Fin septembre 2022, des explosions sous-marines secouaient le fond de la mer Baltique, sectionnant les deux gazoducs Nord Stream qui reliaient la Russie à l’Allemagne à 80 mètres de profondeur. La destruction était totale, délibérée, et d’une précision remarquable. Les gazoducs — dont Nord Stream 2, qui avait coûté 11 milliards de dollars à construire — n’étaient certes plus en service actif à ce moment-là en raison de la guerre, mais leurs tuyaux étaient pleins de gaz, prêts à être réactivés dès qu’un accord politique le permettrait. En les faisant sauter, quelqu’un avait verrouillé pour de bon la porte de sortie la plus commode que l’Europe pouvait imaginer pour retourner au gaz russe.
Pendant quatre ans, la question « qui ? » est restée sans réponse officielle. Ni la Russie, ni l’Ukraine, ni les États-Unis, ni aucun autre gouvernement n’a revendiqué l’opération. Les enquêtes allemande, suédoise et danoise ont avancé à pas comptés, sans déboucher sur une mise en cause publique. Ce silence est aujourd’hui rompu — non par un gouvernement, mais par un journaliste.
Le livre qui nomme l’opération
Boyan Pancevski, correspondant du Wall Street Journal, publie « La conspiration Nord Stream », un ouvrage dans lequel il affirme avoir obtenu l’accès à des enquêteurs, des agents de renseignement et des combattants ayant participé à l’opération ukrainienne présumée. Son récit repose sur ces témoignages et sur des documents qu’il a pu consulter.
Selon Pancevski, l’opération a été montée avec des moyens spectaculairement modestes. L’équipement utilisé comprenait un voilier de plaisance civil, de fausses identités, des plongeurs experts et des charges explosives. Le journaliste décrit le sabotage des gazoducs Nord Stream comme « l’acte de sabotage le plus audacieux de l’histoire moderne » — et place à sa tête une femme qu’il désigne sous le nom de code « Freya ».
Freya : de la couverture de magazine aux fonds de la Baltique
L’identité réelle de « Freya » n’est pas confirmée officiellement par une source habilitée. Mais le livre — et l’enquête parallèle publiée dans Bild — la décrit en détail. Née en Ukraine, elle était connue dans le milieu de la nuit et des arts à Kiev où elle avait travaillé comme mannequin, posant pour des magazines érotiques et apparaissant en couverture, notamment dans une photo la montrant en tenue de capitaine de bateau sous le titre : « Pourquoi le soleil de Crimée éveille-t-il des sentiments sensuels ? »
Au fil des années, elle avait bifurqué vers la plongée sous-marine et s’était constitué une réputation de monitrice dans ce domaine. C’est cette compétence — et non son passé de mannequin — qui attira l’attention du renseignement militaire ukrainien. Après l’invasion russe de février 2022, ses services furent sollicités pour une mission que Pancevski ne qualifie pas autrement que de « dangereuse contre une infrastructure que Kiev considérait comme une source de financement et d’influence pour le Kremlin. » Elle accepta immédiatement.
La formation qui suivit était d’un autre niveau que les cours de plongée récréative : elle apprit à descendre à des profondeurs de près de 100 mètres et à poser des charges explosives sur le fond de la mer Baltique. Lors des plongées opérationnelles, elle portait environ 80 kilogrammes de matériel. Elle réalisa plusieurs descentes malgré des conditions météorologiques difficiles.
La couverture : un tournage pornographique
L’un des détails les plus saisissants du récit de Pancevski concerne le plan de couverture prévu en cas de capture. Si le groupe — composé de six personnes, militaires et civils — était intercepté par les autorités danoises ou suédoises dans les eaux de la zone où les gazoducs ont été sabotés, les membres devaient prétendre être en train de tourner un film pornographique. Le passé de « Freya » dans l’univers des publications érotiques — et la disponibilité de ces images sur internet — rendait cette couverture crédible, voire irréfutable pour un contrôle de routine.
Le groupe avait loué un yacht via une société écran polonaise contrôlée par le renseignement ukrainien. Quand les enquêteurs allemands finirent par identifier « Freya » des mois plus tard, ils furent, selon Pancevski, « stupéfaits » par son passé et par l’abondance de matériel la concernant disponible sur internet, y compris des photos explicites.
Aujourd’hui, « Freya » enseigne la plongée tactique à des soldats ukrainiens. En quelques mois, elle avait accompli une trajectoire que peu de gens auraient jugée vraisemblable : de monitrice de plongée civile à actrice d’un acte de sabotage qui a changé l’histoire énergétique de l’Europe.
Les opérations de sabotage ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes ont été documentées sur ce site : L’Ukraine frappe une artère énergétique russe : la « Koltsevoy » sabotée près de Moscou. Sur la stratégie ukrainienne consistant à porter la guerre au-delà des lignes de front : Le renseignement américain alerte : le Hezbollah est prêt à la guerre, l’Iran orchestre — et Israël sera attaquée de toutes parts.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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