Panique et impact sur les usines pétrochimiques : des témoignages alarmants en provenance d’Iran

Des salaires de 75 dollars par mois pour des dépenses qui atteignent 3 000 dollars. Des usines pétrochimiques frappées de plein fouet, des vagues de licenciements qui s’enchaînent, des prix de produits alimentaires de base devenus inaccessibles pour la classe moyenne. Les témoignages qui filtrent depuis l’intérieur de l’Iran ce samedi dessinent un tableau économique d’une gravité que les déclarations officielles du régime peinent à masquer. Comme le résume un citoyen iranien cité dans les rapports : « Les limites de la vie se rétrécissent de jour en jour. »

La situation du secteur pétrochimique est particulièrement révélatrice. Avant le conflit qui a opposé l’Iran aux États-Unis et à Israël, ce secteur générait entre 13 et 15 milliards de dollars par an en exportations, constituant l’une des principales sources de devises étrangères du pays après le pétrole brut. Les frappes militaires ont infligé des dommages considérables aux infrastructures industrielles iraniennes. Avec une production réduite et des exportations largement à l’arrêt, des milliers de travailleurs se retrouvent sans emploi ou avec des salaires qu’ils ne perçoivent plus. Un ouvrier du secteur décrit la situation sans détour : ce n’est pas du chômage, c’est de la destruction.

Les coupures d’Internet imposées par le régime pour contenir les troubles intérieurs ajoutent une couche supplémentaire d’asphyxie économique. Des représentants du monde des affaires iranien ont chiffré les pertes directes dues à ces coupures numériques à entre 30 et 40 millions de dollars par jour, un chiffre qui monte à 70 ou 80 millions si l’on intègre les effets indirects sur les PME et les travailleurs indépendants qui dépendent des plateformes numériques pour gagner leur vie. Pour un pays dont la monnaie s’est effondrée à environ 1,47 million de rials pour un dollar — contre 800 000 rials un an auparavant — chaque jour de perturbation supplémentaire représente un appauvrissement accéléré de la population.

Les prix des denrées alimentaires racontent eux aussi l’état réel du pays. L’agneau et le bœuf se vendent entre 1,6 et 1,9 million de tomans le kilogramme. L’inflation alimentaire officielle dépasse les 89 % dans certaines régions, mais les projections économiques évoquent des scénarios où elle pourrait atteindre 120 % en rythme annuel. Le salaire minimum, lui, ne permet plus de couvrir qu’une fraction des dépenses alimentaires de base d’une famille. L’équation est impossible à résoudre par les voies ordinaires — et c’est précisément cette équation que les témoignages recueillis illustrent avec une brutalité quotidienne.

Le président iranien Masoud Pezeshkian avait affirmé vendredi que les prix étaient « stables ». Cette déclaration, déjà difficile à soutenir au regard des données disponibles, semble déconnectée de la réalité vécue par les citoyens ordinaires. Ce décalage entre le discours officiel et le vécu des Iraniens n’est pas nouveau — il est structurel, inscrit dans la nature même d’un régime qui consacre ses ressources à l’influence régionale et à l’armement plutôt qu’au bien-être de sa population. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du choc : les frappes militaires, le blocus maritime, les sanctions renforcées et l’effondrement du rial ont convergé en quelques semaines pour produire une pression économique sans précédent depuis des décennies.

Pour le régime, la contradiction est de plus en plus difficile à gérer. Fermer le détroit d’Ormuz pour peser sur les négociations est une chose — mais chaque jour de fermeture est aussi un jour où les exportations iraniennes restent bloquées, où les devises ne rentrent pas, où les usines ne tournent pas. La posture de force à l’extérieur se paie en appauvrissement à l’intérieur. Et les témoignages qui filtrent aujourd’hui depuis les villes iraniennes montrent que cette facture, c’est le peuple iranien qui la règle — 75 dollars de salaire pour 3 000 dollars de vie.


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