties sur la non-prolifĂ©ration nuclĂ©aire. Entre ces deux positions, l’espace de compromis est Ă©troit — et la mĂ©fiance accumulĂ©e depuis des dĂ©cennies le rĂ©trĂ©cit encore davantage.
CĂ´tĂ© iranien, la rigiditĂ© structurelle du rĂ©gime complique tout mouvement. Un système politique oĂą les dĂ©cisions finales appartiennent au Guide suprĂŞme, oĂą toute concession peut ĂŞtre interprĂ©tĂ©e en interne comme une capitulation honteuse, et oĂą les factions dures du système surveillent chaque virgule des nĂ©gociateurs — ce système n’est pas construit pour la flexibilitĂ©. Netanyahou avait lui-mĂŞme signalĂ© ce soir des conflits internes au sommet du pouvoir iranien, ce qui peut signifier deux choses opposĂ©es : soit ces divisions ouvrent une fenĂŞtre pour un accord, soit elles le rendent encore plus improbable, aucune faction ne voulant ĂŞtre celle qui a cĂ©dĂ©.
L’Ă©valuation israĂ©lienne est donc celle d’un pays qui espère un accord mais se prĂ©pare Ă son absence. Dans la dĂ©claration de Netanyahou prononcĂ©e quelques heures plus tĂ´t, la rhĂ©torique de la victoire contre l’Iran coexistait avec un avertissement explicite : la main est encore levĂ©e, la guerre n’est pas terminĂ©e, et IsraĂ«l est prĂŞt Ă reprendre les opĂ©rations. Ce n’Ă©tait pas une posture — c’est une posture opĂ©rationnelle.
Pour les marchĂ©s, pour les compagnies aĂ©riennes qui hĂ©sitent encore Ă reprendre leurs vols vers Tel Aviv, pour les familles qui viennent de reprendre une vie Ă peu près normale après des semaines de sirènes et de missiles, cette Ă©valuation est un rappel brutal : le cessez-le-feu des Accords d’Islamabad est fragile, les nĂ©gociations pourraient rompre Ă tout moment, et la guerre pourrait reprendre. Pas dans un futur lointain et hypothĂ©tique — dans un futur proche et concret.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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