D’Espagne et du Brésil — « impliqués dans le terrorisme » : deux militants de la flottille pour Gaza ramenés en Israël

Le scénario semblait tracé d’avance. Le ministre israélien des Affaires étrangères Guideon Sa’ar avait annoncé la veille que l’ensemble des militants de la flottille « Aviv 2026 » — interceptée par la marine israélienne alors qu’elle se dirigeait vers la bande de Gaza — seraient relâchés en Grèce et renvoyés dans leurs pays d’origine. Une opération propre, sans éclat diplomatique. Mais ce vendredi matin, le ministère des Affaires étrangères a infléchi la ligne : deux participants ne rentreront pas chez eux comme les autres. Ils seront amenés en Israël pour être interrogés.

Leurs noms : Saïf Abou Qachq, Palestinien résidant en Espagne, soupçonné de liens terroristes avec le Hamas. Et Tiago Ávila, citoyen brésilien, suspecté d’activité illégale — un homme qui s’était notamment rendu aux funérailles d’Hassan Nasrallah et à qui sont attribuées des accusations de comportement sexuel inapproprié envers au moins trois bénévoles durant les traversées de la flottille.

« Ils ont été pris en otage »

Les organisateurs de la flottille n’ont pas tardé à réagir. Ils ont dénoncé la décision en qualifiant les deux hommes de « prisonniers » retenus illégalement, et ont appelé à leur libération immédiate. Une rhétorique classique, qui contraste avec les éléments avancés par Jérusalem. Le ministère des Affaires étrangères israélien a été explicite dans sa déclaration : « Deux des militants de la flottille impliqués dans le terrorisme seront amenés pour interrogatoire en Israël, les autres ont débarqué en Grèce. Comme cela a été documenté par le Conseil de paix et le ministère américain des Affaires étrangères, l’activité humanitaire dans la bande de Gaza est gérée par le Conseil de paix, et cette flottille dirigée par le Hamas est une provocation supplémentaire destinée à détourner l’attention du refus du Hamas de se désarmer. »

Abou Qachq est un militant politique palestinien basé à Barcelone, connu pour son implication dans l’organisation de plusieurs flottilles précédentes à destination de Gaza. Ávila, lui, présente un profil plus trouble encore : sa présence aux funérailles du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, et les accusations qui pèsent sur lui concernant son comportement à bord des navires de la flottille — accusations que certains membres brésiliens de l’organisation ont tenté de minimiser en invoquant des « différences culturelles » — en font un cas à part.

L’ombre de l’Espagne et du Brésil

Israël a tenu à préciser que la décision de rapatrier ces deux suspects n’a aucun lien avec leur nationalité — ou plutôt avec le pays de résidence de l’un et la nationalité de l’autre. Mais la coïncidence est frappante : les relations d’Israël avec l’Espagne et le Brésil traversent toutes deux une période de tension historique sans précédent.

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez mène depuis des mois la charge diplomatique la plus virulente contre Israël au sein de l’Union européenne. Madrid a reconnu unilatéralement l’État palestinien, a multiplié les déclarations accusatoires, et a convoqué son chargé d’affaires israélien après l’interception de la flottille pour lui signifier sa « condamnation ferme ». Du côté brésilien, le président Luiz Inácio Lula da Silva a qualifié à plusieurs reprises l’offensive israélienne à Gaza de « génocide », poussant Jérusalem à rappeler son ambassadeur à Brasília — une rupture de fait dans des relations qui ne se sont jamais vraiment renou​ées depuis.

Israël insiste : ce sont les dossiers individuels qui ont motivé l’arrestation des deux hommes, pas leurs passeports. Mais dans un contexte de crises diplomatiques multiples, la nuance est difficile à entendre depuis Madrid et Brasília.

La cinquième flottille : une mécanique rodée

Pour les responsables israéliens qui ont géré l’opération, c’est désormais un exercice bien connu. « C’est la cinquième flottille. Le système sait déjà quel est le modèle et comment tout le monde travaille ensemble », ont-ils confié. La coordination entre le ministère des Affaires étrangères, la marine, l’armée de terre, la police et l’administration pénitentiaire a été totale.

Ce qui a surpris cette fois, c’est l’ampleur. Des dizaines d’embarcations, des centaines de participants de nombreux pays — une masse critique qui a imposé une gestion préventive, loin des côtes israéliennes. « Le potentiel de friction était beaucoup plus grand. La décision prise était de traiter la situation tôt. Personne ne voulait finir dans un autre Mavi Marmara », ont résumé ces sources — référence directe à la flottille turque de 2010 qui s’était soldée par neuf morts lors d’un affrontement avec les commandos de la Shayetet 13.

Les images publiées dans la foulée par le ministère des Affaires étrangères montraient des militants à bord de navires israéliens, recevant eau et nourriture. Une communication soigneusement calibrée pour montrer qu’Israël ne fait pas de ses prisonniers des martyrs — mais des passagers reconduits à bon port.

Pendant ce temps, plusieurs pays européens ont haussé le ton. L’Italie a exigé la libération « immédiate » de ses ressortissants retenus, invoquant une arrestation « illégale ». La France a rappelé la présence de 15 citoyens français à bord et placé leur sécurité « en priorité absolue ». L’Espagne a convoqué le représentant israélien. Autant de réactions que Jérusalem a accueillies avec la même réponse de fond : le blocus maritime sur Gaza est légal, nécessaire, et ne sera pas violé.


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