Donald Trump se targue régulièrement d’avoir coulé la quasi-totalité de la marine iranienne pendant la guerre. Ce qu’il ne mentionne pas, c’est qu’une autre marine — celle des Gardiens de la révolution, distincte de l’armée régulière — continue de fonctionner, de menacer et d’attaquer. C’est la « flotte des moustiques » iranienne, ainsi baptisée par ceux qui l’observent depuis des années : petite, rapide, agile, disparaissant après chaque attaque avant que quiconque puisse riposter.
Le New York Times a consacré ce samedi un long article à ces embarcations, décrivant une force navale asymétrique que les États-Unis peinent à neutraliser. Selon l’armée américaine elle-même, seulement environ la moitié de ces bateaux ont été coulés jusqu’à présent — sans que des chiffres précis soient communiqués. Le reste continue d’opérer, tapi dans dix bases fortifiées disséminées le long du littoral iranien et dans les îles qui jalonnent le détroit stratégique, certaines creusées à même la roche sous forme de grottes profondes où les embarcations attendent, amarrées à des quais intérieurs, prêtes à être déployées en quelques minutes.

Le nombre exact de ces bateaux est inconnu. Les estimations vont de quelques centaines à plusieurs milliers d’unités. « C’est difficile à compter », résume sobrement le New York Times. L’expert Saïd Golkar, spécialiste des Gardiens de la révolution à l’université du Tennessee à Chattanooga, décrit leur mode opératoire comme celui d’une guérilla maritime : « Il se concentre sur la guerre asymétrique, et au lieu de s’appuyer sur des navires de guerre géants et des batailles navales classiques, il s’appuie sur des attaques de type frappe-et-disparaît. »
Équipées parfois de missiles ou de drones, opérant conjointement avec des sites de lancement camouflés le long des côtes du détroit, ces embarcations constituent la force qui a permis à l’Iran de maintenir son blocus malgré les frappes américaines. Depuis le début du conflit, au moins vingt navires ont été attaqués dans les eaux du détroit d’Ormuz, la plupart des fois par des drones lancés depuis la terre plutôt que depuis les bateaux eux-mêmes. Mais l’amiral américain à la retraite Gary Roughead résume l’inconfort de Washington en une phrase : « Vous ne savez jamais exactement ce qu’elles préparent, ni quelles sont leurs intentions. »

Cet inconfort a une histoire longue. La marine des Gardiens de la révolution a été fondée en 1987, durant la guerre Iran-Irak, précisément parce que l’armée régulière iranienne avait refusé d’attaquer les pétroliers des alliés de l’Irak. Depuis cette époque, elle s’est transformée en une force pensée pour l’inégalité — pour que le plus petit puisse perturber le plus grand. En 2016, des marins américains à bord de deux embarcations avaient été capturés et filmés à genoux, avant d’être relâchés. L’officier qui avait mené cette opération, le général Mohammad Nazeri, fondateur des forces commando du corps naval des Gardiens, était devenu une figure quasi mythique en Iran — au point d’inspirer une émission de téléréalité diffusée pendant cinq saisons, dans laquelle trente candidats s’affrontaient pour rejoindre l’unité d’élite, sous le regard du public qui votait pour son « héros » préféré.
Aujourd’hui, le blocus maritime américain sur l’Iran est appliqué non pas à l’intérieur du détroit d’Ormuz — que la marine américaine évite désormais — mais plus à l’est, dans le golfe d’Oman et la mer d’Arabie, là où il est beaucoup plus difficile pour les embarcations rapides iraniennes d’intervenir. C’est là que se joue désormais le vrai bras de fer naval entre Washington et Téhéran.
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