Un résident arabe de Rahat a été accusé d’incitation au terrorisme et de s’identifier au Hamas

Dans le cadre d’une opération conjointe du Shin Bet et de la police israélienne, un habitant de Rahat a été arrêté le mois dernier pour incitation au terrorisme et identification avec l’organisation terroriste Hamas. Le mis en cause, Badr Ben Youssef Hasanat, a été interpellé par les forces de la brigade Sahar et de l’unité Yamas de la police des frontières du district sud, à l’issue d’une enquête menée par l’unité centrale du secteur du Néguev, en coordination étroite avec le Shin Bet.

Rahat, ville bédouine du Néguev et l’une des plus grandes villes arabes d’Israël, est régulièrement sous surveillance pour des activités présumées de soutien à des organisations terroristes sur les réseaux sociaux. L’affaire Hasanat s’inscrit dans une série d’arrestations similaires qui se sont multipliées depuis le 7 octobre 2023 : les autorités israéliennes ont considérablement durci leur politique en matière de publications en ligne perçues comme soutenants le Hamas ou glorifiant ses actes.

Des comptes multiples, un contenu systématique

Selon les conclusions de l’enquête, Hasanat gérait plusieurs comptes sur les réseaux sociaux depuis lesquels il publiait et partageait régulièrement des contenus identifiés comme appartenant à la mouvance Hamas. Les publications incriminées comprenaient, selon l’accusation, des messages d’incitation, des éloges adressés à l’organisation et une soutien explicite aux actes terroristes qu’elle a commis.

La multiplication de comptes distincts par un même individu est un schéma opératoire bien documenté dans ce type d’affaires : elle vise à contourner les signalements et les suspensions automatiques des plateformes, tout en maximisant la portée des contenus diffusés. La police des frontières et le Shin Bet ont développé des capacités d’identification de ces réseaux de comptes, notamment depuis l’intensification de la surveillance numérique consécutive aux massacres du 7 octobre.

L’acte d’accusation et les charges retenues

À l’issue de la procédure d’enquête, un acte d’accusation a été déposé vendredi par le parquet du district Sud — chambre pénale — contre le suspect. Les charges retenues sont doubles : incitation au terrorisme et manifestation d’identification avec une organisation terroriste. Ces deux infractions sont distinctes en droit israélien et peuvent faire l’objet de poursuites cumulatives, ce qui alourdit considérablement le quantum de peine potentielle.

La loi israélienne sur la lutte contre le terrorisme, adoptée en 2016 et renforcée depuis, prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour incitation au terrorisme par voie électronique, et jusqu’à trois ans pour identification publique avec une organisation terroriste. Lorsque les deux chefs d’accusation sont retenus simultanément, la peine cumulée peut donc être substantielle.

Un message institutionnel clair

Le Shin Bet et la police israélienne ont transmis un communiqué commun à l’issue de l’annonce de l’inculpation : ils poursuivront leurs actions pour neutraliser toute activité terroriste et d’incitation, en mobilisant l’ensemble des moyens dont ils disposent pour protéger la sécurité de l’État et de ses citoyens. Ce type de déclaration, formulé en des termes quasi identiques dans chaque affaire similaire, a une fonction dissuasive autant qu’informative.

Depuis le 7 octobre, Israël a considérablement accru ses capacités de surveillance des réseaux sociaux en langue arabe, en hébreu et dans d’autres langues. Des dizaines d’arrestations pour des publications jugées incitatives ou laudatives à l’égard du Hamas ont été effectuées à travers le pays, touchant aussi bien des citoyens arabes d’Israël que des résidents des territoires. Plusieurs de ces affaires ont soulevé des débats sur la frontière entre la liberté d’expression et l’incitation réelle — une ligne que les tribunaux israéliens sont appelés à tracer au cas par cas, dans un contexte où la sensibilité sociale et politique est à son paroxysme.

L’affaire Hasanat, par sa géographie — le Néguev, région sensible sur le plan sécuritaire — et par le mode opératoire décrit, illustre la permanence d’une tension que les autorités israéliennes entendent gérer avec une fermeté croissante, en combinant les outils du renseignement intérieur et de la procédure pénale.

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