Dans l’ombre portée par les impératifs de sécurité du présent, notamment l’opération « Shaagat Haari », la Knesset a tenu sa cérémonie annuelle « À chaque homme un nom » (Lekhol Ish Yesh Shem). Cette année, le protocole a été bousculé : l’événement national a été enregistré à l’avance pour parer à toute urgence opérationnelle, mais la solennité de l’instant n’en a pas été amoindrie. Le thème central, « La famille juive pendant la Shoah », a servi de fil conducteur à un hommage vibrant rendu à ceux dont l’existence même a été gommée par la machine industrielle de mort nazie.
Le mot-clé de cette commémoration est le nom. Dans un discours poignant, le président de la Knesset, Amir Ohana, a rappelé la cruelle réalité qui contredit le titre de la cérémonie : pour beaucoup, il n’y a plus de nom. Ohana a souligné que si l’institution Yad Vashem a réussi à collecter et à répertorier 4,8 millions d’identités pour son projet de « Livre des Noms », il manque toujours au moins un million de victimes à l’appel. Des familles entières, parfois des villages ou des communautés au complet, ont été rayés de la surface du globe sans laisser un seul témoin pour raconter qu’ils ont un jour respiré.
Lors d’une visite officielle avec son homologue allemande, la présidente du Bundestag Bärbel Bas, Amir Ohana s’est arrêté devant une fiche signalétique particulièrement atroce. On pouvait y lire : « Nom : Reich. Prénom : inconnu. Lieu de naissance : Auschwitz. Date de naissance : 11 septembre 1944. Âge estimé au moment du décès : environ trente minutes ». Cette petite fille, arrachée à sa mère Irène immédiatement après l’accouchement avant d’être massacrée, n’a jamais eu le temps de recevoir un prénom. Elle incarne l’abîme absolu d’un système où même l’innocence d’un nouveau-né n’était qu’un chiffre à supprimer.
La cérémonie a été rythmée par les récits de six survivants, chacun portant la mémoire d’un million de disparus. Miriam Greiver a raconté comment sa mère l’a sauvée, elle et sa sœur, dans le ghetto de Budapest en les dissimulant sous un tas d’ordures lors d’une rafle. Yona Laks a évoqué sa survie miraculeuse à la sélection du Dr Mengele à Auschwitz, sauvée in extremis par le plaidoyer de sa sœur. Joseph (Yoske) Hershkovitz a témoigné de l’enfer des camps de travail, tandis que Dov Landau a partagé son parcours de résilience, lui qui, après avoir perdu les siens, a combattu pour l’indépendance d’Israël et a fondé une lignée comptant aujourd’hui 78 arrière-petits-enfants. Shimon Rothschild et Eva Erben ont également offert leurs voix à cette mémoire collective, rappelant que chaque survivant est une victoire vivante sur la tentative d’anéantissement.
L’acteur Israël Atias a prêté ses mots au témoignage de Karol Pila, un nouvel immigrant de France âgé de 95 ans. Né en Pologne, il a perdu toute sa famille avant de survivre à Auschwitz-Birkenau et aux terribles marches de la mort. Ce lien entre les vagues d’immigration récentes et l’histoire profonde de la nation souligne la continuité d’un peuple qui refuse de s’éteindre.
Le haut sommet de l’État a participé à cette lecture rituelle des noms. Le président Isaac Herzog, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le président de la Cour suprême Isaac Amit, ainsi que de nombreux ministres et députés, ont défilé pour nommer les absents. La dimension spirituelle a été assurée par le grand rabbin Kalman Ber, qui a lu des psaumes, et le premier de Sion, le rabbin David Yosef, qui a récité le Kaddish. Le chant de l’Hatikvah, interprété par la chorale du Commandement Central, a clôturé la séance, réaffirmant l’existence d’une souveraineté juive là où le nazisme avait prévu le néant.
Cette cérémonie restera marquée par l’image de la petite enfant Reich. En rappelant son destin tragique de trente minutes, la Knesset n’a pas seulement pleuré une victime, elle a dénoncé l’oubli. Car nommer ceux qui n’ont pas eu de nom est peut-être l’acte de résistance le plus pur contre la barbarie.
Pour approfondir les enjeux de la mémoire et les protocoles de sécurité actuels en Israël, nous vous conseillons ces lectures :
-
Yad Vashem : le défi technologique du Livre des Noms pour retrouver le million manquant
-
Sécurité nationale : pourquoi les cérémonies officielles s’adaptent à l’opération Shaagat Haari
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News
📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢






