Ce mardi 5 mai, alors que l’Iran venait d’essuyer de nouveaux revers diplomatiques et militaires dans le détroit d’Hormuz, une déclaration publiée à Téhéran a fait l’effet d’une bombe dans les chancelleries européennes. Le rédacteur en chef du journal ultra-conservateur Kayhan, Hossein Shariatmadari, figure considérée comme un porte-voix du bureau du Guide suprême, a affirmé que l’Iran peut frapper l’Europe comme il a frappé les pays arabes, si les bases militaires européennes sont mises à disposition des États-Unis.
Kayhan n’est pas un organe de presse ordinaire. Depuis des décennies, ce quotidien iranien aux positions les plus dures du régime est considéré comme un thermomètre fiable des intentions de l’establishment religieux au pouvoir. Quand Shariatmadari écrit, c’est souvent pour dire ce que les officiels ne peuvent pas dire directement.
Des bases européennes comme « cibles légitimes »
Shariatmadari a écrit que les bases militaires européennes mises à disposition de Washington « peuvent et doivent » devenir ce qu’il appelle des cibles légitimes pour des attaques iraniennes. Il a ajouté : « Les gouvernements européens savent que nous pouvons frapper, et frapper bien. » Et d’enfoncer le clou en affirmant que l’Europe est « très fragile » et dispose de « presque aucune capacité à résister » aux frappes iraniennes.
La déclaration intervient dans un contexte précis : des bases militaires au Royaume-Uni — notamment RAF Fairford et Diego Garcia — sont déjà utilisées par les forces américaines dans le cadre des opérations contre l’Iran, avec l’aval du gouvernement Starmer. L’Iran, qui considère tout pays hébergeant des forces américaines comme belligérant potentiel, entend visiblement élargir le périmètre de ses représailles déclarées.
Ce n’est pas la première fois que Téhéran cible symboliquement le sol européen. En mars 2026, dès le début du conflit, le ministère des Affaires étrangères iranien avait averti que toute action des Européens serait considérée comme un « acte de guerre » entraînant une réponse visant les villes européennes. Des drones iraniens avaient par ailleurs touché la base aérienne britannique d’Akrotiri à Chypre, membre de l’UE, probablement tirés depuis le Liban par le Hezbollah.
Un député iranien brandit la capacité balistique
Le même jour, un parlementaire iranien a ajouté une couche supplémentaire à cette rhétorique de la menace. Hosseinali Hajideligani, vice-président de la commission de l’article 90 du parlement, a affirmé que l’Iran dispose de missiles capables de se scinder en 80 bombes ou têtes séparées, et que dix de ces missiles lancés simultanément représenteraient 800 bombes. Il a lancé : « Quel THAAD, quel Patriot peut intercepter cela ? »
La revendication est peut-être exagérée — les experts militaires occidentaux restent sceptiques quant aux capacités balistiques réelles de l’Iran après les frappes américano-israéliennes du 28 février — mais le message politique est clair : Téhéran entend montrer qu’il reste capable de représailles massives, y compris contre des cibles hors du Moyen-Orient.
L’Europe entre deux feux
Pour les capitales européennes, ces déclarations créent un dilemme stratégique. L’Union européenne a condamné les frappes iraniennes sur les pays arabes du Golfe et exprimé sa solidarité avec les populations touchées, tout en refusant de s’associer militairement aux opérations américano-israéliennes. Le chef de l’OTAN Mark Rutte a rappelé que l’Alliance n’est « pas elle-même impliquée » dans ce qui se passe au Moyen-Orient, tout en précisant qu’elle « défendra chaque centimètre du territoire de l’OTAN » si nécessaire.
La France a fait un pas de plus : après les premières frappes iraniennes en mars, Emmanuel Macron avait ordonné une augmentation de l’arsenal nucléaire français face aux menaces pesant sur le continent. La dégradation simultanée du flanc est avec la Russie et du flanc sud avec l’Iran crée une équation sécuritaire que l’Europe n’avait plus connue depuis la Guerre froide.
En attendant, les déclarations de Shariatmadari et du parlement iranien produisent leur effet : elles rappellent à l’Europe que son choix de rester en dehors du conflit ne la met pas automatiquement à l’abri — et que Téhéran considère la fourniture de bases militaires comme une participation belligérante à part entière.
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